NÉCESSITÉ DE LA IIÉVÉLATION
Tels sont les faits que nous avons établis et justifiés dans les leçons précédentes ; tels sont les faits où viennent se résumer nos travaux antérieurs. Il fallait les ramener, les présenter dans une seule vue; car le moment est venu d’en tirer les conséquences et de poser les dernières conclusions de cet enseignement.
Trois conséquences générales et principales ressortent avec une entière évidence des faits que nous avons constatés et que nous venons de rappeler.
Première conséquence : Elle consiste dans la possibilité de déterminer, d’une manière suffisante, ce que peut et ce que ne peut pas l’homme dans l'ordre de la vérité religieuse et morale. Ce qu’il peut, nous l’avons déjà dit. Les hommes placés dans des circonstances favorables, c’est-à-dire, ayant la volonté, lo temps, les moyens de cultiver leur esprit, peuvent, par le bon usage de leurs facultés, si on n'envisage que la nature de la raison, déduire des premiers principes constitutifs de la raison leurs conséquences nécessaires et évidentes. Ainsi, ils peuvent arriver aux premières vérités de l’ordre religieux et moral, à l’existence de Dieu, à la notion du juste et de l’injuste, du bien et du mal; à l’aflirmalion de la spiritualité, de l’immortalité de l’âme , d’une vie future, complément de la vie présente.
Certes nous ne voulons pas poser des bornes arbitraires à la puissance de l’esprit humain. En possession de ces éléments, qu’il les combine de mille manières, qu’il tire des principes toutes leurs conséquences; celles qui sont éloignées comme celles qui sont prochaines; qu’il les féconde par de sages applications.
Porté sur les ailes du génie, que le philosophe fasse même des découvertes dans cet empire de la vérité religieuse et morale. Il est une borne qu’il ne pourra franchir, et si nous disons ce que l’homme peut, nous disons avec bien plus de rigueur ce qu’il ne peut pas.
I/homme, et sous ce nom nous comprenons nonsculcmcnt les masses populaires, mais les philosophes eux-mêmes, les plus sublimes et les meilleurs génies, privés de la lumière de la révélation surnaturelle, ou parce qu’ils ne l'ont pas connue, ou parce qu’ils l’ont rejetée après l’avoir connue; l'homme, disons-nous, ne peut pas constituer une doctrine renfermant la vérité, toute la vérité et rien que la vérité; une doctrine proposant toutes les vérités nécessaires ou utiles à l'homme, sans les altérer ou les corrompre par le mélange de l’erreur et du doute. L'homme ne peut établir une morale qui embrasse tous les devoirs s.ins ménagement et sans faiblesse aucune pour les passions humaines. L’homme ne peut pas instituer un culte qui soit l’expression sensible et la réalisation extérieure d’un dogme parfait et d’une morale parfaite, qu’il n'est pas en son pouvoir de créer. L’homme enfin est dans l’impuissance absolue de proportionner l’institution religieuse à tous les temps, à tous les lieux, à tous les âges, à toutes les conditions, à tous les degrés de culture du genre humain. En un mot, l’homme ne peut pas constituer la vraie religion. La religion, c’est l’expression pure et complète, dans les limites de nos besoins, de la nature de Dieu et de celle de l’homme, de leurs rapports; c’est la loi éternelle de l’ordre moral que Dieu conçoit, c’est la manifestation
NÉCESSITÉ PE LA RÉVÉLATION.- 493 des desseins et des volontés de Dieu sur ses créatures intelligentes et libres. La religion est donc, comme ' Dieu lui-même, une, éternelle, immuable, universelle; elle est la loi divine des esprits et des cœurs. Celle sublime idée de la religion, cette idée inhérente à la raison, inséparable d’elle, démontre que la religion ne peut jamais être un produit des facultés humaines; et que l’homme, dans son état actuel, est dans l’impuissance absolue de la fonder, de la conserver pure, et de la rétablir d;ins son intégrité, s’il vient à l’oublier ou à la corrompre.
