SA NOTION ET SA POSSIBILITÉ
NécesfU6 de déterminer la notion du surnaturel, cl d’établir la possibilité de cet ordre. — Deux degrés d-ins l’ordre surnaturel : rextra-nnlurcl cl le aumalurcl proprement dit. — L*extra-naturcl. — Ea quoi il coosiato. — Son objet. ~ Ses moyens. Le surnaturel proprement dit. ~ En quoi il consiste. — Son économie. — Le ebrislianisme. Conclusion générale.
Nous n’avons entrepris cet enseignement que pour démontrer la réalité, l’existence de l’ordre surnaturel. Plusieurs fois déjà nous avons parlé de cet ordre, des lumières, des vertus, des fins surnaturelles de l’homme, de l’union surnaturelle avec Dieu; en dernier lieu, nous sommes arrivés à la nécessité morale d’une révélation surnaturelle et positive. Non-seulement, nous avons parlé souvent de toutes ces choses, mais, plus d’une fois, nous en avons supposé l’existence; et nous avons dit dernièrement que nos futures éludes auraient pour objet de l’établir. Aujourd’hui, nous voudrions déterminer d’une manière précise la notion de cet ordre surnaturel; dire ce
soc. VINGT-QUATRIÈME LEÇON,
qu’il est, quelle idée nous devons nous en former, el mieux faire entrevoir à la raison la grandeur et la beauté de cette divine économie.
Tous les déistes, tous les rationalistes contestent la réalité de l’ordre surnaturel. Un grand nombre de ces philosophes va jusqu’à nier la possibilité même de cet ordre, et prétend que sa notion implique une contradiction. Parmi les chrétiens qui font profession d’admettre l’existence de cet ordre surnaturel, et même parmi les catholiques, il en est qui ne s’en font pas une idée complètement juste; et relativement à un objet si important, il règne dans les esprits beaucoup d’obscurité, de vague, d'hésitation, qiuMidiis ne sont pas préoccupés par quelque erreur.
Si le rationalisme, qui nie la possibilité même de l’ordre surnaturel, avait raison, nos dernières conclusions ne seraient pas légitimes et nos futurs travaux n’auraient pas d’objet. Rien donc n’est plus important que de prouver la possibilité de cet ordre; et, pour y arriver, il suflit de définir cet ordre d’une manière nette et précise. Devant la lumière qui jaillira de cette grande idée, les objections qui en contestent la possibilité s’évanouiront, et les notions fausses ou inexactes qu’on en a présentées pourront être redressées. Prêtons donc à cette grave étude, qui est le couronnement de toutes celles qui précèdent, l’attention sérieuse qu’elle mérite.
Pour bien concevoir l’ordre surnaturel, il faut d’abord savoir ce que c’est que l’ordre naturel ; et comme l’ordre naturel suppose lui-même l’ordre étemel et divin, il est nécessaire aussi d’avoir l’idée
L’ORDBE SURNATUREL.
de cet ordre. On peut dire qu’il y a trois ordres : l’ordre éternel et divin, ou Dieu lui-méme; l’ordre naturel, ou la création qui vient de Dieu ; l’ordre surnaturel, ou la grâce qui unit l’homme à Dieu tel qu’il est en lui-méme. C’est ce que nous allons tâcher d’expliquer; et, par le rapprochement des trois ordres, nous arriverons à une juste idée de chacun.
Dieu est; il est l’être par excellence, l’être infini. 11 réunit dans un point indivisible, si on peut ainsi s’exprimer, toutes les perfections répandues dans l’univers. Puissance, Sagesse, Amour, il se connaît et se possède lui-même, et trouve dans cette jouissance de lui-même les joies infinies de la nature divine. Dieu donc se suffit; il vit, il règne, il est heureux. Mais, en se connaissant lui-même, il voit, dans l’infinie simplicité de son essence, une infinité de perfections ou de degrés d’être, qui tous représentent sa nature. Ces perfections multiples, ces divers degrés d’être, images de l’essence divine qui n’altèrent en rien son infinie simplicité, sont les idées et les lois de toutes les créations possibles, miroir divin, si la parole humaine peut exprimer ces choses, où Dieu se représente à lui-même sa toute-puissance. De toute éternité, tous les mondes possibles existent donc, d’une manière idéale, dans la pensée divine. Dieu les voit par une seule vue qui contient et pénètre tout; et, s’il le voulait, l’univers n’aurait jamais d’autre existence que celle-là.
Tel est l’ordre divin et éternel. 11 embrasse Dieu en lui-même, dans son infinie perfection, dans ses lois internes, dans sa trinité, dans sa vie et sa félicité di-
vines, dans sa vcrlu créalrice, dans les idées el les lois miilliples où il représcnlc à sa pensée divine son infinie puissance. Cel ordre ne nous montre que Dieu.
Mais Dieu veut se manifester au dehors; souverainement indépendant et libre, il veut réaliser, si on peut ainsi parler, quelques-unes de ses pensées, exprimer quelques-unes de ses volontés; il veut créer, et sa parole toute-puissante féconde le néant. A cet appel, des abîmes du néant le monde émerge, brillant et radieux ; Dieu voit en lui une image de sa nature, et il le trouve bon.
