CRITIQUE DE CE SYSTEME
(a). ‘‘Quasi sobrius inter coeteros apponit Aristoteles. L'idée d’un Intellect directeur de l’évolution-au lieu des principes matériels E F T A (les quatre éléments des anciens ou uo8 corps simples), cette idée d’un Intellect directeur est vraiment pour Aristote un sujet d’admiration. Il admet du moins une finalité qui lui a valu la paternité des téléologistes. De plus, en posant un Intellect non pas immanent, mais séparé, (2)non pas dans le moude, mais en dehors du monde, Anaxagore s’est élevé à une vérité
(1) I. Phys. lec. 8.
(2) de ne crois pas cependant qu’Anaxagore se soit jamais prononcé clairement sur ce dernier point.
d’un recte
tote.
comn en ce Sans ] ment Hartr qu'il | davar et d’A comm moins nent encor artific force comm haut & deux gentai ( tuelle corres philos n’adm tellect intrine (| mann, pour E de l’en tation tre VE D
d’un ordre bien autrement supérieur qu’à celle d’un Intellect directeur de l’évolution, mais immanent au monde.
(b) Malheureusement : ‘Non satis utitur caus4” dit Aristote. Il s’en sert ‘‘tanquam machin4” comme d'expédient et non Comme de ‘raison d’être nécessaire” de la diversité des êtres ; c’est en cela seulement qu'il mérite la critique faite aux mécauistes : Sans causes nécessaires pas d'effets constants,
B. Mr de Hartmann ‘Plus utitur suis causis dirait certainement Aristote en le comparant à Anaxagore. Le système de Mr de Hartmann n’est pas tout à fait le système d’Anaxagore, et, bien qu’il prétende avoir Platon pour auteur, il ne s’en approche pas davantage, En réalité son système ne se ramène à ceux de Platon et d’Anaxagore, que parcequ'il regarde, lui aussi, l'intelligence comme un des principes des choses, il se sépare de Platon au moins, sinon des deux, en ce qua pour lui, l’intellect est immanent à la matière au lieu d’en être séparé. De plus il se sépare encore d’'Anaxagore en ce qu’il prête à l’Intellect non une action artificielle d’arangement des parties de la matière; mais bien une force réelle une véritable efficience évolntive.
Mr de Hartmann repousse la théorie moderne des mécanistes comme insuffisante et même irrationnelle; nous avons vu plus haut sa raison fondamentaie. Or en dehors du mécanisme, il y a deux théories opposées qui se présentent à lui comme elles se prégentaient à St Thomas(quaest-45 art. 8)
(a) Premièrement le Créatisme, c’est-à-dire la création perpétuelle des formes des êtres par un agent extérieur. lequel agent correspond à l’Idée de platon qu’on peut appeler aussi Dieu de la philosophie.
L’admettre, ce serait, dit excellemment Mr de Hartmann, n’admettre entre lés différentes parties de l’univers qu’un lien intellectuel (c’est-à-dire non physique)extérieur (c’est-à dire non intrinsèque) .Le monde ne serait plus intrinsèquement un.
(b) Le second système qui se présente à Mr de Hart. man», c’est celui de la latitation des formes, ou si vous le voulez pour parler le langage moderne, c’est l’Involutionisme ou théorie de l’emboîtement. Cette théorie de l’Involutionisme ou dela latitation des formes a été reprise de nos jours par Mr Vigaudt contre l’Evoiutionisme de Darwin, | D’après ce savant, toutes les formes ont été créées au com-
mencement par Dieu’’dans leurs germes”. Ces germes évoluent verse ‘’une espèce supérieure ‘mais avant d’y arriver, ils passent par'des états intermédiaires”’par des ‘états larves” lesquels forment ”’les espèces inférieures” (voir Hartmann : Darwinisme page 55 et 57)C’est, à peu de chose près, la grande théorie de St. Augustin sur la Genèse et la formation du monde. L’Involutionis- -ae de Mr. Vigaudt aurait ainsi le double . avantage de sauver d’une part, ‘‘la constance des eepèces” et de l'autre, ‘“J’Evolutionisme.”?
