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LES RELIGIONS DE I/ANTIQI’ITÉ

DIX-KEÜVIÈME LEÇON.

APERÇU mSTORIQUE DES RELIGIONS ET DES PniLOSOPniES DE L'ANTIQUITÉ.

UésitUati générant des religions de l'antiquité reiotivement à Li vérité naliirelie. dogme, morale, et culte. — Résultats généraux de rexamen et des recherches philosophiques pendant les trois grandes époipies de la phi)o^<>pbie nncieime. — Cons<*qucncc générale touchant la puissance do Tesprit humain.

Le moment est venu de confirmer nos observations psychologiques par des études historiques; le moment est venu d'interroger les annales de l’esprit humain. U faut considérer l'homme .à l’œuvre, il faut le prendre sur le fait. Alors seulement nous saurons si les réalités historiques infirment nos observations psychologiques, ou si clics leur donnent un nouveau degré de force et d’autorité.

Le champ de l’expérience historique s’ouvre donc devant nous. Messieurs. Cette expérience a commencé avec l’homme lui-même ; nous avons devant nous toute la durée des siècles et toute la terre habitée. Jamais une expérience plus solennelle; jamais un

champ d’expérimenlalion plus vaste, plus étendu ; il embrasse tous les temps et tous les lieux. Les faits se présentent en foule, et cette multiplicité, cette variété, cette complication des faits est un premier écueil dans cette étude. Il faut , si nous ne voulons pas nous perdre dans le détail, si nous voulons arriver à une conclusion certaine, il faut interroger ces faits avec un soin j)arliculier, une méthode exacte. L’objet de notre étude est l'histoire même des religions et des philosophies humaines. Certes, je n’ai pas la prétention de vous faire, en quelques leçons, l’Iiistoirc complète des religions et des philosophies. Il faudrait des années et des volumes pour la traiter avec l’étendue qu'elle mérite. Je ne puis me proposer qu’un seul but : rechercher les résultats généraux des religions et des philosophies humaines relativement à la connaissance de Dieu et de l'homme. Et celte recherche n'est ni bien longue, ni bien difTicilc, puisqu’elle se réduit à constater quelques faits certains, incontestables, avoués, et cependant féconds en cdnsé<jucnces bien graves. Vous ne vous étonnerez donc pas que je veuille embrasser, dans celle première leçon, l'histoire des religions et des philosophies de l’anliquitc. Je commence par celle des religions.

Quand on réfléchit à l'immensité des travaux entrepris et exécutés sur l’histoire des religions, on est rempli d’étonnement cl d’admiration, cl il faut ledire à la gloire de notre siècle, c’est surtout de nos jours que ces recherches ont pris leur plus grande extension. Sans doute le dix-septième et le dix-huitième siècle avaient préparé ce grand mouvement. Iæs Ira-

LE^: RELIGIONS DE L’ANTIQUITÉ. 405 vaux des missionnaires jésuites sur la Chine, scs traditions, ses doctrines, son histoire, nous fournissent encore les plus précieux documents, et les noms des Prémare, desGaubil, des Mailla sont encore et seront toujours chers à la science. Elle conservera aussi un éternel et respectueux souvenir du dévouement d’Anquetil-Duperron. [.a découverte du Zend-Avesta, qui nous a révélé la religion d’Ormudz, a été le glorieux trophée de scs voyages, de ses travaux, de ses périls. L’Académie de Calcutta et ses illustres présidents, MM. Colebroocke, Jones, Wilson, nous ont initiés aux mystères de l’Inde savante. Déjà nous avons pu nous faire une idée de sa théologie et de sa philosophie. Mais l’avenir nous réserve sans doute de nouvelles découvertes. Des savants, dont on ne saurait trop louer le zèle et le courage, éditent, traduisent, commentent les textes des Védas. Dans quelques années, il faut l’espérer, nous posséderons les principaux monuments de la littérature sacrée et héroïque de l’Inde, dans les textes mômes accompagnés de traductions. Les Creuzer et les Otfried Mflllcr ont jeté un jour nouveau sur les antiques mythologies de la Grèce et de Rome, tandis que d’autres savants dirigeaient leurs investigations sur les traditions Scandinaves. Les découvertes récentes faites sur les bords du Tigre et de l’Euphrale, et ces débris précieux de l’art assyrien et babylonien qui sont venus enrichir notre musée et celui de Londres, et qui, tous les jours, s’accroissent, ont tourné la pensée des savants vers les antiquités assyriennes, et bientôt peut-être parviendra-t-K)n à lire facilement et sûrement ces inscriptions

cunéiformes si nombreuses et qui pourraient nous livrer tant de secrets.

