NOTIONS PRELIMINAIRES
Chaque science est déterminée par son objet, c’est-à-dire pat Île point de vue sous lequel elle considère l'être, La métaphysique ve distingue de da physique, parce qu'elle considère l'être sous sa
saison waique d'être, tandis que la physique le considère sous la saison de mouvement.
La musique diffère des mathématiques, parce que la musique étudie l'être au point de vue des sons, tandis que les mathémati. ques l’étudient au point de vue de la quantité.
Mais il y a des sciences dont l'affinité est si grande quil est parfois très diflcile d’eu différencier le point de vue, l’objet, sur: tout avec les modernes qui tendent à faire de tout une science, divisant et subdivisant l’objet d’une science supérieure en objets secondaires d’où découlent autant de sciences subalternes et dis tinctes,
Aristote et St, Thomas n’ont ni divisé en traités, ni regardé comme sciences distinctes la psychologie, la biologie, {a phyÿsiologie : elles ne formaient, à leur avis, qu’un seul traité, une seule science, le traité ou la science de l'âme, Comment, en effet, pourrait-on traiter de l'âme sans traiter à la fois de toutes ces sciences ?
Sous influence de cet esprit moderne, certains théologiens se sont évertués à pronver que l’apologétique diffère de la théolo. gie proprement dite an point de s’en séparer et de former très réellement une science distincte. Je me permettrai de dire plus tard ce que j’en pense,
Les connaissances humaines peuvent se classer en deux ca. tégories distinctes : les Connaissances rationnelles,. c'est-à-dire les Connaissances que nous pouvons acquérir par les seules forces de la raison, et les connaissances supra rationnelles dont les principes révélés sont inaccessibles à la raison,
Dans l’ordre des vérités comme dans celui des êtres, que sont le naturel et le surnaturel? À ceci je réponds: dans l'ordre des êtres, la nature est tout ce qui est créé on créable ; or l’ordre des vérités n'étant que l'ordre des êtres ‘en tant que connus” l’ordre baturel est donc aussi tont ce qui est connu ou susceptible d’être COnuu par une intelligence créée. Dans ces deux ordres, Dien est le surnaturel ; cac il n'y a que lui qui ne soit ni créé, ni créable, de même qu’il n'y a que lui qui se connaisse parfaitement,
Le naturel ou rationnel et le surnaturel ou supra-rationnel ainsi délimités, nous laisserons aux philosophes le cham des connaissances rationnelles, et nous traiterons seulement de l'ordre surnaturel ou Supra-rationnel, iin d’autres termes, uous ferons, en apologétique, acte de Théologien, et non de philosophe, Lors donc que nous réfuterons les systèmes de certains philosophes, nous attaquetons leurs erreurs en tant que contraires aux données non pas ratiounellés mais Supra-rationnelles.
Le droit cauon et l’Ecriture Sainte mis de côté, il nous reste trois sciences, où plutôt trois parties d’une mèxe science: La
Théologie proprement dite, —Les lieux théologiques — L'apologé. tique,
p si vaste
Elles seraient trois sciences distinctes dans la théologie on science qui traite de Dieu, si l’on y trouvait trois points de vue absolument distincts, trois principes hétérogènes d'où elles déduiraient leurs conclusions : çar une science se distingue d’une autre par son objet formel quo, ou en termes plus clairs, par le point de vue sous lequelle nous la considérons. Or dans la science théologique le point de vue est absolument un ; la lumière de la révéla tion est le principe unique d’où l’on puisse déduire des conclusi. ons. D'où il suit que la science théologique est une, I! ne peut y avoir tout au plus que des aspects secondaires de cette même sci. ence. L’apologétique est: précisément l’un de ces aspects ; elle est la théologie défensive, justifiant ses principes et ses conclusions. Les lieux théologiques en sont nn autre aspect, puisqu'ils ne sont que l’étude de la méthode employée par la théologie pour se former comme science,
La métaphysique est une et ne se compose pas de trois sci. ences distinctes ; cependant on peut la considérer alors qu'elle se forme comme science, ou défend l’irrévocabilité de ses principes et les déductions rigourenses de ses Conclusions, ou étudie son
s êtres, que sont dans l’ordre des ; Or l’ordre des connus” l'ordre Isceptible d’être rdres, Dien est réé, ni créable, itement, supra-rationnel champ si vaste seulement de s termes, nous de philosophe, ‘tains philosoontraires aux , il nous reste : science: Lu s—L'apologé.