Malhemensement si contre Darwin, Mr. Vigaudt place la cause de cette évolution à l’intérieur et non pas uniquement à l'extérvieur des êtres (ce en quoi il a parfaitement luiwn); son tort immense c’est de considérer cette cause comme puretnent mécanique. Ainsi pour lui, si, dans un acte de génération hétérogène, il naît, par ‘métamorphose du germe” un type morphologiquement modifié, la seule explication, ‘la raison pleinement suffisante” de ce phénomène est contenue dans la seule ‘combinaison des atomes matériels de l'animal générateur ; soit que cètte combinaison apparaisse subitement dans l'embryon et ses auteurs, soit qu’elle fut déjà contenue dans la ‘‘cellule primitive” de l'espèce (Hart. Darwinisme page 61). De là deux critiques de ce système et je pourrais dire trois, j'aurais parfaitement le droit de lui appliquer immédiatement la même critique que celle faite à Anaxagore ; si, comme il l’affirme, la combinaison des atomes explique parfaitement la génération hétérogène, qui m’expliquera la cause de cette combinaison ? car elle doit avoir une cause. Mr. Vigaudt recule la difficulté ; il ne l'explique pas. S'en suit-il cependant que les mathématiques et les formes géométriques n’1ient rien à faire dans Ja formation de l'individu tout comme dans la formation. des mondes? Non assurément, et St. Thomas l'explique très bien. Le système pythagoricien n’est qu’un système insuffisant, il n’est pas faux. Pour rendre, par un exemple la pensée du maître plus insinuante, prenons comme objet d'observation le tissu contractile du muscle dans un vivant. Ce tissu, a ses éléments disposés suivant un dessin géométrique parfaitement caractérisé, parceque le muscle ne peut se contracter qu’à la condition que les activités vitales s’exercent suivant des lignes ‘‘tracées d’avance”. Pourquoi et comment les cellules du muscle se sont-elles agencées d’avance en vue de cette fn? Est-ce en vertu des lois dynamico-
Fe PR
voluent
passent ls fore page st. Auitioniasauver ‘olutio-
lace la | à l'ex- »n tort nécanirogène, uement nte” de 28 atoinaison qu’elle (Hart.
e et je pliquer ji'e ; Si, tement je comcule la que les re dans on. des s bien.
il v’est re plus ontracisposés arceque ctivités
Pourses d’aamico—
chimiques des éléments du muscle, où en vertu des dessins géoméotriques eux-mêmes ? Evidemment non. La seule raison, c'est que la propriété contractile est nécessaire à l'organe, comme l'organe est nécessaire À l’animal. La seule raison c’est que la matière doit se plier aux besoins de la forme et nou la forme aux besoins de la matière-
(a) La première critique n’affecte pas l’ensemble du systèmue. Je veux tout simplement faire remarquer à M. Vigaudt que son mécanisme interne substitué au mécanisme externe de Darwin, de Hoeckel et de leurs successeurs, n'en est pas moins le mécanisme et ne saurait par conséquent échapper à la critique des mé. canistes que nous avons déjà faite.
(b) La seconde critique de ce sysièine atteint sa conception et se trouve ainsi formulée par M. de Hartmann ‘Il n'ya pas, dit le philosophe allemand, de type abstrait, de genre ou d'ordre : tout type doit êtie spécifiquement déterminé; or la cellule primitive ne peut contenir” un ordre tout entier, mais seulement ‘‘une espèce déterminée”. Tout ce qui doit exister à l’état concret, soit en puissance, soit en acte, doit être spécifiquement déterminé ; et cela” d’un bout à l’autre (Hartmann 57\; c’est la parapbrase du : Materia propter formam de St Thomas. Cependant cette critique de M. de Hartmam n’est solide que si l'on nie, ‘‘ce qui est certain pour les espèces actuelles”, qne les états de larve soient réellement des états de larve, c’est à dire des états transitoires et non des états stables. Cet argument ne vaut que si l’on aflirme la fixité des espèces ; car sans cela, l’évolution des mondes, la formation de l’univers par des états de larves, par des états intermédiaires, s'explique tout aussi bien que celle du papillon par la chenille ou par le ver à soie. J'irai même plus loin et je dirai que la théorie de l’emboîtement non pas mécaniste, mais telle que l’a conçue St. Augustin, c’est-à-dire la théoric qui soutient qu’au commencement Dieu avait tout créé en germe, et que ces germes ou Ces raisons séminales, en se développant, ont formé les espèces inférieures même dans lenr fixité, je dis que cette théorie n’est pas une théorie anti philosophique, je puis en dire autant même de celle de Mr. Vigaudt abstraction faite, bien entendu, du mécanisme qu’il ne faut pas confondre avec l’idée maîtresse de son système ; elle est plutôt anormale et invraisemblable que déraisonnable et impossible.