Représentez-vous donc le monde avec tous ses éléments, tous ses agents, toutes ses forces, tous ses êtres sous l’action et l’impulsion créatrice qui lui donne l’existence, le mouvement et la vie. Concevez les corps célestes, parcourant leurs orbites tracées par la mathématique divine; concevez notre globe passant par des révolutions profondes, dont il porte dans ses lianes les traces ineffaçables. Sous l'action créatrice, la vie se développe graduellement dans ses profondeurs et à sa surface, et la terre s’enrichit des trois règnes de la nature avec leurs variétés et leurs merveilles. A son jour et à son heure, l’homme, chef-d’œuvre de celte création terrestre, apparaîtra sur celle terre. Doué d'intelligence, de volonté, de liberté, il portera sur son front un rayon de l'éternelle vérité, et la loi éternelle de l’ordre et de la justice lui sera manifestée. Il devra bonorcr son créateur et lui obéir, vivre dans une société de justice et de paix avec ses semblables, el faire servir la nature qui l’environne à ses besoins et à scs jouissances légitimes.
L'ORDRE SURNATUREL. W
Voilà, messieurs, un premier aperçu de l’ordre naturel. 11 est constitué par le développement et l’action de toutes les forces, de tous les êtres créés. Il contient la nature avec tous ses éléments et toutes scs puissances, l’homme avec ses facultés. Il embrasse ce mélanf^e, celte combinaison, celte harmonie des lois, des agents, des existences qui forment le monde et ce vaste univers, lié dans toutes ses parties.
Tous les déistes, tous les rationalistes sont d’accord pour affirmer qu’il n’y a que les deux ordres que nous venons de caractériser d’une manière générale : l’ordre éternel et divin, l’ordre créé et naturel; Dieu cl la création. Un troisième ordre, intermédiaire entre les deux premiers, leur paraît une chimère créée par l’ignorance et la superstition. En dehors de Dieu, il n j a, pour eux, que les causes secondes et leur action; il n’y a que les forces et les agents naturels; Dieu n’agit que par l’inlerniediaire de ces forces, de ces agents; l’action divine se borne à 1 acte créateur et conservateur des choses de ce monde. L’homme, en particulier, est laissé à ses seules facultés naturelles, à ses seules forces, et c’est lui seul qui doit être l’artisan de ses destinées. Voyez, disent-ils, le prétendu surnaturel se restreindre de plus en plus par le progrès de la raison et de la science. Combien de phénomènes réputés autrefois surnaturels sont rentrés peu à peu dans le domaine de la science, et ont été expliqués par des causes et des lois naturelles ! Tout était surnaturel pour l’enfance des peuples. L’explication surnaturelle rendait raison de tout. Dieu, les dieux, ou des agents surhumains étaient partout et faisaient tout.
ilO VINGT-yUATniêME LEÇON.
La science, par ses travaux et ses découvertes, a su faire à chacun sa part, et a relégué dans le pays des cliiméres les êtres chimériques.
Tel est le langage d’une science fière de ses progrès et enivrée de l’orgueil de sa force. C’est en présence de toutes les conquêtes, de tous les progrès de la raison et de la science, que nous voulons maintenir la notion de l’ordre surnaturel dans sa légitimité et sa vérité. Nous voulons prouver à la science qu’elle n’a jamais peut-être bien compris cet ordre surnaturel, et qu’elle a tort de le confondre avec les idoles de la superstition cl de l’ignorance. Vous allez, je l’espère, découvrir dans la notion de l’ordre surnaturel une profondeur qui vous étonnera et vous donnera à réllécbir.
L’ordre surnaturel existe à deux degrés différents et qu’il ne faut jamais confondre, l’cxtra-nalurel et le surnaturel proprement dit. Nous allons d’abord parler du premier, et dire ce qu’il est.
Nous avons vu que l’origine du monde, ou del’ordre naturel, est l’acte créateur, et nous savons que la durée du monde est une création continue. L'acte créateur nous représente une action divine directe, immédiate, tirant du néant les substances, et informant le monde d’après le modèle des idées et des lois divines. Les athées, les dualistes, les panthéistes, peuvent seuls refuser d’admettre cette notion de la création. Mais nous avons déjà tant de fois combattu ces tristes et funestes doctrines, qu’il nous paraît inutile de nous y arrêter aujourd’hui. Ces systèmes, en effet, no peuvent rien expliquer et renferment des contradictions palpables. L’athée veut expliquer le
L’ORDRE, SURNATUREL, monde sans recourir à une cause suflisanle pour en faire concevoir l’existence et rendre raison des caractères qu’il présente à l'observation la plus vulgaire. Par la lutte de ses deux principes éternels et nécessaires, le dualiste rend l’existence du monde impossible. EnQn, le pantliéismc, avec son unité de substance et son identité universelle, confond toutes les notions dans un même chaos, toutes les existences dans un même néant. Il n’y a, en réalité, rien de scientifique dans ces systèmes; la raison, comme la conscience et le bon sens, les repousse, et la vraie science sait bien qu’elle doit partir de la création, sous peine de ne rien concevoir, ni dans la nature, ni dans la vie, ni dans l’ homme. Tous les philosophes théistes, et, pour l’honneur de l’esprit humain, ce sont les plus nombreux et les plus sages, s’accordent à admettre la création comme la véritable origine des choses.