, théologie on points de vue ù elles déduie d’une autre ar le point de ience théolode la révélades conclusi.
Li ne peut y le même sciects ; elle est conclusions, ju’ils ne sont pour se for-
de trois scirs qu'elle se es principes
étudie son
mode de déduction, De mêie la théologie est ane senle et même science, qu’on la considère dans su formation, dans la justification de ses principes où dans la valeur de ses procédés.
Pour avoir une notion bien précise, il nous suffit de passer immédiatement à la définition des termes.
Etudions d'abord 1a théologie proprement dite et rendonsnous compte de ses divers Gbjets.
Dans toute stence où distingue trois objets : matériel, for. mel quod et formel que,
L'objet formel QUO seu ratio sub quA est le point de vue sous lequel nous considérons l'objet formel quod d’une science. Or la théologie considère son Ohjet sous la lumière de la révélation, La lumière de la révélation est donc l’objet formel quo de la théolo. gie. C'est ainsi que ,science Supra-rationnelle, elle se distingue des sciences ratiennelles qui considèrent toujours leur objet sous la lumière de la raison.
L'objet tocmel quod, qui est l’objet de nos considérations scientifiques, en théologie c’est Dieu considéré soit en lui-même, soit dans ses créatures, en tant qu'elles se rapportent à 1ni comme principe ou fin. De là les trois grandes parties de la Somme Thé ologique.
la Pars. De Deo et de processione creaturarum à Deo,
2a Pars. De motu rationa!i Creaturae ad Deum,
$a Pars. De vid «4 Deum seu de Christo,
L'objet matériel, comme le mot l'indique, est le mobilier d’une science : C’est owt ce dont elle s'occupe, sans prêter nulle attention au point de vue sous lequel elle s’en occupe, Ainsi, Dieu, ange, création, grâce, sacrement, vertu etc, voilà l'objet matérie: de la théologie.
Voyons maintenant en quoi consistent les lieux théologiques et l’apologétique.
(1) Les lieux théologiques sont à In théologie ce que sont à la philosophie la logique et les topiques d’Aristote, Ils sont l’étus
(1) L'importance des lieux théologiques n’a jamais peut-être été aussi bien comprise que de nos jours. De même que Descartes, posant la question de la méthode a attaqué la philosophie déjà existante, et l’a forcé de lui répondre si réellement le procédé, jusque-là employé par elle, têtre accepté; de même le protestantisme a attaqué la théologie et lui a demandé compte de sa méthode jusque-là in.
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de méthodique et réfléchie que la théologie fait de ses principes et de ses procédés scientifiques ; en d’autres termes, ils étudient la nature et le nombre des sources où la théologie doit aller pui-
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Contestée, Avant Luther l'Eglise n'avait jamais senti le besoin de justifier ses procédés et de vérifier la valeur de ses principes, Il fallut répondre au révolté et lui rendre compte de la méthode, C'est-à-dire: défendre contre ses négations la théologie, en lui montrant la va/eur de ses sources et de ses conclusions, Ce fut l'œuvre de Melchior Cano. Les /ieux théologiques créés par lui sont dignes du plus grand génie, aussi bien à cause de l’amplenr du développement, qu'à cause de la ‘création de toutes pièces’ de cette science de la méthode qui est son œuvre, Avant Cano il n'y avait Jamais eu dans l'Eglise de lieux théologiques proprement dits.