Deuxième conséquence : S’il n’y a dans ce monde que l’esprit humain, si l’esprit humain e.st la seule force qui agisse ici-bas, il faut renoncer à la vraie religion, et déclarer fausse et trompeuse l’idée que nous en portons dans notre raison. Nous aurons le déisme et la philosophie indépendante; mais ils sont insufllisants par défaut de vérité, d’autorité, d’unité; nous l’avons démontré. Nous aurons les religions positives; mais, dans l’hypothèse, elles ne sont toutes que des produits de l’esprit humain, imparfaites comme lui, caduques comme lui, mélange, comme lui, de vérité et d’erreur, de bien et de mal. Elles passeront, elles feront leur temps, comme toutes les choses humaines; et, après s’être assise quelques instants à l’ombre de leurs temples, l’humanité démolira de ses propres mains ces asiles, devenus trop étroits pour elle. Et alors elle se trouvera dans le doute et dans l’angoisse. La religion lui manquera, la philosophie lui fera défaut. Nulle part elle ne trouvera à étancher la soif de lumière, d’espérance, d’amour, qui la dévore. Sans doute, de ce
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naulragc universel elle emportera quelques débris, il lui restera quelques vérités, quelques nobles sentiments. Mais ces vérités et ces sentiments ne fourniront pas un aliment sullisant à sa vie religieuse, et elle sera obligée de s’avouer à elle-même que cette vie est atteinte jusque dans son essence.
Et l’homme, dont je viens de raconter les douleurs et les misères, est-ce un être de raison? N’est-ce pas l'homme que nous voyons tous les jours? ne nous retrouvons-nous pas dans cet homme, si nous avons le malheur de laisser s’éteindre ou s’obscurcir en nous la foi vivante au christianisme?
Et ici, pour venir au secours de l’esprit humain en détresse, qu’on n’invoque pas le progrès et l’avenir. Quels que soient les progrès de l’esprit humain, les conditions essentielles de la nature humaine ne changent pas, et c’est sur ces conditions mêmes que nous appuyons les preuves de l’insuflisance de l’esprit humain. L’avenir ne ferait que renouveler les misères et les douleurs du passé.
Donc, s’il n'y a que l’esprit humain, s’il n’y a pas de révélation, il n’exisic pas sur la terre une religion suflisantc à l’homme et entièrement digne de Dieu. Il n’existe pas une religion entièrement pure et sainte, entièrement vraie cl efficace; et l’homme, même en conservant assez de lumière et de force pour rester responsable de ses actes, n’a pas le moyen d’arriver à la perfection de ses fins naturelles. ^
Troisième conséquence : De cet ensemble résulte, avec une évidence accablante, celle dernière et suprême conclusion : L’homme laissé à lui-même n’ar-
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rive pas, ne peut pas arriver ù toutes scs fins naturelles, à la perfection de ses fins naturelles. Vérité parfaite, brillante lumière, vertu pure, beauté morale, ordre et justice, liberté et dignité, paix et bonheur; è homme! lu le crois fait pour tous ces biens; la raison te les montre comme ton apanage, et tous ces biens le fuient, l’échappent, et lu ne retrouves en toi rju'une nature misérable, contradictoire, qui ne semble que l ébaucbe grossière d’un dessin manqué!
Et qu’on n’espère pas ramener l'équilibre ni la paix dans l’èlre humain, en faisant appel à la vie qui commence au delà du tombeau. L’impuissance où se trouve la raison naturelle, laissée à elle-même, de déterminer les conditions de celle vie future est précisément une des causes qui portent le trouble dans les facultés humaines, et augmentent ainsi celle faiblesse qui rend l’homme incapable d’arriver à la réalisation parfaite de ses fins. Dans les conditions purement naturelles, en appeler à la vie future ce serait donc en appeler à l'inconnu. Or cet inconnu ne peut satisfaire les aspirations de l’homme. D’ailleurs, il s’agit de lui donner le moyen d'arriver, dès celle vie, à la perfection dstses fins naturelles.