Le Créatisme repousse par suite du miracle perpétuel qu’il exige [car c’est au-dessus des forces de la nature de produire ainsi les formes à l’état séparé}. Il est de laloi de tout agent d'agir sur un composé et de produire un composé, c’est donc le composé qu’il produira directement et non la forme qui n’est qu’une partie de ce composé, Voilà pourquoi St. Thomas dit: Forma fit sed fit per accidens, scilicet fit cum composito; de 1à son autre affirmation : Forma corporis naturalis non est forma subsistens, sed est quo aliquid est, ce qui veut dire que.la forme n'existe pas à l’état séparé, et qu’elle est dans tout composé, qu'elle est même ce par quoi il existe, et pourtant qu’elle n’existe que grâce à lui. L'homme seul fait exception, parce que son âme est une âme subsistaute, une forme qui tient sa subsistance d'elle-même et non du composé ; bien qu’elle soit de fait, quant à la subsistance du composé humain quo aliquid est. Ce qni est produit par tout agent c’est le compoué et non la forme toute seule. Ainsi le créatisme platonicien, v’est pas contre les lois de la nature ; il les dépasse seulement et c’est en cela que M. de Hartmann le rejette ; car pour ce qui concer:e le principe intelleetuel ou l’idée directrice, M. de Hartman laccepte. C’est l’idée principe et l’idée seule que M. de Hartmann emprunte a ce système.
Passons à l’Involutionisme ou sysètme de l’emboîtement pour voir non plus ce qu’il en rejette, mais ce qu’il en emprunte.
Il le rejette en tant que ce système revêt une forme mécanique ; mais ce en quoi il l’accepte complèteinent, c'est dans sa donnée qui place, non pas à l'extérieur [comme Platon], mais bien à l’intérieur du monde le principe de son évolution.
De cette manière M. de Hartmann donnait pour base à son système d’une part, l’Intellect (ou l’idée du créatisme), emprunté au système de Platon, et de l’autre, l’Immanence de l'Involutisme ou système de latitation.
Son point de départ est 10 Un Intellect, ou idée directrice ; mais 20 une idée directrice immanente à la force et au mécanis-
me.
La fin préexiste dans la matière ; d’après ce nouveau système, elle préexiste dans le mécanisme de l’évolution. Il répond ainsi à l’expérience de notre grand principe: materia est propter form ete.
AV imatière ainsi ‘tdéterminée” par l’idée, on s'explique par-
tael qu’il produire ut agent t donc le qui n’est mas dit:
to; de là at forma Ja forme composé, e n'existe que son bsistance , quant à e qui est loute seulois de la de Hartitelleetuel dée prinsystème.
nent pour ite.
> mécanidans sa n], mais
ase à son emprunté volutisme
irectrice ; mécanis-
iu systè- 1 répond st propter
lique par-
faitement qu’il en sorte une forme également ‘déterminée’,
D'autre part, ce système a . l'immense avantage dene pas compromettre comme le créatisme ‘l'unité intrinsèque” de l’univers par des créations inopportunes,
Il l'appelle {nconscient parce que, au point de vue expérimental, il lui semble constater son existence dens les organismes inconscients des animaux ; comme en témoignent les titres des chapitres de la première partie de son grand ouvrage tels que : ‘L'idée inconsciente dans la production du mouvement volon. tuire, dans l'instinct, dans les mouvemnerts ref e«xes, dans les vertus curatives de la nature”, ete, etc. Il aurait nu tout aussi bien l’intituler le système de la ‘nature’; ar sou concept est exactement le concept de la nature telle qu'e'i: 1! connue et dé. finie par Aristote : ‘‘Principium motus et quicuis ejus in quo est primo et per se, et non per accidens”.