Mais une fois que la création et l’ordre naturel qu elle forme sont conçus, rien n'est plus facile que de concevoir Tordre extra-naturel. En effet, quelle est l’idée qui subsiste sous ces mots d’ordre extra-naturel? Cette idée, c’est celle de la passibilitéde la répétition de l’acte créateur; c’est la pensée qu’il est possible à Dieu, quand il lui plaît, de renouveler l’acte créateur. Le monde existe, la nature suit son cours régulier, toutes les forces agissent, tous les agents fonctionnent, tous les êtres se développent. Au milieu de ce mouvement de la vie universelle. Dieu, pour des raisons dignes de sa sagesse et de sa bonté, intervient directement, immédiatement, et pose un acte analogue à l’acte
créateur, un acte qui produit des effets indépendants des causes secondes qui régissent le cours ordinaire de la nature. Telle est la notion précise de l’extra-naturel. Elle nous représente une intervention divine directe, immédiate au milieu du cours de la nature, suspendant l’action de scs lois, et produisant des effets qui ne peuvent être -rapportés qu’à la cause première. Vous le voyez, celte intervention divine est une sorte de création, une création nouvelle au sein de la première.
Oui osera contester la possibilité de cette action divine, de cette nouvelle création? Est-ce que la première création épuise l'infinie puissance ? Est-ce que les lois de cette création peuvent enchaîner l’infinie liberté? Est-ce que Dieu n’est pas toujours Dieu? N’estil pas toujours l’Être souverain et tout-puissant? Quel philosophe théiste oserait ici opposer la nécessité des lois de la nature? Une nécessité pour Dieu, créateur libre et législateur sage de ce monde, arbitre souverain de ses destinées ! Cette idée de la nécessité absolue des lois de la nature n’est qu’une forme de l’athéisme ou du panthéisme, et il n’y a que l’athée ou le panthéiste qui puissent nier l’infinie liberté de Dieu, parce qu’au fond ils nient Dieu lui-même.
Mais, me direz-vous peut-être, cette intervention directe et immédiate de Dieu n’accuserait-elle pas sa sagesse ou sa puissance : sa sagesse, s il n a pas tout prévu ; sa puissance, s’il n’a pu donner une efficacité suffisante aux forces et aux agents créés? Dieu ne serait-il pas semblable à un mauvais ouvrier, obligé de retoucher et de réparer la machine qu’il a construite?
^L'ORDRE SURNATUREL. MS
Faible objection! Dieu a prévu de toute éternité l’utilité et la convenance de son intervention au sein du monde qu’il a créé ; et cette intervention n’accuse aucune imperfection dans ses œuvres. Elle rentre dans un plan magniCque, où sont combinés, avec une sagesse infinie, l’accomplissement des desseins infaillibles de Dieu et l’exigence de la liberté qu’il accorde ' aux créatures intelligentes. Il n'y a donc aucune impossibilité, aucune contradiction dans l'admission de l'intervention divine, directe et immédiate, au milieu du cours ordinaire de la nature. L’ordre extra-naturel est donc possible, et la notion de l’ordre surnaturel, à son premier degré, se trouve ainsi justifiée.
Une intervention divine, directe, immédiate, distincte de l’acte créateur et conservateur des êtres de ce monde, est possible. Mais quels doivent en être l’objet et les moyens? L’objet ne peut être que la 'conservation, la restauration et le développement de l’ordre moral et religieux de ce monde. La liberté humaine peut faillir; l’homme peut se corrompre, oublier et altérer la vérité divine qu’il a reçue dans sa création, perdre les dons et les privilèges dont une libéralité infinie orna sa première nature, se manquer à lui-môme et à toute la grandeur de ses destinées. Et nous savons trop bien qu’il en a été ainsi I
Mais Dieu, dans sa bonté infinie, peut prendre en pitié cette faible et malheureuse créature, cette créature infidèle. U peut, dans sa sagesse, vouloir restaurer l’empire de la vérité sur la terre, rétablir le culte divin, rendre à l’homme tout ce qu'il a perdu par sa faute, lui donner de nouveaux moyens d’atteindre ù
I,U VlNGT-yüATBIÈME LEÇON,
toute la sublimité de ses destinées primitives. Il peut même lui en faire de plus grandes, encore. Tel est l’objet de l’intervention divine. Est-il digne de Dieu, messieurs? Et en quoi cette miséricorde, cette condescendance et cet amour feraient-ils déchoir Dieu de son infinie perfection?