Tel est donc le terme de nos rechèrehes, de nos méditations! Depuis quatre mille ans l'homme cultive le champ de la pensée; il l’arrose de ses sueurs; il y répand son sang et sa vie, et les produits de ce labeur sont bien loin de correspondre à ce prodigieux effort. L’homme, évidemment, est fait pour penser le vrai, pour pratiquer le bien; il aspire au vrai, au bien ; il trouve en lui des forces généreuses ; il se sent fait
VINGT-TROISIÈME LEÇON, pour l’aclion, le travail, le progrès. Et, en effet, dans sa longnc carrière, il a accompli de grandes choses et réalisé de grands progrès. Nous ne lui avons contesté, nous ne lui conlcslons aucune de ces conquêtes. Mais il n’est que trop vrai que nous retrouvons toujours les mêmes systèmes, les mêmes erreurs, les mêmes misères morales, les mêmes vices, les mêmes hontes, la même impuissance ! Ah I si on fait abstraction du christianisme, de ses lumières, de se.s forces, de ses consolations, de ses espérances, on se prend soi-méme en pitié et on jette un regard de dédain sur la triste humanité. IjCS dehors brillants de la civilisation la plus avancée ne peuvent dérober l'abîme de misère et de douleur qu’elle porte dans son sein. A cette vue, trop souvent le découragement veut s’emparer de l’âme, et le scepticisme cherche à glisser son venin jusqu’au cœur.
Mais quoi! l'humanité, laissée à elle-même, formerait-elle un désaccord dans le concert universel de la création? Tout n’cst-il pas, dans ce monde, ordre, poids et mesure? N’apercevons-nous pas partout un rapport admirable des moyens aux lins? Tous les êires ne reçoivent-ils pas ce qui leur est nécessaire pour atteindre aux fins que le Créateur leur assigne? L’humanité peut-elle faire une exception à celte loi générale, et oserons-nous accuser la sagesse, la puissance ou la bonté de Dieu? Ah I que ce blasphème ne souille jamais notre bouche ! Il serait notre condamnation cl ne ferait qu'aigrir nos douleurs. Le christianisme a une explication des contradictions de la nature et de la destinée humaine. Il dit pourquoi la raison, la volonté.
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Tâme et la société humaines n’arrivent pas par ellesmêmes à la perfection de leurs fins; pourquoi ce mirage éternel les attire toujours et toujours les trompe; pourquoi l'humanité ne se suffit pas. Le mal, qui a dépouillé l’humanité de ses privilèges surnaturels et affaibli scs puissances naturelles, est entré dans le monde par l'abus de la liberté de l'homme et se propage par l’effet de deux lois aussi sages que profondes, celles de l’unité et de la solidarité humaines. Mais nous n’avons pas encore le droit de jirésenter cette explication des misères et des contradictions de notre nature. Au point où nous sommes, il n’y a pas pour nous d’obligation de les expliquer; il suffit de les consLiter et d’en faire sortir une conséquence consolante pour l’humanité.
L’insuffisance de la nature humaine est démontrée; il est certain que l’homme n’arrive pas, ne peut pas arriver à la perfection de ses fins, et cependant qu’il a l’idée, le besoin de cette perfection, et qu’il y aspire par toutes les puissances de sa nature. Ces faits sont proclamés par la conscience et par l’histoire avec une force irrésistible. En présence de ces faits certains, mais inexpliqués, nous convoquons tous les hommes jaloux de la dignité de leur nature et désireux de leur bonheur, tous les hommes qui ne veulent pas exposer leur raison à la tentation du désespoir, leur âme à celle du scepticisme, tous les hommes qui refusent de livrer leur vie à la matière. Nous leur demandons s’il n’est pas désirable qu’un secours divin, une assistance divine vienne aider, relever la pauvre humanité, et la conduire à cette perfection qu’elle entrevoit
J'ig VIMGT-TROISIÈME LEEOX.
silus pouvoir ralleindrc. Nous leur demandons s’il n’est pus digne de la^ugesse et de la bonté inflnies de Dieu d’assister l’homme dans sa détresse et d’ajouter ce qui manque à une nature devenue insuffisanlc. La nécessité de l'assistance divine, telle est donc la suprême conclusion, tel est le dernier mot de toutes nos recherches, de toutes nos méditations, de tous nos travaux.
