‹ Philosophie et religion [microforme]Chapitre 57 sur 103 · CRITIQUE · texte numérisé non relu

CRITIQUE

Ce système exposé, il nous reste À en faire la critique ét à voir s’il ne pêche pas lui-même par quelque côté contre riôtre grand principe : *‘Materia propter formam et non à converso.” Jusqu'ici nous n'avons cousidéré ce principe que dans une partie de sa signification: celle qui a rapport à la ‘préexistance” dé li fia dans la matière, Il n’y aura jamais de fin déterminée, disonsnous, si, dans la matière ou en dehors € l’idée” ou le tyne du résultat ‘‘n’a préexisté” ; ce qui revient à dire qu’il n’y a pas d'effet ‘‘déterminé”’ qui n'ait préexisté dans une cause égalemerit ‘‘déterminée”, M. de Hartmann nous a suivis jusque 1à.-

Mulheureusement pour lui, ce n’est pas tout ; car pour qu’un résultat se produise il ne faut pas seulement ‘‘paser d'avance” la raison suffisante de l’effet, la raison suffisante de la nature déterminée et spécifique. 11 faut de plus et c'est là un fuit nou moins important, poser la raison suffisante ‘de l'existence concrète réelle du sujet”, laquelle aura de fait cette nature spécifique, déterminée.

C’est ici que M. de Hartmann cesse d’être thomiste pour donver dans une contradiction étrange et aboutir à une impasse.

M. de Hartmann refusant d'admettre avec nous une cause transcendante, il ne lui reste plus qu’à en mettre une immanente à la ‘mutière”, laquelle devient à la fois mécanisire ettype. Sa matière devient une force et une idée, et, la matière ainsi com-

prise, devient comme l'extension de la signification du vieux principe : Materia propter formam.

Mais il faut pour cela qne la matière contienne la ‘‘eause efficiente” de Ja production réell: des êtres. La matière de M. de Hartmann est une détermination; mais est-elle effeiente, eause productrice ou cause propre de l’effet produit? C’est ce qu’il nous reste À déterminer. ;

{1 y a d’après M. de Hartmann lui-même denx modes d'actes, ou deux espèces d’actuation, deux manières d’aetuer' mne puissancc. Il y a le mécanisme où la force matérielle considérée 10 soit comme “tendance” au mouvement 20 soit eomme ce ‘‘mouvement” lui-même.

La premiëre qui considère la force non comme pure tendance au mouvement, mais comme # mouvement Ini-même, ne peut pas convenir 4 M. de Hartmann. L'évolution serait à soutenir dès l’origine, l'idée serait réalisée de, tout temps ; du reste M. de Hart— mann la reponsse. Reste la deuxième ; maïs la deuxième le con— duit à nne impasse. De deux choses l’une, où bien sa force est réellement une force, c’est-à-dire un acte, ou elle n’est qu’une pure potentialité, une pure tendance. Si, comme il l’affirme, elle

est une tendance. cette tendance, n’étart qu’une tendance, est Join d'être le monvement. Alors d’où Jui vient le mouvement ? Car pour faire passer une puissance à l'acte, il lui faut l’aide, le concours d’un être en ‘‘acte”. Une idée ent excellente directrice mais à la condition pourtant qr’elle ait quelqu'un pour la mettre en mouvement.

Si donc la nature de M. de Hartmann n’était en définitive qu’une pure puissance, évolutive, c’est vrai, il n’en faudrait pas moins pour la faire évoluer, ‘‘l'intervention” d’un antre être, le-

quel serait nécessairement non immanent, mais tr'anseendant à cette puissance, puisqu'il s’agit de l’actuer, de la mettre en branle ‘‘elle” ‘tle premier principe immanent” des choses, le tont pre: mier, Que pent être cet ‘‘être en acte” sinon l’être transeendant, intelligent, libre, Dieu ?

M. de Hartmann l’a compris; mais e’était trop Int demander ; il a voulu se passer de Dien, et pour éviter nne telle coneéquence il n’a pas craint d’être inconséquent, de donner au not force ‘‘les deux sens à la fois” et d'en faire ainsi une tendance “capable” de ‘passer d’elle même” au mouvement déterminé,

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puisque sa marche est guidée et dirigée par l'idée, Cette ‘idée force” posée par lui au mépris de la saine logique et du bon sens, prendra dans son système le nom de anisws. Kile mérite ce ao si l’eu considère l'effort qu'elle a dà coûter au philosophe qui l'a produite! Après avoir de cette manière tiré l'être du néant, le incaisime des idées forces ne connaîtra plis d’obitacle, 11 franchira toutes les barrières de La nature en tirant sans cesse le plus du moins. N’en déplaise aux expériences de M, Pasteur et aux déeisions de l’Académie, il faudra bon gré mal gré ériger en dogme les générations spontanées et, de La mort, faire sortir la vie, D'où M. de Hartinaau a-t:1l donc pu tirer cette idée ingénieuse ?