Melchior Canus où Cano est mort en 1560 au couvent de Tolède (Es- Pagne.) 11 a laissé à la postérité un de ces ouvrages qui n'ont jamais besoin d’être retouchés, et aprés lesquels tout le monde est dispensé ie traiter le même sujet. Entré dans l'Ordre de St, Dominique à Salamanque au couvent de St. Etienne en 1523, il eut pour maître François Victoria, professeur à l’université de Salamanque, l’une des gloires dominicaines et théologiques de l'Espagne, Il eut l'honneur de lui succéder et de le surpasser. Le pape Paul III l'appela comme théologien au Concile de Trente. Une multitude de témoignages nous sont Parvenus sur sa vertu et sur sa science. Qu'il nous suftise de citer celui d'un homme dort la partialité Pour lui ne saurait exister. Ce témoignage est d'un Jésuite, Voici ce que dit de lui le Père Benoit Perrerius : ‘Ex omnibus theologis qui concilio Tridentino interfuerunt, Melchior Canus maximæ, clarissimæque famæ fuit Nemo abillius ætate mysteria Sacrarum Scripturarum melius explicuit.” Un autre Jésuite, le Cardinal Sforza Pallaricin, dans son livre sur la défense de la Société de Jésus—In vindicationibus Societatis Jesu—est obligé de reconnaître sa supériorité. Ilen fait un portrait magnitique et termine par ces mots: ‘Per infensum nostræ familiæ hominem laudo. Sed laus judicii esse debet, non voluntatis, et merito non amore rependitur.” En faisant l'éloge de Melchior Cano, je loue un homme, ennemi acharné de notre Société; mais la louange est le devoir du juge ; elle n’est Pas volontaire et certainement, dans le cas présent, elle n’est pas dictée par l'amour.
Après de tels éloges que sa supériorité arrache même à ses adversai. res, il est inutile d'apporter:-les témoignages de Bagnès (son élève) de Conteuson, de Noël Alexandre, d'Antonin de Sienne et de tant d'autres, ses admirateurs et ses frères.
A..son retour du Concile, il reprit ses cours à l’université de Salamaque et travailla à cet immortel ouvrage qui est ‘‘connu de tout le monde ou du moins devrait l'être,” dit Rohrbacker
Il fut, comme Pascal, un adyersaire terrible des Jésuites, Il n'est pas
même jusqu'au titre qu'ils S'arrogent de Société de Jésus que Cano r’ait contesté.
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ser, discutant sur le caractère et l'importance de chacune d'elles, examinant les procédés requis pour tirer des conclusions vraies,
Qu'est-ce donc que l’apologétique ? C'est l'art de défendre ef. Jicacement la vérité Catholique selon le besoin un double point de vue théorique et pratique. Nous devons non. seulement étudier l’art de défendre la vérité Catholique, mais en. core appliquer cet art aux besoins des temps,
D'où ressort la division naturelle de ce traité en deux gran. des parties, la première, concernant la théorie, et la seconde, ] pratique,
Nous intitulons la première, ‘A pologétique théorique’, et la seconde, ‘‘ A pologétique aypliquée’’,
là PARS, APOLOGETIQUE THEORIQUE. CHAP. I.
TUDE DE L'APOLOGETIQUE.
L’Apologétique, avons-nous dit, a pour objet la défenses ef. licace de la vérité Catholique selon les besoins des temps. Son rôle est de défendre la théologie. Pour atteindre ce but, elle a recours À la méthode suivie par les sciences rationnelles, Dans l’ordre rationnel, Chaque science défend et prouve ses propres conclusions et laisse la défense de ses principes à la science supérieu. re dont elle prend pour principes les conclusions. Les principes de l’une ne sont que les Conclusions de l’autre. Toute science est
responsable de ses propres conclusions, Parcequ’une science n'é. PE Pa
des temps, Elle a
En expliquant le texte de la première épitre aux Corinthiens Ch, 1. ‘“‘Fidelis Deus per quem vocati estis in soc/etatem Filii ejus Jesuy Christi, il disait :‘* Quæ sine dubio societas” Cum Christi Ecclesia sit, ,” qui titulum illum ‘ts/b; arrogant'' ji videant an ‘‘haereticorum more'", penes se Ecclesiam existere mentiantur” C'est encore à lui qu’on attribue ce jeu de mots : ‘‘Cum Jesu itis, at non}, cum Jesuitis.”