Je viens de prononcer le mot de nécessité; il demande une explication, écartons toute idée de nécessité absolue et méüjplijsique. Dieu est l’essence même de la liberté, il est souverainement maître de scs dons. Quand il a créé un être, il doit ne lui demander que ce qu'il lui a donné; et il lui donne ce qui lui est essentiel pour rester dans sa nature. L’homme est dans sa nature lorsqu’il possède assex de lumière et de force pour être un agent moral, libre et responsable. On ne prouvera jamais qu’un ordre dans lequel l’homme, laissé à sa raison cl à sa conscience, devrait arriver au vrai et au bien ]>ar ses eflbrU dont Dieu lui tiendrait compte ; on ne prouvera jamais, disons-nous, que cet ordre soit contradictoire'. On ne démontrera jamais que Dieu doive nécessairement la perfection à scs créatures. Toutefois, lorsque, par un décret de sa souveraine liberté, il leur en imprime l’idée et leur en inspire, le besoin, lorsque toutes les puissances des natures qu’il a créées et qu’il conserve 'aspireutà cette perfection, il y a là une preuve évidente que Dieu appelle ces acalures à la perfection qu’il leur fait entrevoir. Or il en est ainsi de l’Iiominc; il a
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l'idée de la perfeclion de ses fins naturelles; il y tend nécessairement; nous l’avons prouvé. Dans ce cas, n’iiésitons pas à dire qu’il est souverainement conforme à la sagessu et à la bonté de Dieu de donner à celte nature humaine les moyens d’atteindre à la perfection de ses fins, à ce pourquoi clic se sent faite. N’hésitons pas à dire qu'il est digne de Dieu de réparer ou de perfectionner la nature qu’il a créée, et de tendre à l'homme une main de secours. Une raison qui n'est pas pervertie par l'orgueil de la science, une âme docile cpii aspire au vrai bonheur, ne peuvent se refuser à ces conclusions, et du fond de toutes nos misères s'élève un cri de douleur et d’espérance qui invoque l’assistance divine.
Appliquons-nous maintenant à nous faire une notion juste de celle assistance divine dont nous venons de reconnaître et confesser la convenance, l’utilité, la nécessité morale.
Puisque la nature humaine et l’ordre humain de la première création sont devenus insuffisants, le secours divin que nos défaillances appellent sera l’effet d’une intervention divine, dirècte et immédiate, qui se produira au milieu du cours ordinaire de la nature, mais indépendamment des lois qui la régissent cl des causes secîondes qui entretiennent l’être, le mouvement cl lu vie du monde. Cette intervention divine sera analogue à l’acte créateur et formera une créa- « lion nouvelle au sein de la première. L'homme ayant . ? * besoin de lumière, celte inlerventioYi deviendra unév» source féconde de vérité, un principe de vie nouvelle pour rinlelligcnce. Mais, comme la manifestation de
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VINCT-TnOlSIÈME LEÇON, la vérité est un enseignement, cl comme la parole est le moyen le plus naturel cl le plus facile d’enseignemenl, celte lumière sera un enseignement divin et une parole divine. Celle parole lumineuse donnera à riiomme toutes les vérités qui lui seront nécessaires ou utiles. Ainsi toutes les vérités naturelles, toutes celles que l’homme connaît ou peut connaître par le bon usage de ses facultés, toutes celles qu’il ne j>eut pas atteindre par le seul raisonnement, parce qu’elles dépendent de la libre volonté de Dieu, lui seront proposées dans des formules nettes et précises. Lorsque les vérités naturelles auront été oubliées ou altérées par les hommes, elles seront de nouveau promulguées.