Les moyens de cette intervention divine sont aussi dignes de Dieu que son objet lui-même. Sans abolir la liberté humaine cl sans intervertir tout l’ordre moral de ce monde. Dieu ne peut pas se révéler d’une manière extraordinaire à chaque enfant de la race liumaiiie. Dieu choisira donc un homme dont il fera son envoyé auprès des autres hommes; et si la vie et la vérité naturelles se transmettent de l’homme à l'homme, pourquoi la vérité et la vie surnaturelles ne se transmettraient-elles pas par le même intermédiaire? Cet homme élu sera inspiré de Dieu. Écartons d’abord toute idée de l’inspiration poéli(|ne ou artistique; ce beau phénomène de la vie naturelle de l’intelligence et do l’âme n’a rien de commun avec l’inspiration surnaturelle. Ici Dieu, par des voies secrètes, inexplorées, indescriptibles, s’empare des facultés humaines. Il éclaire l’intelligence, fait briller à ses yeux des clartés qu’elle ne verrait pas par elle-même, louche le cœur, meut la volonté, met des paroles sur les lèvres; et ces paroles sont sa parole, et cette parole est lumière et vie.
Le prophète divin porto aux hommes cette parole. Il corrige l’erreur, rétablit la vérité ancienne, promulgue la vérité nouvelle, combat les mauvaises mœuis, rend au culte toute sa pureté, toute son elfi-.
L’ORDRE SCRNATURBL. 5i5
cacitc. 'La vérité de sa doctrine, le bien qu’il fait à ses frères, la grandeur et la beauté morale qui éclatent dans sa personne, sont des signes de sa mission divine. Mais ils ne sont pas les seuls. Selon une mesure conforme à ses desseins, Dieu revW son envoyé d’une partie de cette vertu créatrice qui existe en lui dans sa plénitude, et qui le rend tout-puissant à produire certains effets, indépendamment des causes secondes qu’il a créées et des lois qu’il a décrétées. Ici vous reconnaissez le miracle, qui n’est que l'acte créateur renouvelé, et nous en avons déjà démontré la possibilité. '■ Le miracle suspend les lois de la nature; et, à ce trait,' l’homme reconnaît sans peine la main qui la gouverne, la volonté qui la domine. On dirait en vain ici que l'homme sage ne peut rien conclure de ces effets surprenants, parce qu’il ne connaît pas tous les secrets, toutes les ressources, toutes les lois de la nature. Le bon sens lui-môme répondra que les lois de la nature étant constantes, et que la nature ne ponvanl pas être contraire à elle-même, dès que la suspension d’une de ses^lois se trouve constatée, il en résulte qu’on doit y reconnaître l’intervention d’une puissance divine, lia prophétie qui lit dans l’avenir, dans un avenir dépendant du concours d’une foule de causes nécessaires et d’agents libres, la prophétie est un de ces faits miraculeux où éclate avec le plus de puissance l’intervention divine; et quand tout cet ordre miraculeux n’a pour but que la correction, l’amélioration, l’instruction et la consolation des hommes, peut-il être présenté comme indigne de la sagesse ou de la bonté de Dieu ?
Te] est l'ordre extra-naturel dans sa notion, dans son objet, dans ses moyens. Je crois que tout homme sage trouvera qu’il offre à sa méditation un sujet digne d'elle.
,\près ciis premières explications, il est temps de pénétrer dans toutes les profondeurs de l’ordre surnaturel, et de nous former une notion exacte de ce qui en constitue proprement l’essence. J’en ai déjà touché quelque chose dans ce qui précède, car on ne peut séparer entièrement ce qui est conjoint de fait; et la fin principale de l’intervention divine, directe et immédiate, est l'établissement de cette sublime union entre l'âme et Dieu, qui constitue l’essence même du surnaturel. En effet, le surnaturel proprement dit n’est qu’un mode particulier de relation entre Dieu et les créatures intelligentes et aimantes. Et pour bien concevoir cet ordre particulier de relations surnaturelles, il faut bien comprendre les relations naturelles qui existent entre Dieu et l’homme. Retournons donc à la notion de l’ordre naturel; elle nous servira à nous élever plus facilement à celle de l’ordre surnaturel.
D’après les principes que nous avons établis, l’ordre naturel est le développement des natures créées. Mais le caractère propre de ce développement, c’est qu’il est nécessaire, et que toutes ces natures ont des rapports nécessairés entre elles, et avec le tout, et avec Dieu lui-même. Ces rapports sont nécessaires parce qu’ils découlent de l’essence même de ces natures. Ils en sont comme l’apanage, l’appendice; et Dieu veut nécessairement ces rapports, puisque autrement
Digilized by GoogI
L OBDBE SÜBNATUBEL. Ô\7
il voudrait cl ne voudrait pas, en même temps, l’existence de ces créatures.
Appliquons ces principes à l’Lomme.
