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NATURE DU SENTIMENT RELIGIEUX

La nature et le fait du sentiment religieux ont toujours et beaucoup préoccupé l'intelligence humaine, Les philosophes an. ciens voyant par expérience que ce fait est inhérent À la nature humaine, le considéraient pour la plupart comie une sorte de ‘‘maladie sacrée” (iere nosos) dont l’homme ne pouvait pas se guérir et dont, selon Max Muller, il ne se guérira jamais, quoi. qu'en pensent'et en disent les rationalistes modernes, Héraclite

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le premier l'appelle une maladie sacrée,

D'où vient cette maladie ? vient-elle du dehors on est-elle inhérente à la nature de l'homme ?

D'après Lucrècé, la religion est l'effet de la peur : C’est ln crainte, dit-il, qui a fait les dieux. Le fait est que la crainte n’est pas complètement étrangère au sentiment religieux. ‘Le silence de cette immensité m'effraie, disait Pascal; il avait rai. son, Mais la crainte n'est pas tout dans le sentiment religieux, et malgré tout mon respect pour Lucrèce, je tiens à dire que ce n’est pas Gniquement la crainte qui a créé les dieux et les dieux que les prêtres et moins encore les prêtres que les dieux. Le sentiment religieux est inhérent à In nature humaine, il est un besoin inné de l’homme qui le pousse vers un monde suprasensi. ble. C’est tellement vrai qu’Aristote ne craint pas de défiuir l’homme un ‘animal religieux” pour movtrer aussi naturellement religieux que raisonnable.

IL: s’agit d'analyser ce sentiment et de voir si, Comme l'ont piétendu quelques uus, le sens religieux est un sens spécial faculté de plus à enregistrer parmi les facultés de l'homme,

Faut-il dire comme certains, qu’il y a un sens spécial pour le sentiment religieux? En ! bien non.

un sentiment très complexe, d’où ce religieuse, esprit religieux etc.

Le sentiment religieux Géconle de la nature même de nos ‘facultés supérieures”, et de ce fait; ‘La mise en présence” de nos facultés douées d’une certaine infinité et du monde qui est limité et dans lequel par conséuent le jeu de nos faculiés se trouve conne à l’étroit, Il n’y a pas de quoi satisfaire la raison, encore moins de quoi remplir le cœur,

Par le fait même que la raison, c’est-à-dire cette facullé qui jouit d’une certaine infinité dans la nature de son objet, se trouve jetée dans cette étroite planète, dans ce monde limité, rétréci, la raison de l'homme ainsi emprisonnée dans le monde et jetée comme entre quatre murs, re peut être à l'aise et ne peut pas se sentir chez elle ; elle se sent appelée à des aspirations plus hautes, à des régions plus éthérées et plus vastes; sa capacité dans notre monde rétréci ne peut être ni épuisée ni satisfaite, D'un autre CÔté, par sa position dans l'univers, l'inteliigence a une puissance humaine transcendante pour s'élever audessus des

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Le sentiment religieux est 8 Mots, nature religieuse Ame

nondes, et passer du particulier à universel, du fini à l'infini s el un mot, notre planète lui sert comme de point d'appui pour s'élever aux cieux. Voilà la situation de Phomme sur la terre, L'homme par son intelligenee est un être deseendu des etenx (A + eonime la très bien dit un poëte : bien que toinbé +11 se souvient des eieux'”,