Tout paraît annoncer une ère nouvelle ]X)ur la science des antiques religions. Il semble donc que le moment n’est pas trop biea choisi pour caractériser ces institutions; et, certes, si je-voulais vous exposer l’origine de ces religions diverses, leurs rapports, leurs transformations, le sens de leurs symboles et de leurs rites, vous seriez peut-être en droit de m’arrêter, ou du moins do me demander une analyse préalable des travaux et des découvertes qui ont été faits jusqu’ici, et, en cela, vous ne m’imposeriez pas une tûcbe facile. Heureusement, pour arriver à nos conclusions, nous n’avons pas besoin de toute celle science. Les résultats religieux et moraux des antiques doctrines et des antiques institutions religieuses sont des faits si certains, si publics, si connus, si avoués, si incontestables, qu’il suffit de les rappeler et de les signaler, et, même, nous pouvons le faire en peu de

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. lions elles ont conservées de Dieu, de la création, de la nature de l’homme, de la loi morale, de la vie future. Toutes les nations, à l’exception d’une seule, sont tombées dans les plus graves erreurs sur tous ces points essentiels et fondamentaux. :

L’unité, la souveraineté, l’indépendance, la perfection, la sainteté de Dieu, ont été méconnues. I..a première erreur de l’humanité paraît avoir consisté dans la confusion de Dieu avec la nature, ou plutôt dans la substitution de la nature à Dieu. Subjugué par les

LES RELIGtOSS DE L’A .NTU.IUITÉ. W7

sens, enirainé par des passions coupables, l’homme oublie le créateur et s’arrête à la créature. Victime de ci^ premier égarement de son cœur, il divinise cette iiature qui le séduit, l'enchante et voile à scs yeux affaiblis l'auteur invisible de toutes ces merveilles. Enivni par les plaisirs et les joies sensuelles, recueillant tous les bienfaits de la natiire, ou bien épouvanté par ses terreurs et frappé par ses lléaux, riiomme sent toujours en elle une puissance qui le domine. Le ciel, les astres, la terre, tous les éléments, toutes les forces naturelles reçoivent ses hommages et ses adorations. Au milieu des ténèbres qui obscurcissent son iutolligence et égarent son cœur, l'homme, sans doute, ne perd pas entièrement l’idée et le sentiment d’un premier principe; mais il identifie ce premier principe avec scs effets, il identifie le créateur avec la création. Le monde est conçu comme une émanation nécessaire, un développement substantiel de la cause suprême;!

Le principe que j’expose ici est celui des grandes religions unitaires de l’Inde et de la Chine. IJnc autre conception, lu conception dualiste, paraît prédominer dans l’Égypte et la Perse. Elles admettent deux principes éternels et nécessaires: Dieu et la matière incrééc. Dieu n’est que l’ordonnateur du monde; à scs côtés, et sur la meme ligne, règne une puissance égale à la sienne, une puissance du mal. Cet être, qui n'est que la personnification de la matière éternelle, existe parlui-mème comme le Iwn principe. Une lutte éternelle est engagée entre le bon et le mauvais principe, qui se disputent le monde, et la victoire reste longtemps ou toujours indécise entre eux.

IHX-MiUVIÊME LEÇO^•.

Telles sont, dégagées de leurs symboles brillants ou terribles, majestueux ou absurdes, les conceptions fondamentales des antiques religions, conceptions qui se retrouvent dans les diverses religions émanées des premières. Sous ces erreurs, la notion de l'unité, de l'inlinité, de la perfection souveraine de Dieu est comme étouffée, et l' homme n’adore plus que les créations d’un cœur et d'une imagination malades. •Mais, tout erronées qu’elles sont, ces conceptions, dans leur forme première, ont encore quelque grandeur et (pielque éclat. Üientét elles développeront nécessairement toutes leurs conséquences. L’idée divine, déjà défigurée dans sa translation à la nature, sera brisée à l’infini, pulvérisée, si j’ose ainsi m’exprimer, et dissipée avec une folie sans égale. Dans cette nouvelle aberration, l’homme égaré sera parfaitement conséquent avec lui -même. Déserteur de Dieu et de luimême, l’homme s’en ira répandant partout la nature divine, attribuant à tout la divinité. Les-objets les plus vils, les objets inanimés, les animaux, les plantes, recevront son encens. 11 s’adorera lui-même, et finira par mettre sur les autels ses passions et ses vices. lii cependant ne sera pas le terme de ses égarements. Ces objets indignes de son culte existent au moins dans 1a nature; d'autres objets fabriqués par ses mains recevront à leur tour ses adorations insensées. OEuvre d’un artiste grossier ou sublime, selon les temps, le simulacre sera identifié avec la divinité qu’il représentera, et ce ne sera pas seulement dans l’enfance des peuples et la nuit d’une profonde barbarie que cette aberration viendra nous faire douter, s’il était

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