L’homme étant un esprit, c'est-à-dire un être doué d’intelligence, de volonté, de liberté, uni à un organisme, il résulte nécessairement de cette nature des relations avec Dieu et avec le monde. L’homme naturellement sera capable de connaître , de penser, de vouloir, d’agir, de tendre vers un but conforme à sa constitution, et qui lui procurera des salislàctions légitimes. L’homme aura nécessairement la capacité de connaître Dieu , d’adorer en lui le principe et la fin des choses, l’Élrejnfini. L’homme aura nécessairement l’idée du bien et du mal moral, et, par le bon usage de sa liberté , il pourra tendre vers le bien et fuir le mal. Ces relations entre l’homme et Dieu dérivent egalement de la nature de Dieu et de celle de l’homme. Dieu ne peut pas créer une intelligence sans vérité, une volonté libre sans règle, des facultés sans les moyens rigoureusement requis pour leur développement et leur action.
S’il n’existait entre l’homme et Dieu que ces rapports nécessaires , il n’y aurait que l’ordre naturel , constitué par ces relations elles-mêmes. Mais nous concevons entre Dieu et ses créatures divers rapports qui ne sont pas nécessaires, et qui ne découlent pas de l’essence de Dieu et de celle des créatures. C’est ce qu’il s’agit de bien comprendre, car nons touchons au moment où toute la grandeur et toute la beauté de l’ordre surnaturel vont se dévoiler à nos yeux. Reprenons donc les idées de ces rapports
pour mieux les concevoir, pour mieux les développer.
Je trouve d’abord que toutes les créatures, sans exception, ont nécessairement Dieu pour fln générale, dans ce sens qu’elles sont toutes appelées à le glori- (îer à leur manière; et le monde, avec tous les êtres qu’il renferme, n’existe que pour raconter et célébrer la grandeur, la puissance, la sagesse, la bonté du Créateur. Mais tous ces êtres ont avec Dieu des (‘apports plus ou moins directs, et tons ne sont pas appelés au même degré de ressemblance et d’union avec lui. L’être insensible, l’être purement organique, l'être intelligent et aimant soutiennent avec Dieu des rapports entièrement différents. L’iiomme peut aussi être coordonné à Dieu de deux manières qui diffèrent essentiellement et sont séparées par des abîmes.
D’après les principes établis dans notre théorie de la raison. Dieu, en tant que substance des vérités éternelles, est la lumière directe qui éclaire notre intelligence; en tant que justice éternelle, il est la loi suprême de la liberté et de l’activité humaines \ Mais la lumière divine n’éclaire notre raison qu’à l’occasion et à la condition des phénomènes de ce monde. Lu spectacle de ce monde nous élève à Dieu ; ce monde nous présente comme un miroir où nous voyons reluire les attributs divins. En un sens, le monde e.sl donc vérilablement un intermédiaire entre Dieu et nous; et l’étude de cet univers, des lois qui le régissent, des merveilles qu’il renferme, l’étude de Tâmc surtout et de la vérité divine dans l’ame, nous olïrenl
' Voir la leçon ontiinie.
rORDRE SÜRJfATUREL. 519
un iitoyen de connaître Dieu et ses rapports avec le monde d’une manière de plus en plus parfaite*. L’observation exacte de la loi de justice, c'est-à-dire l’accomplissement de tous nos devoirs envers Dieu, envers nos semblables, envers nous-mêmes, nous rend aussi de fdus en plus conformes à Dieu. 11 résulte de ces principes certains que Dieu est la fin dernière de notre intelligence et de notre volonté, et que notre perfection et. notre bonheur naturels consistent à le ' connaître, à l’aimer, à lui obéir.
Toutefois, dans cet -ordre naturel, Dieu n’est pas connu ni possédé dans son essence et tel qu’il est en lui-même. La lumière des idées et des principes nécessaires vient de Dieu, sans doute ; elle est Dieu même d’une certaine manière. Mais elle ne nous découvre pas l’essence de Dieu; nous l’avons prouvé*.
La pratique de la justice nous rend conformes à Dieu; mais elle ne nous unit pas immédiatement à sa substance et à sa vie. Cet ordre cependant offrirait à notre nature des développements illimités; l’homme pourrait acquérir toujours de nouvelles connaissances, pratiquer de nouvelles vertus, conquérir de nouveaux ' mérites, se rapprocher de Dieu de plus en plus. Par l’exercice de ses facultés, l'usage légitime des biens créés, la contemplation de Dieu > dans les vérités éternelles et les œuvres divines, la.tidélité aux lois divines et l’amour divin, il goûterait un bonheur .sufGsant. Ces développements ne seraient pas bornés
Voir la Irçon donzième. . '
* Voir la l«con douzi^ma.
520 VINGT-QÜATRlkMB LEÇOW.
à la vie présente ; et, à la fin de ses jours terrestres, l'homme pourrait être transporté dans un autre monde où, sans que les conditions de son bonheur fussent essentiellement changées, il trouverait une vie et une félicité nouvelles. La création serait ainsi la ûn prochaine de l’homme, et Dieu, sa fin dernière et suprême.
Cet ordre se conçoit clairement; il est possible; rien n’y répugne à la raison ni au sentiment. Il est évident que Dieu pouvait créer l’homme dans ces conditions, et n’établir avec lui que les relations résultant de cet ordre.