Les Jésuites usèr ent de toute leur influence pour l’éloigner de l'Espagne. François de la Cerda Dominicain, évêque des Canaries étant mort, Melchior Cano fut, à la de-
mande du roi d'Espagne, nommé Pour lui succéder. Malgré ses représentations il dût partir. Mais, arrivé à Cadix, il envoya lui-même au Pape sa renonciation qui fut acceptée. A cette heureuse nouvelle, Cano reprit aus.
sitôt le chemin de Sailamanque où il retrouva sa chaire et ses Jésuites qui, cette fois, durent le subir usque ad mortem
fant qu'un ‘instrument à déduction” de principes donnés, il s’em suit que les conclusions sont fausses lorsqu'elles sont mal déduites, et mal déduites lorsque *‘l’instrument à déduction” est mauvais lui-même, C’est Pourquoi toute science doit défendre la légitimité de ses conelusions, lorsqu'on les attaque comme eonséqueness, e’est-à-dire eomme mal déduites de leurs prineipes, Si au contraire on les nie comme conséquent, elle n’y peut rien, parcequ’alore la fausseté de ses eonclusions viendrait non pas des. moyens de déduction dont elle s'est servi * On pas d’un vice de: procédé, maïie bien de la nature même de ses prucipes. Dans ce cas, C’est à la science supérieure de les défendre Puisque ce sont see conclusions.
Les scienees sont dans un état ie sabordination et de dépendance qui vient de la plus où moins grande universalité de leur objet. Prenant pour siennes les conclusions de la science subal. ternante, la sciehee subalternée opère sur elles ensuite pour som propre compte, et, par une série de déductions, arive à leurs der. ières conclusions,
Ce qui est conclusion chez l’une devient principe chez l’autre.
11 n’en est pas de même pour la science supérieure qui n'a que des principes basés sur l’évidente. Rejeter l'évidence serait. absurde. Comme l'évidence se défend par-ell emême et ne se prouve pas, il faut en conclure que 4 science superieure se défend par elle-même, mais ne se prouve pas.
De tout ee que nous venons de dire, il résulte que l'ordre de défense des sciences rationnelles est basé sur leur propre classifi. cation. Mais dans l'ordre snpra-rationnel eetie classification
n'existe pas, puisqu’il n’y a ‘absolument qu’une science” traitant de Dieu et de ce qui le concerne au seu! point de vue de la révélation. Il n’y a pas la science de Dieu, la science des anges, la science de l’homme etc... par conséquent il n’y a pas la science subalternante et la science subalternée ; il n’y en a qu’une.
Les sciences différent au point de vue rationnel et supra-rationuel, mais leur procidé de défense est le même. A cause de son double objet matériel et formel la science Supra-rationnelle est indivisible et une, mais elle n’en est pas moins divisée en plusieurs traités subordonnés les uns aux autres. Les principes des
‘uns ne sont que les conclusions des autres. En théologie, le traité
de l’homme tire ses principes du traité des anges lequel emprunte
pes donnés, iT s’em 8 sont mal déduiduction” est mauoit défendre la léue comme eongéurs prineipes, Si y peut rien, parrait non pas des.
pas d’un vice de:
ncipes. Dans ce puisque ce sont
tion et de dépeniversalité de leurla science subalensuite pour som wiive à leurs der.
cipe chez l’autre.
périeure qui n'a l'évidence serait.
me etne se prouire se défend par
e que l’ordre de propre classifi.
tte classification science” traitant vue de la révé.
ace des anges, la pas la science a qu’une.
nel et supra-ra- >. À cause de upra-rationnelle divisée en plu- 8 principes des éologie, le traité lequel emprunte