I.\SUFFISANCE DE L’UOJLME
puisque la société cl l'enseignement social sont le moyen ordinaire et naturel du développement humain. L’homme laisse à ses seules forces naturelles est l'homme social dans le plein exercice de scs facultés et dans toutes les conditions de leur développement régulier. Nous appelons à son aide le temps, l’espace, l'expérience, l’observation, l’iiistoire, l’étude de Iq nature, celle de lui-même et des autres hommes, enfin tous les moyens par lesquels la science se forme et le progrès se réalise.
11 s’agit maintenant de déterminer les fins naturelles de l’homme. L’homme est intelligence, volonté, liberté. La fin naturelle de l’intelligence est la connaissance de la vérité naturelle; la fin de l’activité volontaire et libre est l’observation de la justice. Il est aussi manifeste, aussi certain qu’une intelligence est faite pour connaître la vérité, et la liberté pour obéir à la justice, qu’il est manifeste et certain que l’oiseau est fait pour voler, le poisson pour nager, le reptile pour ramper, le quadrupède pour marcher. Une intelligence sans vérité, une volonté sans règle ne se conçoivent pas; et, s’il est quelque vérité indispensable à l'intelligence, c’est sans doute la connaissance de son principe, de sa loi, de sa fin, c’est-à-dire la connaissance de Dieu et de la loi éternelle qui règle les devoirs et la destinée de l’homme. Mais, pour correspondre aux nécessités logiques, il ne suffit pas que celte connaissance soit partielle, incomplète dans son ordre, obscure, vague, mêlée d’erreurs, accompagnée de doute. 11 faut qu’elle soit nette et précise, dégagée de tout alliage impur d'erreur capable de l’altérer.
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et à l’abri des atteintes du doute qui l'affaiblit. Sans ces conditions, l’intelligence n’obtient pas sa fin légitime, qui est la connaissance vraie de la vérité naturelle.
Tout ce que je dis de rintclligouce doit se dire aussi de la volonté ; elle est appelée à réaliser dans la vie humaine la loi de justice, c'est-à-dire à conserver inviolables tous les rapports qui découlent de la nature de Dieu et de celle de riiomme, et qui sont manifestés par la loi éternelle et naturelle. Mais ce ne sera pas une pratique incomplète ou partielle de quelques devoirs naturels qui la conduira à sa fin légitime. Elle ne la trouvera, et avec elle sa dignité et son bonheur, que par l’exercice complet et parfait de toutes les vertus naturelles. De même que l’homme est appelé à la vraie connaissance, il est appelé à la vraie vertu.
Telle est l’idée parfaite des fins naturelles de l’homme, idée qui s’impose à notre raison, à notre conscience, avec une autorité absolue, irréfragable. Oui , la raison nous dit clairement que la fin naturelle de notre intelligence est une connaissance pure et exacte de Dieu, créateur, législateur, providence, principe et fin de l’homme; une connaissance très-explicite de la loi morale qui fonde tous les devoirs ; une connaissance certaine de la vie future qui en renferme la sanction. Oui, la raison nous dit clairement que la fin de notre activité, de notre liberté, est une obéissance fidèle à la loi qui doit la gouverner pour la conduire au bonheur.
En définissant ainsi, à la lumière de la vérité éternelle, les fins naturelles de l’homme, qu’est-ce
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que je viens de faire, sinon de poser la nécessité d’une religion pure, vraie, sainte, digne de Dieu, digne de l’homme, de la religion une, immuable, universelle? C’est cette religion qui sera pour l’homme le moyen de connaître ses fins naturelles, le moyen de les accomplir; c’est cette religion qui sera la lumière, la loi et la force de l’homme.
Toute la question se réduit à savoir si l’homme, laissé à lui-méme et à ses seules forces, peut fonder et conserver la religion dans sa vérité, sa pureté, sa perfection nécessaires.
Examinons d’abord s’il a pu la fonder. Supposer que l’homme, dès le premier instant de son apparition sur la terre, a eu besoin de chercher, de trouver, de fonder la religion, c’est supposer évidemment qu’il ne l’avait pas reçue dans sa création et par elle, car on ne cherche pas be qu’on possède. D'après cette hypothèse, l’intelligence humaine aurait été créée sans lumière, et la volonté sans règle ; l’homme aurait été jeté sur la terre sans savoir d’où il venait, où il allait, ce qu’il avait à faire. Par conséquent, l’homme aurait été créé dans le vide absolu de la pensée et du cœur, dans un état voisin de l’animalité pure. Nous avons déjà rencontré cette hypothèse, lorsque nous avons étudié l’origine de la parole, et nous avons démontré qu’elle est contradictoire. La solution de la question que nous venons de poser touchant l’origine de la religion se trouve implicitement renfermée dans les principes que nous avons établis pour expliquer l’origine de la pensée et de la parole dans le premier homme. Arrêtons-nous encore un instant
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à des considérations fécondes en vérités capitales.
Ouand on suppose que l’homme a fondé et formé la religion, qu’elle est le produit unique de ses facultés telles que nous les connaissons, comme la nature humaine, dans son état actuel, se trouve évidemment soumise à une loi de développemeiu successif et progressif, on est conduit à penser que la religion a dû avoir les commencements les plus faibles, les plus grossiers, et qu’elle s’est perfectionnée avec le progrès de la nature humaine. Dans cette hypothèse, la religion des premiers humains aurait été analogue à celle des peuplades sauvages qui existent encore, puisque ces premiers hommes eux -mêmes auraient] été d'abord à l’état sauvage. La question de savoir si l’homme a véritablement été le fondateur de la religion, se ramène donc à celle de la priorité de l’état sauvage.
Il nous a été facile de montrer que l'hypothèse de l’animalité primitive de l’homme renferme une impossibilité et n’est qu’un non-sens. Mais l’état sauvage est un fait qui existe encore sous nos yeux; et si nous rencontrons encore aujourd’hui l’homme à l’état sauvage, ne pouvons-nous pas supposer qu’au moment de son apparition sur la terre il a existé d’abord dans cette triste condition? Au nom de la dignité humaine, au nom de la sagesse, de la bonté et de la sainteté de Dieu, je réponds : Non; une pareille supposition est absurde et impie. L’état sauvage, ainsi que les erreurs, les vices, les décadences héréditaires, se con- <joit comme un fruit amer de la liberté et de la solidarité humaines, ces deux grands pivots de nos destinées