Tel est l'ordre que la théologie appelle l'état dépuré nature, dans lequel Dieu aurait pu créer et laisser l'homme sans aucune injustice. Tel est l'ordre qui peut être considéré comme un pur développement, un développement nécessaire de l’essence humaine. Et qu’on n’objecte pas contre la possibilité de cet ordre l’aspiration de notre nature à une science plus parfaite. à un bonheur plus parfait. Cette aspiration est l’indice d’une vocation libre à une destinée plus haute que celle à laquelle notre nature pourrait prétendre par elle-même.
Nous concevons, en effet, entre Dieu et l’homme, des rapports plus parfaits, plus immédiats, plus directs que ceux qui viennent d'être exposés. Nous concevons que l'homme peut être destiné à connaître et à posséder Dieu tel qu'il est en lui-même. L’homme sera donc appelé à connaître Dieu non-seulement par quelque rayon échappé de son inCnie lumière cl par l'intermédiaire de la création, mais à le connaître en
L'ORDRE SURNATUREL. 5
lui'inéme. Il sera appelé à le roir non-seulement dans quelques idées étemelles et quelques lois nécessaires, non-seulement dans le miroir de la création, mais dans son essence. H sera appelé à contempler directement et face à face l’essence, la substance divine; à voir Dieu dans ses relations avec les créatures, dans ses relations personnelles et sa vie interne, tel qu’il est en lui-même. Il sera appelé non-seulement à l’honorer, à lui obéir, à l’aimer, mais encore à le posséder coeur à cœur et comme par un contact substantiel. Il sera appelé à jouir non pas seulement de ses dons, mais de lui-même. Il participera aux perfections divines, à la vie, à la félicité de Dieu lui-même, à son éternité, à son immutabilité, à sa puissance, à sa richesse, à sa lumière, à sa science, à sa sagesse, à son amour, à scs joies indicibles, à sa souveraineté; et, en possédant Dieu, il possédera la création tout entière. Les livres saints ne craignent pas de dire que l’homme « sera associé à la nature divine *; qu’il deviendra un même esprit avec Dieu’; qu’il lui deviendra semblable, parce qu’il le verra tel qu’il est *, et que Dieu sera tout en tous ’. » Aussi les livres saints, après ces magnifiques promesses, ajoutent « que l’œil n’a jamais vu, que l’oreille n’a jamais entendu, que le cœur n’a jamais senti ce que Dieu prépare à ceux qui l’aiment*. » , ■ • .
* II, Pétri, 1, 4.
* 1, Cor., 6. •• • -
■ I, Joan„ S, S.
* I, Cor., 16, S8. '
» I, Cor., 8, 9. '
55i VINGT-QUATRIÈME LEGON.
Telle est celte magnifique union dans laquelle consiste l’essence même du surnaturel. Elle a été définie par les plus habiles Iliéologiens : participatio qiiædam virtuliü ejut qua Deux scse immédiate aUingü ex sua uatura. per quain creatura ad esse diviivum quodanvmodo clevaUir, [tique magis aut minus proxime Aivinæ consors naturx
Celte union, essentiellement distincte de l'union naturelle, puisque Dieu y est connu et possédé d’une manière essentiellement dilTérente', cette union esl évidemment possible. Ave»-vous apei\u quelque répugnance, quelque contradiction dans les idées que je viens de vous proposer? Dieu n’est-il pas souverainement maître de ses dons? Ne peut-il pas se donner, se livrer, si f ose ainsi m’exprimer, à sa créature? N’esl-il pas ce foyer éclatant de lumière qui ne cherche qu’à rayonner? N’est-il pas ce torrent do vie et de félicité qui ne cherche qu’à s’épandre et à couler? Dieu no peut-il pas agrandir, élever l’intelligence, dilater l’àme, de manière à les rendre capables de celle vision ; de cet amour, de cette puissance, de cette union déifiante? Mais si celte union esl évidemment possible, elle ne peut jamais être nécessaire.
Calculez l’incalculable distance qui sépare l’être tiré du néant de l’Être qui existe par lui-même, la créature du Créateur, le fini de l’infini; n’oubliez pas que
• Tournely, Prælecliones lheologicte, de gratia, t. 1; Diss. prsev., art. 2. On IrouTrra dans les ('clain-issemciits b déüniliün complète du surnaturel, telle que la thcolojpe la donne, avec les^ autorités.