Pour uous en rendre Co:‘npie, nous n'avons qu'à remonter ax deux gran ls philosophes allemands qui l'ont précédé et auxquels il a emprunté très certainement les deux éléments de son principe des choses. ,

Hégel avait posé l’Idée comme principe de l’évolution, Il en-expliquait la suite intelligente, mais uou l'existence concrèt® ; Car une idé: dirige mais ne crée pas.

Schopenhauer, frappé par le concret des choses dans leur existence et du hasard malheureux auquel} elles’ semblent abandonnées, Schopentauer bannit complètement l'idée, et posa comne force évolutive et cause uaique de l’Evolutionisme ‘la volonté”, c’est-à-dire un pur vouloir aveugle,

M. de Hartnanu conçoit lui aussi le principe évolutif des C1036s Co nine une volonté; inais une volonté guidée par une Intelligence! Ka d'aitres terms il ne fait que vreudre et ‘‘réunir en un seul” les deux grands principes qui formaient les deux sysiè nes de ces prédécesseurs, Aidé ainsi d’une volonté intelligente, Mr de Hartmann explique à sa façon non seulement l’existence réelle du monde, mais aussi l'harnonie de son évolution ; Car si la volonté en explique l’existence, l'intelligence n'ea explique pas moins l’harm nie et La coordination, parce que tout est prévu et réglé par elle dans un arrangement parfait,

Si vous lui demandez de vous expliquer le malheur et d’en justifier les causes? Il vous répondra co nine ont répondu avant lui tous les matérialistes et tout les panthéistes, que le malheur n’est que la souffrance et la destruction de l'individu au profit de l'espèce ; ce n’est en définitive que le juste lot des individus qui

oncourent à la grande œuvre de l’évolution; et il répond ainsi

pleinement aux désiderata des systèmes précédents. de Monsieur de Hartmann se déduit de la notion de la volonté telle que comprise et enseignée par les Réverends Pères Jésuites. D’après eux ‘‘notre volouté humaine” a pour étrange caractère et privilège suprême ‘‘de se déterniuer elle-même” de passer d’ellemême de la puissance à l’ucte.

Pur analogie à cette volonté humaine, la . foice ou la volonté de Monsieur de Hartmann aura elle aussi comme essence de pouvoir passer d’elle-mê.ue ‘ide la puissance À l’acte”.. Aiusi comprise, la formati: nu du monde se trouve suflisainment expliquée par l’immanence d’une intelligence force, ‘‘type”,. représeutation de toutes les forces futures du moude dans une force ou volonté, capable de réaliser les formes qui sont représentées dans sa con- ‘Telle est sa doctriue de l'Idé: force.

Disons tout d'abord que cette notion de l’Idée force est im. possible et contradictoire avec elle-même.

ou bien sou idée force n’est qu’une ‘*puissauce” au mouvement, ou bien elle est de fait ‘*ce mouvement” lui-même,

Elle ne peut pas être les deux ; car qui dit acte dit ‘‘non puissance” et qui dit puissance dit ‘‘non acte”.

de Hartmann qu’une puissance peut d'elle-même passer de la puissance à l’acte ; c’est admettre que l'acte est contenu dans le non acte, l'être dans le néant, le oui dans le non, le tout dans le rien. En un mot c’est admettre l'identité des contraires et atlirmer avec Hégel que l'être etle non être, le ouiet le non ne sont qu’une seule et même identité.

Peu importe après cela la comparaison avec la volonté humaine, la volonté libre telle que comprise par ies Jésuites.

Cette comparaison ne prouve qu’une chose, c'est qu’on a dépassé, dans l'observation de cette volonté par la conscience, la limite des résultats expérimentaux, et qu’on a conclu de ‘lélimipation” de toute détermination ‘‘venant de causes créées” “J’élimination” de la cause transcendante et de son action sur nous, on a conclu l'élimination de lu cause transcendante à laquelle rien n’échappé, pas même notre volonté qu’elle meut librement, c'est vrai. mais qu’elle ment; car sans cela que devient la loi des moteurs et la subordination des causes? Si un seul être et dans un seul acte, peut se passer de Dieu, pourquoi tous les êtres ne le pourraient-ils pas également et dans tous les actes ? Si un

texture extérieure mêine””.