Aux erreurs religieuses qui viendront souiller et cor- * rompre la terre, seront opposés les grands dogmes de la vraie théologie; et aux systèmes variables et contradictoires de la philosophie, l'immutabilité d’un symbole qui embrassera toutes les vérités dont les doctrines humaines ne possèdent que des parcelles.
Par ces moyens, la conservation et le développement de la vérité naturelle sur la terre ne seront pas laissés aux soins de l'homme, gardien infidèle; elles .< seront l’objet d’une providence spéciale. Mais comme "* l’homme n’a pas seulement besoin de lumière, comme sa volonté surtout est débile, des forces qui aideront celte volonté à accomplir le devoir, à pratiquer la vertu, seront ajoutées aux lumières qui éclaireront J’inlclligence. Un amour nouveau, puissant, fécond, viendra renouveler la vie humaine. L’homme, paries soins d’une providence spéciale, aura donc les moyens de réaliser toutes ses fins naturelles, cl, par le con-
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cours Je sa liberté, il pourra atteindre à toute la perfection de sa nature.
Nous ne parlons que des vérités naturelles, des vertus naturelles, des fins naturelles de l’homms, parce que, dans cette déraonstiation, et pour ne pas être accusé de tomber dans des paralogismes qu'il faut éviter avec soin, nous avons dù nous renfermer dans les limites de l’ordre naturel. Il suffit, pour le moment, de démontrer que la nature telle que nous la connaissons appelle une intervention divine, distincte de l’acte créateur et conservateur des forces et des êtres de ce monde. Mais il e.st facile de comprendre que nous ne voulons pas mettre des bornes à la libéralité divine, et qu’il est, grâce à Dieu, bien loin de notre pimsée de nier la destinée surnaturelle de l’homme et les dons qui doivent l’y conduire ; on le verra dans la [irocbainc leçon.
£n définissant la nature, les conditions, les effets de l’assistance divine réclamée par l'insuflisance de l’homme, nous venons d’introduire l’idée d’une révélation extra-naturelle et positive, qui, de fait, se confond avec la révélation surnaturelle. Celle-ci, en effet, avant d’ élever l’homme à l’union surnaturelle .avec Dieu, répare, purifie, perfectionne la nature humaine. Une manifestation nouvelle de vérités divines, un enseignement divin, une parole divine, une grâce divine, une force divine, un nouvel amour, de nouvelles vertus sont les éléments constitutifs de cette révélation appelée par tous nos besoins*. C’est donc ’ .
' Comme ici nous nous rrarennons i dessein dans tes fins naturelles de rhomuie ; la révélation et les secours qui lui scraiviil- a(^urdés jiuiir te conduire î la pcrrection de ses fins naturelles seraient, si on les envi-
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la révélation qui conservera la religion fondée par Dieu avec la nature de l'homme ; c’est elle qui la développera sur la terre et saura l’approprier à tous les temps, à tous les lieux, à toutes les conditions, à tous les besoins de l'humanité.