• Voir la leçon douzième. ,•
L’OHDHE SURNATUnEL. 525
l'union surnaturelle met la créature en possession de Dieit lui<méme, tel qu'il est en lui-méme, et vous oomprendrez aisément que cette union est au-dessus de toutes les forces, de tous les mérites, de toutes les exigences des natures créées et possibles. Le premier mode de relations entre Dieu et l’homme doit être considéré comme une conséquence nécessaire de la nature humaine; celui-ci, jamais. Rien ne peut porter Dieu à se donner lui-méme, sinon son amour infini. Ce don de lui-même est donc essentiellement gratuit, i. 11 y a quelques années, dans un ouvrage célèbre, • un homme, un, prêtre, un philosophe dont le nom est douloureux à prononcer, s’est efforcé de renverser la notion de l’ordre surnaturel, en cherchant à établir que toutes les relations entre l'homme et Dieu sont nécessaires, et découlent nécessairement de leur essence respective. Et sur quoi se fonde cette prétendue contradiction que présenteraient des relations possibles, mais libres, entre l'homme et Dieu? Cherchez, et vous trouverez que cette prétendue contradiction n’a d’autre base que le principe de l’unité et de l’identité de la substance, qui est toute la philosophie du livre dont nous parlons '. Sans doute« s'il n’y avait dans le monde qu’une seule substance, infinie et finie à la fois, tous les modes de celte unique substance et toutes les relations entre ces modes divers seraient nécessaires comme la substance elle-même, puisque les modalités ne se distingueraient pas de la substance. Dans celte hypothèse, l'union sumaturcUe
* E^quisfe d'une philosophie, par M. de Lamennais, t. Il, lir. 1^, ch. VIII.
Diti'îia- üv vaOO^lc
de l’homme avec Dieu deviendrait un non-sens, puisque l’homme, par sa nature, posséderait l’essence divine elle-même. Toutes les créatures, depuis l’atome jusqu’au plus sublime des esprits, seraient des participations substantielles de l’essence infinie et divine. Par conséquent, un mode particulier de participation présenterait une contradiction. Mais, vous le comprenez, cette objection n’a d’autre valeur que celle du principe dont elle est l’application rigoureuse, l’unité de substance, l'identité du fini avec l’infini. Or cette prétendue identité est la plus effroyable contradiction où l’homme et la raison puissent tomber; nous l’avons démontré plusieurs fois. La doctrine de cette prétendue identité n’est que la philosophie du chaos et du néant ; et quand la négation de la possibilité de l’ordre surnaturel repose sur une pareille philosophie, cette négation se condamne elle-même.
Ainsi nous ne trouvons jamais que l’athéisme ou le panthéisme qui puissent contester la possibilité de l’ordre surnaturel; mais nous savons ce que valent leurs dénégations.
Nous croyons avoir posé la vraie notion de l’ordre surnaturel dans ses deux degrés; nous croyons avoir démontré que cette notion ne renferme aucune contradiction, et que, partant, l’ordre surnaturel est évidemment possible.
Après avoir défini autant qu’il est en nous l’essence du surnaturel, après vous avoir montré la fin sublime de cet ordre, nous devons en caractériser d’une manière générale l’économie, c’est-à-dire la série des moyens qui conduisent l’homme à celte fin magnifique.
L'ORDRE SURNATUREL
L’iiommc, comme nous l’avons dit plusieurs fois, fui élevé, au moment même de sa création, à l’union surnaturelle avec 0ieu; il reçut des lumières et des forces surnaturelles, et comprit toute la grandeur de ses destinées divines. De là tous les privilèges accordés par la libéralité divine à la nature innocente du premier homme. La chute suivit de près la création; le mal moral fut introduit dans le monde par l’ahus de la liberté créée. Mais, au moment de l’apparition de ce mal moral, qui devait corrompre, flétrir, ravager l’humanité, une parole de salut et d’espérance fut prononcée par Dieu ; une œuvre mystérieuse de réparation fut annoncée; et la victoire deflnitive du bien sur le ma! fut promise. L’humanité commence son long voyage à travers l’espace et le temps. Oublieuse et infidèle, dissipant follement l’héritage de la vérité, elle altère la notion de Dieu, celle des devoirs et de la destinée humaine; le culte se corrompt avec les croyances et les mœurs. La sagesse divine prépare la régénération du monde. Des révélations successives rappellent les hommes à la vérité, au devoir, à Dieu. Lorsque le mal arrive à son apogée, la divine Providence fait choix d’un peuple pour le rendre gardien et dépositaire des promesses, et l’institue prophète des temps futurs. Les desseins divins s’éclaircissent avec le progrès des âges ; les temps s’accomplissent, et Celui qui était attendu, annoncé, appelé depuis tant de siècles, parait à son jour et à son heure. Ce n’est pas un prophète, un simple envoyé; c’est le Fils, c’est le Verbe, c’est la Sagesse éternelle unie personnellement à l’humanité ; c’est Dieu rendu
5S6 VIÎIGT.QUATRIEIIE LEÇON,
visible au monde , et conversant avec les hommes. Nous avons en lui le maître de toute vérité religieuse, le modèle de toutes les vertus, le*lype de la beauté et de la perfection morale. Nous avons en lui un médiateur, un sauveur; et, par le plus sublime dévouement, par la vertu de son sacrilice, il pacifie le ciel et la terre. Ix;s elTets de sa rédemption s’étendent à tous les temps qui l’ont précédé, comme à tous ceux qui le suivront; nul homme ne leur est totalement étranger, et il n’y a pas une âme que le rayon de ce soleil divin n’aillc toucher. En quittant la terre, il lui laisse son Esprit. Un enseignement éternel de vérité est fondé dans son Église, et le culte nouveau ouvre sur la terre des sources éternelles d& pureté, de force morale, d’amour, qui iront renouveler sans cesse au sein de l'humanité la vie supérieure de l'àme. L’Homme-Dieu, en qui s'opère la plus parfaite union entre la créature et le Créateur qu'il soit donné de concevoir, l’union personnelle, devient ainsi pour l’humanité déchue l’unique moyen do renouer son rapport brisé avec Dieu, l'unique moyen de rentrer dans l’union surnatureilcetd'accomplirsa destinée divine. Mais l’Homme- Dieii n’est pas seulement Je moyen de cette régénération; en tant que Dieu, il en est aussi la fin : %o xum via et Kerilas et vita.