Le système

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seul mobile 5ent se passer de moteur, pourquoi n’en serait-il pas ainsi pour tous les autres? À Dieu ne plaise que je rapetisse l’homme eu rapedssant sa volonté; mais à coup sûr jene saurais de grandir ni aux yeux du Créateur ni À ses yeux si, en le gran-

dissant, je rapetissais Dieu.(1)}

Peu importe ce qu’en pensent Les Révérends Pères,

Quant à nous tenous-nous en à la volonté telle que définie pat Saint Thomas et telle qu'elle se déduit des principes mêmes du Philosophe. Mais la volonté est mue par l'idée, diront-ils encore. À cela je réponds tout simplement que l’idée indique, elle ue meut pas, elle présente la fin, elle indique et le but et les moyens d'y parvenir, elle #’y meut pas. Voluntas, dit St. Thomas, movetur &b intellectu, movetur a fine quoad specificationem tantum nunquam autem quoad ‘‘ecercitium actus”, quia tunc semper an vetur ab agence exteriori, et La raison qu’il en donus est celle-ci : quia O nie quad movetur ab alio movetur (LA 21e Quaestio 9, art. 4). Est ce à dire que l'intelligence n’est pour rien dans mon acte de volonte? certainement non; mais ç1 ne veut pas dire non

plus qu’elle y est pour tout, Sans doute ma volonté n'’agira ja-

mais sans que mou intelligence: lui présente la fin; mais qu’elle y

aille forcément-c’est autre chose. Et si l'acte d'intelligence est la condition sine quâ non de mon acte humain volontaire, elle n’en est pourtant ni la seule ni la plus puissante, Comme le dit très bien Cajetan, elle ineut, representando tantum non autem efficiendo. Ainsi la théorie Jésuitique ne saurait réfuter la théorie

des idées forc2s au moins prise au point de vue de Mr de Hart-

(1) C'est vous qui rapetissez Dier,, disent ces bons Pères, en lui refusan: le pouvoir de créer une faculté indépendante de lui, Vraiment

c'est nous croire trop naïfs que de tenter de nous prendre à un pareil s0phisme..-Dieu peut-il faire qu'un triangle soit rond ou un cercle carré?

Et de ce que je lui refuse le pouvoir d'être absurbe, s’en suit-il que je l'a-

moindrisse et que je le limite dans sa toute-puissance ?— |

mann, Sile Rév. Père Delmas, (1) dans un article d’un réel mérite d’ailleurs, réussit de fait À donner une réfutation plausible de la grande théorie panthéistique des Liées forces, c'est en se gardant bien d'émettre clairement lui-même sa propre théorie du volontaire tel qu’entendu par son école; ce qui eut certainement fourni une échappatoire À Mr de Hartmaon et lui eut permis de poursuivre ainsi la théorie des idées forces jusque daus ses derniers retranchemeuts.

(1) Voici le passage le plus saillant de cette réfutation :—

‘L'ilée transformiste, après avoir tiré l'être du néant, le monisme des idées-fc:ces ne connaît pas d'obstacles. Il force toutes les barrières de la nature en tirant sans cesse la plus du moins— De la fournaises qui fut la terre embrasée est sortie la vie. Comment cela, si les expériences de Pasteur, si les décisions de i'Acwlén ie ont condamné les générations spontanées? Le monisme ne peut se passer de ces gfnérations: ‘Les antiques barrières entre la mort et ls vie sont tombées.‘

Avec l'hypothèse de Darwin, l'‘dée franchit les genres et les espèces. Il y a bien la fixité actuelle des espèces, les hiaius qui les séparent, fossés béants qui n’ont jamais été comblés ; il y a de nosnbreuses difticultés @:. détail; par exemple, les observations de Mr, Fabre sur l'instinct des hyménoptères, qui suffiraient pour arrêter des théoriciens moins auda-ieux. On écarte les expériences pour asseoir la théorie. “Soit, dit Mr. Fabre, mais alors ma confiance est ébranlée en cette histoire naturelle qui répudie la nature et donne à des vues idéales le pas sur la réalité des faits... Comment l’idée-force doute de cette intelligence sourde que nous constatons dans 12 minéral est-elle arrivée à construire le monde? Une évolution si savante, si compliquée, si pleine de calculs, s’est faite sans aucune prévision de but et de moyen? L'univers dans son enfance stupide a réalisé un ordre qu'il n'arrive pas à comprendre, en prenant conscience de lui-même dans l'intelligence des savants !—Mais M Fouillée a une réponse générale à toute Guestion embarrassante. Nous la trouvons dans une note précieuse de l’Avenir de la Métàphysique: ‘‘L'hypothèse même la plus grossière serait préférable àla création ex nihilo du chien, du chat, de l'homme; à plus forte raison la grande hypothèse de Darwin."

Telle est la grande preuve, l'unique prenve de la théorie des idéesforces: Si vous rejetez ma théorie, il faut admettre un Dieu créateur. Par là, M. Fouillée fait ressortir la nécessité de la créa.ion : elle s'impose à tout esprit clairvoyant et non prévenu, comme une vérité sans laquelle toute existence est absurde. ‘L'acte précède la puisssnce” et se pose luimême par une affirmation éternelle. Ego sum qui sum. L'Existant par essence n’est point l'être abstrait de Parménide, un concept dans lequel le sophiste Kant trouverait le vide: L'Existant par essence existe puisque sans lui rien n'existe. Immobile par plénitude de perfection et de deter-

mination il est principe du mouvement pour l’être mobile qui passe de la :

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