CONSEQUENCE DE SON EXIS' 'ENCE
Quelles sont les conséquences que nous devons tirer de la nature du sentiment religieux ? Avaut de répondre posons immé.diatement cette grave question : D'après sa nature même le sen. timent religieux prouve-t.il que la religion est, comme le disent les rationalistes, chose purement naturelle, ne nécessitant en rien l'intervention de Dieu? Est-ce cela qu’il prouve ou le contraire ? Le sentiment religieux se trouve en nous et se manifeste en nour dans de telles conditions qu’il nécessite l'intervention divine e, une intervention non pas d'après des lois naturelles mais surnaturelles, Pour démontrer cette assertion, nous n’avons qu’à jeter un regard autour de nous ou considérer, à travers les siècles, dans quelles conditions et d’après quelles lois le sentiment religieux se manifeste et s’est manifesté.
Contrairement à toutes les lois naturelles, le sentiment reli. gieux s'est manifesté et se manifeste dons l’homme par des moÿens qui dépassent et son intelligence et sa volonté, En effet qu'est-ce que la religion sinon les moyens employés par l’homme qui cherche à s'unir à Dieu ; or l'histoire de toutes les religions À travers les siècles nous montre que l’homme, chaque fois qu'il a voulu aller À Dieu et s’unir à Lui, a mis de côté et son intelligence et sa propre volonté: illes a rejetées loin de lui comme des instruments sinon inutiles du moins impuissants. ji a cherché un autre vouloir que son vouloir dans un précepte divin ou com-
maudement suronturel quelconque, une autre vérité que sa propre vérité renfermée dans des ‘‘mystères” c'est-à dire dans des révé. lations qui le dépassent et qu'ilne comprend pas. 1 n'y « pas une seule religion au monde qui n'ait eu ses préceptes, ses mystères, ses croyances et ses moyens ‘le possession surnaturels. Il faut en conclure que la religion nous dépasse et est ‘en dehors des limites” de notre volonté et de notre raison, Il n’y a pas une seule religion philosophique qui puisse se glorifier d'avoir eu pour adepte, je ne dis pas une femmelette où uv enfant, mais son fondateur lui-même. Dès lors si son fondateur lui-même n’y croit pas, comment peut-il se flatter de l’imposer aux uutres ? Quelle explication peut-on donner à ce fait que toute religiou qui a traité l’homme en homme et a respecté les :imites de sa volonté et de sa raison, loin d'être acceptée à deux genoux, a été rejetée comme la plus infâme utopie et 1n plus creuse chimère ?
Cependant, puisque le sentiment religieux procède et de la volonté et de la raison, ne semble t il pas anormale qu’elle ne s'impose pas à l'homme et ne se traduise pas dans l'humanité par les seules lois naturelles et limitées de cette même volonté et de cette même raison? En un mot ce sentiment de l’homme ne devrait-il pas comme tous les autres, se traduire dans l'homme par les lois de l’homme? Il n’en st rien cepeudant. Pourquoi done l’homme qui, pour tout le reste, dans la conduite de sa vie, ne se conduit jamais que par les seules lois de son intelligence et de son vouloir, les imet-il de côté l'une et l’autre quand il s’agit de religion, pour s’élancer inatinctivement au-delà de leurs limites et se perdre dans l’ivcompréhensible et l'infini ?
Voilà ce que le rationalisme est impuissant À expliquer, et plutôt que de ne pas se doaner raison et de s’avouer vaincu, il en arrive À affirmer que jusqu'aujoard’hni l'humanité entière s’est trompée. Voilà pourquoi, nous dit-il caudidement, il travaille à ramener cette pauvre dévoyée, concentrant et multipliant ses ef. forts pour procurer à l’hoinme nne religion conforme à ga raison et qui se trouve dans ses limites. Aussi n’avons-nous pas tnanqué de philosophes, prôneurs de religion, rationalistes comme Mr Jules Simon, subjectivistes comme Eminanuel Kant, panthéistes comme Hegel, apostats et athées comire Renan, qui ont osé s’ériger en tévélateurs et dicter un1x hommes le codé d’une religion naturelle, c’est-à-dire d’une religion sans Dieu, Ne leur én dé-
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plaise, leur religion sans Dieu fut aussi une religion sans culte, qui ne peut même se flatter d'avoir en pour adeptes ses propres auteurs,
Une religion naturelle n’a jamais existé et ne saurait exister. Une religion Philosaphique ne s'est jamais imposée À au. Cune nation, Aussi les fondateurs de religion, les révélatenrs de tous les temps, n'ont-ils jamais fait appel à In raison: Mahomet Coinme Moïse, SaKiamouni comme Jésus-Christ se sont imposés au monde comme évélateurs et non comme philosophes,
St. Pierre au Forum et St, Paul devant l'Aréopage ne disentils pas aux magistrats et aux philosophes, aux sages et aux puissants de ce monde, que c'est une folie qu’ils viennent leur annoncer, et une faiblesse qu'ils viennent leur imposer, et que bon gré mal gré cette folie et cette faiblesse d'un juif crucifié auront raison de la sagesse des Grecs, de la puissance du grand empire, et que, tôt ou tard, le glaive terribie de Néron se transformera en la croix bénissante du vainqueur par l'amour et du restaurateur de toutes les vérités.