Voilà, s’il est possible de f esquisser en si peu de mots, voilà, dis-je, l’économie de l’ordre surnaturel. Dans cette économie, tout est divin, tout est grâce; et la grâce se consomme dans la gloire.
Ija création est l’image de Dieu : la nature est belle ; la raison est un rayon de rélcrnelle lumière qui
L'ORDBB SURNATUREL. iil
éclaire nos ténèbres; la conscience est la Toix de Dieu ; la science et la philosophie sont légitimes et né> cessaires, et deviennent pour l’humanité la source de biens inestimables. Mais, l’homme, laissé à lui-même et à ses facultés seules, l’homme, au milieu de toutes ses richesses, ne se suflit pas pour atteindre à la perfeclion de ses (jns naturelles. La voix de ses besoins et de ses aspirations appelle un secours, une assistance divine, qui ne lui est pas due rigoureusement, mais qu’il est digne de Dieu de lui accorder. Ce secours, celte assistance ne peuvent être qu’une révélation, la fondation et la conservation d’une t^eligion vraiment divine et dans son origine et dans ses développements et dans ses moyens. Mais celte révélation, cette religion divine ne se borne pas à restaurer, à compléter la nature, à rétablir dans la raison toutes les vérités naturelles, à donner à l’homme les moyens d’arriver à la perfection de ses fins naturelles. Cette révélation, celle religion divine fait plus encore: elle ouvre devant l’horome des horizons infinis; elle lui ouvre le sein, de la Divinité, et lui dit : fu as été porté dans ce sein comme un enfant chéri; tu en es tombé, je t’y ramène, ou plutôt c’est Dieu lui-même qui vient te chercher pour t’y ramener, Élève tes pensées et ton cœur à la hauteur de tes destinées, et comprends.que c’est Dieu lui-même qui est ton objet et la fin.
Ce langage, qui étonne la raison, trouve cependant les avenues du cœur. Il y a dans l’aine hnmainc je ne sais quelle impression de sa primitive gi'andeur qui l’épanouit à celle parole, la fait tressaillir sous celle
espérance, et ne lui permet pas de trouver ailleurs le repos. Écoutez la sagesse humaine; dcmandezlui le mot de la vie future. Elle vous répondra par son silence; ou bien, renouvelant' les fables des Grecs, comme on vient de le faire , elle vous proposera des transmigrations, des métamorphoses, des voyages éternels, qui vous laisseront ‘dans le vide du bien infini et souverain que vous poursuivrez toujours sans pouvoir jamais l'atteindre. Des doctrines plus décidées ne vous présenteront d’autre avenir que l’absorption dans le grand tout. Vous irez, vous diront-elles, vous perdre dans la substance universelle comme la goutte d’eau dans le vaste océan, et, à cette image, l’horreur de. la mort glacera vos sens. ]jü christianisme ne recule pas sans fin le prix de la vertu, du dévouement, de l’amour. Il ne vous menace pas d’une absorption en Dieu; mais il vous promet Dieu lui-même comme votre étemelle récompense ; vous le verrez , vous le posséderez, vous en jouirez, et en lui vous aurez tous les biens. Et, chose merveilleuse, preuve éclatante des harmonies profondes qui existent entre le christianisme et la nature de l’homme, cette religion, qui ne parait avoir d’autre but que la vie future, fait le bien de la vie présente. Elle est le principe des améliorations les plus profondes et les plus durables de la société et de la vie humaine; elle transformerait la terre, si les hommes voulaient se laisser pénétrer par son esprit. Avec le christianisme, l'homme et la société peuvent prétendre aux meilleures et aux plus hautes destinées. Sans lui, les instincts de la matière reprennent infailliblement leur empire sur l’âme, et
L ORUUE SURNATÜBKL.
les mauvaises passions, déchaînées par l’égoïsme universel, deviennent un torrent qui dévaste la société.
Arrivés au seuil de la religion divine, de la révélation surnaturelle et chrétienne, nous n’avons pu nous défendre de jeter un coup d’œil rapide sur son majestueux ensemble. Nos travaux futurs n’auront d’autre objet que de démontrer l'existence de cette révélation, dont nous avons justifié la possibilité, la nécessité morale. Nous consacrerons tous nos efforts à établir la divinité de ce christianisme, dont la grandeur et l’excellence viennent de se révéler à notre raison et .à notre cœur.
FIK DU TOMR