Hya done dans In eséation une “apaeité infinie située daus nn monde fini, une eupaeité de comprendre et d'aimer qui ne peut être satisfaite par ee monde limité et fini, lequel ne pourra jamais jui fournir qu'une science limitée et finie. Que fera cette capacité? Elle dépassera toutes les bornes, et se posera les problèmes les plus insondables et les plus terribies. D'où viens. je ? où vais je’ Elle interroge le moude dans le sein duquel elle s’est trouvée emprisonnée au imoment où la raison s’est éveillée em elle, ee monde expériment:1l, objet de sa euriosité qui en admire les splendeurs, de sa science qui en explore les seerets, de son industrie qui s'empare des forces qu'il contient et les tourne à son usage. Elie interroge ee moude, objet de son activité et ‘le ses jo'issances, mais aussi et sutout objet de ses peines, de 8es angoisses et de ses souffrances. Elle s'adresse an monde expérimental, et, si grand, si vaste, si beau qu'il soit, elle lui demande s’il est seul, unique, s’il est à lui-nième son être. Enun mot ce monde se suflit-il à lui même et nous suflit-il? Pouvons nous y vivre tranquilles sans regarder au-delà, sans que notre nature même ne nous force à chercher des réalités invisibles qui dépassent notre expérience ?

Si la réponse à cette question est affimative, si réellement l’homme peut se tenir renfermé dans les limites du visible, s’il trouve dans ce monde expérimental tout ce qui lui est nécessaire, la religion n’a pas sa raison d'être, Dans tous les cas, si jusqu'ici l’homme l'eut trouvé jamais la religion n'eut existé, jamais le regard d’un mortel ne se fut levé vers le ciel pour y chercher son Dieu, jamais Ia main de l’homme n'eut élevé des temples et dressé des autels, Si jamais, comme le prétendent les rationalistes, il arrivait un temps où, par suite du développement intel. lectuel et de tous les progrès de l'intelligence et de la science, l’univere visible, mieux connu et plus complètement soumis à la puissance de l’homme, devint pour lui une cmeure de félicité où

tous les instinèts intellectuels, où toutes ses aspirations morales,

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où toutes les curiosités de son esprit, où tous les besoins de son cœur fussent satisfaits, c'en serait fait de la religion; ce jour-là la béatitude terrestre sonnerait le glas de tous les cuites, l'humanité fermerait ses templ:s et la religion aurait vécu. Mais comme le dit très bien Mr de B'oglie, ce danger n'est pas à craindre ou, si l’on veut, ce bonheur n'est pas À eupérer,

D'après St, Thomas le sentiment religieux est une disposition du composé humain qui a son siège dans nos facultés supérieures. Par une certaine redondance de l'intelligence et de la volonté, par un certain débordement de l'esprit sur le cœur et du Cœur sur l'esprit, il se produit dans l’homine cette modification du composé, appelée communément ‘vie #motionelle”. C’est dans l'homme le sujet propre de l'émotion esthétique provoquée par le vrai, le beau, le bieu, (1) l'idéal en un mot. Or l’objet religieux étant le plus idéal, puisqu'il est l’Infini, ément beaucoup ce sen timent de l’homme, cette vie émotionelle qui l’entraine et le déborde. Aussi l’âine religieuse se révèle.t.elle lorsqu'elle est en présence d’un idéal, qu'elle entend exécuter un morceau de Mo- Zart, où voit une statue de Michel-Ange... «Pourquoi? Parce que ça dépasse la nature, parce qu’il y a [À quelque chose de l’Infini, seul parfait idéal. Une âme religieuse qui ressent vivement, qui a ce sens de l’Infini, s'extasie devant un chef-d'œuvre, aux dou= ceurs d'une symphonie et sedit dans un élan de l’Ae : Mon Dieu, que c'est beau! Que sera-ce au ciel? Ne finis qu’ils sont, elle se

les rend infinis. Rien de plus beau, de plus vaste, de plus im-

ee (1 L’aspiration idéale. —Je n'ai pas besoin de détinir cette aspiration; qui ne la comprend? Que ce-soit la beauté visible ou la perfection morale, ou le bonheur de l'affection, on les splendeurs de l'art, ou même simplement la paix du cœur, la sécurité de la vie; quel est l'homme qui n’a devant ses yeux un idéal qu'il poursuit? Quel est l'homme aussi à qui l'expérience n'apprend Pas assez vite qu'il n'atteindre jamais ce qu'il cherche? Doudan nous décrit gracieusesnent, dans une de, ces lettres, cet idéal sous la forme d’un animal doux et sauvage que l’on aperçoit au milieu des arbres, qui se montre de temps en te ne peut jamais atteindre Nous Pourrions le comparer encore à ces visions du désert produites Par des phénomènes de lumière, à ces lacs bordés d'arbres verdoyants que le voyageur aperçoit de loin et qui, dès qu'il approche, s'évanouissent et ne laissent plus, à la place de cette image ri-

ante, que la monotonie d'un sable sans tin— (De Broglie, histoire deg religions page 15).