Ainsi la longue et irrécusable expérience des siècles, le sentiment profond de nos misères et de nos douleurs, nous ont amenés à reconnaître la convenance, l’utilité, la nécessité morale d’une révélation surnaturelle et positive. Celte démonstration, qui était venue si souvent sur nos lèvres, nous l’avions toujours retenue, pour la mieux préparer et vous la présenter dans toute sa force. Nous appelons avec confiance toutes vos réflexions sur ces conclusions. Oui, c’est la révélation seule qui offrira à l’homme le moyen d’arriver sûrement et Aicilcmcnt à la perfection de scs fins. Aussi ancienne que l'homme, une, universelle, immuable comme la vérité qu’elle promulguera, faite pour tous et s’adressant .’i tous, proposant toutes les vérités nécessaires ou utiles, pures de tout mélange d’erreur ou de doute, commandant toutes les vertus et donnant la force de les pratiquer * toutes, proscrivant tous les vices sans ménagement et sans faiblesse, parlant au cœur en éclairant l’esprit, proportionnant ses enseignements à tous les âges et à toutes les cultures de l’humanité, réalisant ses doc-
sage uniquement en eux-m jmes, (ilutdt extra-naturels qu'à proprement parler surnaturels. Cependant, comme il n'j a qu'une seule rcTélalion qui à la fois répare et transfigure la nature, on peut sans inconTéiiient les appeler surnaturels. Os distinetions seront expliquées dans la procliaine Icfon.
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trines et son esprit dans des institutions admirables qui la mettront à la portée de chacun, cette révélation ne sera-t-elle pas une œuvre vraiment digne de la sagesse et de la bonté divines? Elle comptera parmi les plus grands bienfaits que Dieu puisse accorder à la terre. On trouvera en elle une économie admirablement combinée avec les exigences de la liberté de l’homme, toujours appelée à appliquer les moyens que Dieu lui donne; et si les individus et les nations préfèrent à cette lumière les ténèbres et les misères de l’eiTeur, à cet amour la sécheresse et l'orgueil d’une vaine science, leur perte sera justement imputée au désordre d’une volonté rebelle; la sagesse et la bonté de Dieu seront surabondamment justiliées. Quel plan! quelle harmonie! quelle profondeur divine ! La révélation sera véritablement la restauration, le complément et le perfectionnement de notre nature. Quel homme pourrait refuser son cœur au désir de voir la réalité correspondre à ces convenances et à cette nécessité morale?
Sans doute la convenance et même la nécessité morale d'une chose n’en démontrent pas l’existence réelle. Mais quand on a compris et goûté l’utilité, la nécessité morale de la révélation, on est disposé à la chercher, on est préparé à la reconnaître. Nos futurs travaux auront pour but de prouver qu'il existe véritablement sur la terre une institution réalisant cette hante notion et revêtue de tous ces divins caractères qu’une logique sévère vient de nous donner. Mais, avant de clore cette première partie de nos études, il nous reste à déterminer plus complètement la notion
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de l’ordre surnaturel, et à démontrer la possibilité de cet ordre, auquel nous conduisent et les besoins de notre nature et no$ idées de la sagesse et de la bonté de Dieu.
Nous ajoutons une dernière remarque en terminant cette leçon. La doctrine que nous y avons exposée est conforme à celle que saint Thomas développe, lorsqu’il veut établir la nécessité de la révélation et de la foi. Qu’on relise les textes célèbres que nous avons cités dans la dix-septième leçon et qu’il est inutile de reproduire ici. On se convaincra sans peine que le saint docteur y établit la nécessité de la révélation, pour donner à la généralité des hommes une connaissance facile, exacte, certaine des premières vérités naturelles. Telle est la thèse que nous avons développée dans les six dernières leçons. Nous pouvons en résumer l’enseignement par ces paroles du docteur angélique : Ad ea eliain quæ de Dco ratione humana ûivesligari pomint, vcces$arium fuit hominem instrui revclatione dicitta : quia verita$ de Deo per raliotiem inveslùjata, paucis et per longum lempm, et ciim ndmixlione mullorum errorum, hominibus proieniret : a cuju$ tamen verilalis eognilione dependel tota hominis salas, qux ta Deo est. Ut igitur salus hominibus et convenientius et cerlius provenial, necessarium fuit quod de divinis per divinam revelationem instnierentiir. Necessarium igitur fuit, prxter philosophicas disciplinas, quæ per rationem investiganiur, sacrum doclrinam per revelationem haberi'.
' Prima pars, q. 1, a. 1.
L'OnDRE SURNATUREL.
L'ORDRE SURNATUREL