Le problème difficile que la philosophie est impuissante À ré soudre, réside tout entier dans ce fait que ‘l’homme n’a jamais été religieux dans la limite de sn raison”, Reconnaissant l’impuissance de sa raison À résoudre le problème religieux, l'homme s’est comme évertué À chercher les moyens surnaturels d'obtenir ce résultat. Voilà l’instinct sur lequel se sont appuyés tous ceux qui $e sont posés en révélateurs de la divinité; Zoroaste, Sakia. mouni, Mahomet et tant d'autres ex sont la preuve, C’est donc ub fait indéniable que, au point de vue religieux, l'homme a rejeté et sa volonté et sa raison lorsqu'il s’est agi de retrouver son Dieu.
L'homme ne pouvant trouver son Dieu au moyen de sa rai. son, avait hesoin d’une révé/ation » ne pouvant atteindre son Dieu au moyen de sa volonté, il avait besoin d’une médiation.
Se rendant parfaitement compte de son infériorité vis-à. vis de Dieu, et de plus, épronvant un besoin irrésistible d’allér à lui et de s'élever jusqu’à lui, l’homme n’avait aucune répugnance À cioire que, pour satisfaire ce besoin immense, le Créateur s’abais. sât lui-même jusqu’à sa créature, C’est précisément de cette grande et magnifique idée que sont venues, même en dehors du Christianisme et de la révélation, ces nombreuses incarnations
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qui manifestaient Dieu à l'homme, non pas dans une conception creuse où métaphysique, mais bien réellement et tangiblement sous une forme sensible et humaine, C’est ce besoin d'un Dieu médiateur et sensible qu'a satisfait, lans le plan divin, la seconde personne de la divine Trinité, Verbe incarnée et Dieu fait homme pour nous sauver, (Voir Conf, P. Monsabré: Jésus enfant.)
Voilà ce que nous sommes en droit de conclure du fait même de nos aspirations religieuses,
Après avoir montré, par l'existence de ce fait, la nécessité d'une religion divine et supra-sersible, ne pouvons-nous pas, À l’aide de la foi, donner la ‘raison d'être de ce fait étrange en nous? Puisque nous en sommes arrivés aux dernières conclusions de la raison notre regard ne doit.il pas monter plus haut que le sien et ne pouvons-nous pas, à la lumière de la foi, ajouter quelque chose à ce qu’elie nous dit ?
Une fois rendu au hont de sa raison. sentant le besoin d'aller plus loin, l’humine contrairement aux lois de sa nature, abandonne son instrument pensant dont il reconnait l'impuissance à cet endroit et se jette tête baissée dans le labyrinthe de la foi et de ses mystères, Sans doute il y a toujours, pour l'homme intelli gent du moins, un premier acte de raison justifiant cet acte de foi. C’est par un acte de raison que l’homme rejette la raison reconnue impuissante à le satisfaire, c'est eu vertu de ce même acte de raison qu’il contraint l'intelligence de croire. ‘Je crois, dit Augustin, parce que je vois qu'il faut croire.”