mps a distance, mais que l'on ;

mense que le sentiment religieux, et surtout le seutiment chrétiun. Rien de plus grand, de plus éthéré, de plus puissant, comme con ception et comnine idéal, que les cathédrales gothiques du moyenâge, que les inimitables toiles de Raphaël et de Michel-Ange. Seul le catholicisme a pu crécr les Buonarroti et les Mozart. Comme Dominicains pourquoi ne citerions-nous pas l’inmortel Fra Angelico qui, non coinme perfection de détails, mais comme conception divinement idéale, laisse loin en arrière Michel-Ange luimême.

Je ne prétends donc rien enseigner de nouveau, en disant que l’art ayant pour cause ce qu'il y a de plus graad, de plus vaste, de plus illimité dans l'être humain, est pur sa nature même illimité dans ses désire. Loin de se rassasier dans ses œuvres il ne fait que puiser en elles, une faim plus iusatiuble et une soif plus grande de la perfection et de la beuuté. En fuit d’art plus qu’en toute autre chose, que sont les grands génies sinon des êtres éternellement déçus et décourngés par le sentiment de leur impuissance, protestant qu'ils u’ont jamais atteint l'idéal convoité ?

Cela suit, je crois, pour que l’on puisse bien saisir en quoi consiste ce sentiment si complexe appelé sentiment religieux, basé sur l'intelligence et la volonté, sur lesprit et sur le cœur. Bien qu’il découle de nos facultés supérieures, on l’appelle sentiment précisément à cuuse de la redondance de ces facultés sur les sens.

L'esprit humain jouit. conne dit très bien St, Thcmas, d’une certaine infinité : ‘‘habet quadam infinitatem”. L'homme, en raison mêine de cette infinité, est poursuivi par ce besoin de linfiui dont il n’a pas toujours parfaitement conscience ; il recherche l'infini, cet idéal le plus beau et le plus sublime de tous. L’infinité de l’inteiligence pose done ch:z l’homme les grands problèmes religieux et les résout à sa mauière par des croyances, puisqu’elle n’y peut atteindre par des faits. C’est donc tout d’abord par sa raison’que l’homme devient religieux ; la présence de cette faculté, infiuie en quelque sorte dans un monde fini, nécessite ln recherche de l'infini À laquelle la religion répoud par la foi; puis, après l’esprit vient la volonté, vient le cœur qui lui aussi jouit également d’une certaine infinité et se trouve à l’étroit sur cette triste t2rre ; il a ses recherches, ges aspirations que le monde enüer ne saurait satisfaire; il a ses besoins auxquels notre étroite planète et surtout nos régions glaciales ne sauraient répondre—

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Esnporté eur les ailes de l'imagination et poussé vers l'inconnu, il se prend à espérer une vie meilleure. L'espérance eat un besoin du cœur, a-t.on dit quelque part, aussi voyons-nous dans toute religion, à côté des croyances qui répondent aux aspirations de l'intelligence, les espérances qui répondent aux besoins du cœur,

Une chose qui s'impose à quiconque est sans parti pris, c'est

ce ‘‘besoin de surnaturel” qui est la base même ‘de toute religion,

de tout eulte, quelque forme qu'il revête, Cet instinct naturel qui porte l’homme à se mettre en communisat ion avec un monde su-

périeur est la plus forte preuve subjective de la nécessité d’une re.

ligion. Le fait de ce hesoin du surnaturel une fois admis, la

Conclusion s'impose, 11 serait illogique de supposer que Dieu a

ancré ce sentiment dans le cœur de l’homme sans lui fournir les moyens de le satisfaire,

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