CE SENTIMENT EST DONC UNIVERSEL
L'histoire des rel: ions nons fait constater que partout où il y a des bommes il ÿ a une religion, Cette religion est la protestation vivante contre l’athéisme individuel et la preuve la plus indéniuble, la plus éclatante, que l'humanité, dans son état normal, est religieuse. L’athéisme et l’irréligion tiennent leur origiue de eux grandes causes : ou bien du suprême degré de bar. barie et d’abrutissement, ce qui est fort rare, puisque même chez ies nègres d’Afrique comme chez les Cafres nous trouvons nne religion ou, ce qui est moins rare, de l’excès déraisonné de civilisation qui a pour cause lorgueil de l’esprit. Outre ces deux grandes caues, il yen a d’autres qui sont secondaires et que j'ai déjà signa-
lées aussi à l’exception d'une qui est certainementde toutes la pius
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désastreuse et la plus répandue, je veux dire la science incompiôte, la science de vingt ans qui prétend tout savoir et tout juger. ‘‘Peu de science éloigne de Dieu, a dit Leibnitz, beaucoup de science y ramène, ‘Voilà autant de causes de l’Irréligion, causes incontestables et suffisantes Pour atruphier ou étouffer dans son germe ce sentiment religieux qui ne tend qu’à se dév et à grandir duns le cœur de l’homme,
La Religion est un besoin pour l'homme, et voilà pourquoi,
s’il laisse à la loi de son esprit et de son cœur la liberté de sou Cours, le sentiment religieux grandira en lui jusqu’à son plein épanouissement, Les incrédules eux mêmes le:comprennent si Lien qu’ils ne cTaignent pas de dire après Taine et tant d’autres : ‘Attendre À 20 ans pour ne plus rien croire, c'est déjà trop tard ! Trop tard! Qu'est-ce à dire ? 20 ans. N'est-ce pas l'heure où l’homine commence à réfléchir, où l’âme Commence à entrer en pleine possession d’elle-même. à se rendre parfaitement compte de sa conduite et de ses actes ? Que faut-il donc faire alors pour arriver à se convertir et devenir parfait incrédule sinon parfait renégat? Pour les incrédules, il n’y a qu’un moyen bien simple, c'est d’étouffer en nous Ie sentiment religieux, d’atrophier en nous ce sens intime de l'idéal, du divin, de causer en nous Pavor:tement de tout ce qu’il ÿ a de plus grand, de plus infini, de plus divin, avortement de l'intelligence qui est resserrée en elle. même Comme dans un étau, avortement du Coeur qui s’atrophie et se dessèche au profit d’une intelligence : noyée dans un matérialisme éhonté et une philosophie sans nom.
TFuez le surnaturel en vous, «lès l'enfance, pour être franchement incrédule et vivre paisiblement en athée— : autrement c’est inutile, vous n’arriverez jamais sans cela, À faire taire en vous le sentiment irrésistible de surnaturel qui jettera l’angoisse et l’amertume dans votre existence et vous rendra la v charge, Avec ce développement dans l'indifférence, avec cette destruction lente et calculée de l'idéal et du divin en eux, est-il bien vrai que pour la plupart (je ne dis Pas pour tous, car malheureusement on y arrive) du moins la vie soit aussi paisible qu'ils le prétendent ? Certainement non. Tant qu’ils sont jeunes, jouissant d’une parfaite santé et d’une fortune qui puisse leur permettre de se distraire et de s'étourdir, ils peuvent se dire : il y & peut être une Religion, mais nous avons le temps, nous y ver-
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—21027 — rons plus tard. Heureusement pour eux ce plus tard arrive et il porte souvent ses fruits. Ils ont beau dire et beau faire, ilyæ . des phases de lu vie où ces prétendus irréligieux sentent le besoin de la Religion ; nous pouvons en donner comme preuves les nombreuses conversions à l’heure de Ia mort, à la suite de grandes épreuves ou de grands malheurs, à ces heures terribles ménagées par la providence où, après une pareille secousse, la nature: se révèle telle qu’elle est, c’est-à-dire supplisnte et religieuse. Au point de vue moral surtout, la nature humaine est étrangement plastique, on arrive toujours et facilement à la modeler, à la façonner, à la faire plier au caprice de nos convoitises et de nos ambitions. Voilà pourquoi, au point de vue religieux, l’homme parvient souvent sans trop d'efforts, sinon à détruire du moins à fausser le sentiment religieux. Il fausse sa religion, comme le libertin fauese sa conscience et la baillonne.