‹ Philosophie et religionChapitre 27 sur 36 · I.NSUFFISANnE DE L'HOMME. r>OI · texte numérisé non relu

I.NSUFFISANnE DE L'HOMME. r>OI

individuelles et sociales; mais il est absolument impossible de le concevoir comme une institution divine, directe et immédiate.

Nous ne le savons que trop par notre propre expérience et par l’histoire, l’iiomine a le pouvoir d’oublier la vérité. Jetez les yeux autour de vous. Combien de jeunes gens, combien d'hommes, ayant re<;u de la [liété d'une mère et d’une éducation ebrétienne le dépôt des plus baulcs et des plus pures vérités, ont laissé cette lumière s’obscurcir et même s’éteindre dans leur intelligence, envahie par les ténèbres de l’erreur? L’homme (jui a abandonné, oublié ou méconnu la vérité est incapable de la transmettre entière à ses enfants. Par l’effet de cette solidarité qui fait dépendre, en grande partie, des parents le sort des enfants, ceux-ci seront élevés sans voir leurs premiers pas éclairés par la lumière de la vérité, ou ils ne recevront d'elle que quelques faibles lueurs. Dans leurs mains peu exercées et malhabiles, la vérité qui leur restera sera encore plus altérée, plus défigurée. Les nouvelles générations ajouteront de nouvelles ruines aux ruines déj.à faites. Les mœurs se corrompront avec les croyances; les erreurs les plus grossières, les vices les plus infâmes acquerront la force d’une tradition domestique et nationale. Sur cette roule descendante, il n’y a pas de point d’arrêt ; et, à l’aide de certaines circonstances particulières, comme l'éloignement ou la séparation des centres de civilisation, on conçoit les progrès rapides delà décadence; on la voit marcher vite, cl arriver à la forme la plus hideuse de la barbarie.

Ainsi, par la liberté et U solidarité humaines, par le triste privilège que l'homme possède d’oublier, d’altérer la vérité, par la puissance qu’il a de créer, dans une certaine mesure, le sort de ses enfants, nous nous rendons compte de l’origine et des progrès de l’état sauvage. Dieu, ayant posé, dans sa sagesse, ces lois de la liberté et de la solidarité humaines, peut en permettre les suites. Mais que l étal sauvage existe par une volonté directe et positive de Dieu, par une institution divine, c’est ce qu’il est impossible d’admettre sans nier les attributs^ les plus essentiels de Dieu, sa sagesse, sa bonté, sa sainteté, sa personnalité.

En effet, si l’état sauvage est l’étal originaire et primitif de l'humanité; s’il faut voir en lui une forme par laquelle l’humanité a dû passer; s’il est son premier développement, l’état sauvage est un appendice nécessaire de l’humanité ; il a été institué avec elle; il est l’œuvre directe do Dieu comme la nature humaine elle-même. Mais la religion du sauvage est invariablement le naturalisme, le fétichisme, le polythéisme le plus grossier; sa morale est aussi informe que sa théologie ; ses mœurs sont en harmonie avec ses croyances; et l’anthropophagie est le caractère extrême de celle effroyable misère. Ces erreure grossières et ces mœurs horribles, inséparables des commencements de l’étal sauvage, sont donc d’inslilulion divine, comme l’étal sauvage lui-même. Dieu a donc voulu positivement et directement que l’homme adorât à sa place des dieux imaginaires, et qu’il prostituât son encens aux êtres les plus vils de la nalure. Dieu a donc voulu positivement et directement toutes les aberrations, toutes les

I>SÜFFISANCE DE L'UüMME.

dissolutions, toutes les, monstruosités de l'état sauvage, y compris l'antliropophagie. Dieu est donc, par une volonté directe et positive, l’auteur de l’erreur et du mal.

J'avais donc raison de dire que ces conséquences rigoureuses de la priorité de l’état sauvage renversent tout&s nos notions de la perfection de Dieu, toutes nos idées do vérité et de vertu. Elles vont à la confusion totale de la vérité et de l’erreur, du biep et du mal, et ne peuvent s’accorder qu’avec l’athéisme,

La démolition de l'iiypothèse de la priorité de l'état sauvage entraîne 1a ruine de cette autre hypothèse qui attribue à l’homme la fondation de la religion. En effet, l’homme n’aurait pu fonder la religion qu’en passant par le naturalisme, le fétichisme, le polythéisme. Or, tous ces états, considérés comme des formes primitives et nécessaires de l’idée religieuse et du sentiment religieux, sont en contradiction palpable avec toutes nos notions de la sagesse et de la sainteté de Dieu. Donc l'homme primitif n’a pu être, par l'institution divine, dans aucun de ces états ; donc la religion a une autre origine et d’autres commencements.

Il faut eoncevoir que l'homme, dès l’instant même de sa création, par une lumière intérieure et divine, identique è celle qui éclaire tous les jours la raison, mais plus éclatante et plus abondante, a cpnnu Dieu et la loi morale. 11 a eu une connaissance très-distincte, très-nette et très-exacte de l’existence de Dieu, de son unité, de scs perfections. 11 a lu très-clairement, dans la loi morale, ses devoirs envers Dieu, envers ses sem-

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hialtles, envers lui-mème; el ses futures dcslinées lui ont été manifestées. En d'autres termes, l’iiomme, par le fait même de sa création à l’âge adulte et dans le complet développement de son intelligence et de sa volonté, par la présence des idées et des principes nécessaires qui brillaient à sa raison et à sa con- •science dans un éclat que rien ne pouvait obscurcir, a possédé une religion pure et divine. 11 n’a donc pas été un seul instant sans lumière et sans loi. H n’a donc pas eu à cberclier, à trouver, à fonder la religion naturelle, c’est-à-dire, en d’autres termes, à chercher, à trouver, à fonder sa propre nature. Toutes ces choses lui ont été données par l’acte créateur.

Je viens de confirmer et de développer notre grande thèse de l'homme créé adulte, pensant, parlant, complet. L’homme n’a pu être créé pensant et parlant qu’avec des pensées et des paroles de vérité et de lumière, c’est-à-dire avec une connaissance exacte de son principe, de sa loi, de sa fin; c’est-à-dire encore avec la connaissance de la religion naturelle, une, sainte, immuable, universelle.

Le raisonnement appuyé sur des principes absolument certains nous a conduits aux conséquences graves que nous venons d’exposer. Après avoir établi que l’homme a été créé pensant et parlant, nous disions que cette doctrine était en harmonie parfaite avec l’enseignement des Livres saints. Nous pouvons tenir ici le même langage, ü’après la Genhe, l’homme, au moment meme de sa création, connaît Dieu et se connaît lui-même, c’est-à-dire qu’il participe à toutes les vérités constitutives de la religion naturelle. Ces vé-

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