De ce fait que l'homme religieux rejette son intelligence et sa volonté pour atteindre Dieu il est en droit de conclure qu’il doit exister en lui une élévation de nature ou une surnature qui le destine À une fin supérieure à celle que lui imposait sa condition purement naturelle. Comment arriverons-nous à expliquer ce fait si nous n’admettons qu’il y a daus l'homme une ordination naturelle à une fin surnaturelle, ou mieux encore(car ordination naturelle à une fin surnaturelle est un non sens), un pressentiment ou un instinct donné à l’homme par le Créateur pour se faire rechercher et reconnaître par lui à l’aide de moyens qui le dépassent. Il est évident, d’après ce fait indéniable qui est la forme même du sentiment religieux, que l’homme a été ‘créé’ dans de telles conditions qu'il poursuit un but surnaturel qui le
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dépasse absolument et qu'il ne pe it atteindre par les seules firces de ses facultés naturelles, en résulte que l'homine doit néces sairement ÿ arriver par une autre voie, du moins il peut et doit Croire cette vérité qu'il cherche et qui Île dépasse, et s’écrier avec Pascal : Je crois, parce que je ne coin. prends pas”, (Credo quia absuiduim—)
Encore une fois, si ce fait ue révélait pas l'existence d'un état surnaturel duns l’ho Hne, comment pour que, instinctivement, sans y être
S'il ne peut Comprendre,
rions-nous expliquer contraint, sans même s’en 1en.
dre compte, l’homme cherche et na toujours cherchée, “bar des moyens surnuturels”, à atteindre uu but également surnaturel ? Grâce à la révélation et aux lumières de la foi
certitude absolue, que, dès le premier instant l'homme a été élevé par Dieu à un état de déité, de surnaturel, et appelé par là À une fin bien autrement grande et sublime que si Dieu se fut contenté de le laisser dans un état Pürement naturel ou, comme disent les théologiens, dans l'état de nature pure,
nous savons, de de sa création,
30 UNIVERSALITE DU SE: \TIMENTR ELIGIEUX
Le fuit de l'universalité du sentiment religieux est un fait historique qui s'impose À tout homme de bonne foi et qui n’a pas peur de la vérité, Qu'il ouvre l’histoire et l’histoire lui dira que dans tous les lieux, sous tous les climats, à toutes les époques de ses annales, ct à tous les degrés de la civilisation, il a existé au cœur de l’homme cet instinct inné du suraaturel, ce sentiment intime que, selon la parole de Voltaire : Par delà les cicux, le Dieu des cieux réside, en un mot cette aspiration à l'idéal irréali. sable par lui et réalisable par Dieu seul qui a été, est, et ser base de toute religion positive, pratique et durable.
Yat-il, à un point marqué de la planète, à une époque déterminée de l'histoire, un seul peuple qui n'ait eu sa religion et son culte, ses prêtres et ses sacrifices, ses temples et ces autels, un peuple en un mot, qui ne fut pas religieux mais athée ? Si jamais le fait s’est rencontré ce qui est fort douteux et ce que des auteurs comme Quatrefages contredirent—ce ne peut être que dans ‘ne île perdue, où aurait été jeté un petit groupe d’hommes, et non pas dans une nation tout entière —Or quand il s’agit religion, comme de toute autre chose, loin de ja détruire, 1 tion confiriné la loi. Parmi les civilisés comme parmi les
a la
de excepbarba.
res, l’athéisme a toujours été une moustruosité et une exeeption peu honora':le dont nous conuaissons les causes,
Il »’y a que deux causes pour lesquelles l’homme ne saurait être religieux.
10 Le manque de développement, provenant de l’infirmité d'esprit, ou 20 l’erreur de développement, provenant de causes plus humniliantes encore—
Nous avons traité de ces causes dans notre étude sur les causes de l'erreur. Il ne nous reste qu’à ajouter quelques obserrations, à
Chez les peuplades barbares surtout l'impuissance rationnelle dépend souvent moins Ju manque absolu de eulture que de la dégradation et de l’abaissement moral sons toutes ses formes. La seconde cause n’est eu réalité que l'avortement plus où moins volontaire de la nature religieuse, par suite d’une erreur d’éducation, de préjugé, ou plus souvent du dérèglement des passions.
Sous l'influence d'idées préçonçues, de préjugés de milieu, d'éducation, de race, le semiment rehgienx comprimé, atrophié, dévoyé, volontairement ou non, a pu s’affaiblir, mais non disparaître. La preuve de son non-snéantissement est qu’il se réveille très souvent à la suite d'un évènement douloureux, Quand on perd un être aimé, il est bien dur de se dire : tout est fini! il n’y a rien à espérer au delà! C’est l’explication de ces revirements subits À la suite de graves événements et des conversions fréquentes surtout à l’heure de la mort —