‹ Philosophie et religion [microforme]Chapitre 7 sur 103 · FAIBLESSE DE L'INTELLIGENCE · texte numérisé non relu

FAIBLESSE DE L'INTELLIGENCE

L'intelligence, dit St. Thomas, jouit d’une certaine infinité ; elle peut connaître une multitude d'objets, voire même tout ce: qui est. Elle est donc en quelque sorte infinie, En priveipe, cela: est on ne peut plus vrai, mais dans la réalité, dans le fait, quand! cette intelligenee se trouve conerétisée, emprisonnée en HOUS,, si in timement liée à cet étrange composé humain qu’elle ne forme plus. qu'un avec lui, jouit-elle réellement et pleinement de toutes ses facultés 2? Ne subit-elle pas, au contraire, toutes les eonséquenees de la pression du: corps? N'est-ce pas: par lui qu’elle perçoit tous les objets? N’en est-elle: pas Comme la mendiante ? N'estelle pas eondamnée par là même à ne travailler que sur eeux.là seuls avec lesquels il: la met en contact et de la manière dont ÿ y met? Nous somnes done à la merei de l'instrument ou des sens. Sont-ils bons et Klicats et par suite, l'instrument est-il parfait, Fintelligence jouira alors d’une facilité, d’une puissance, d’une: lucidité parfaite, Au contraire, l’organisme humain, lappareil cérébral est-il émoussé, l'esprit est obtus. Est-il atrophié, l'intelligence est réduite à l’impuissance la plus complète, Aussi, Aristote ne eesse de l'affirmer : De Ia perfection des sens et d'elle seule dépend la supériorité de l'intelligence. En effet, puisque: toute Ame possède la même spiritualité et la même perfection, ce: n'est done pas à elle, mais bien au Corps, À sa propre constitution orgauique, en um mot à ses sens que l’homme doit s'en prendre si, au lieu d’être la première intelligence de SOn pays et de son siècle, il n’est tout au plus qu’un esprit vulgaire, sinon un parfait imbécile,

Ainsi l’âme, à défaut d’un instrument propice est réduite à, l'impuissance, où tout aw moins # la productior d'œuvres médioeres. L’hotme n’est trop souvent qu’un grand peintre qui, à défaut de pinceau et de couleurs, ne fait que des caricatures sinon des croûtes. La cause ce n’est pas l’âme, mais le corps, non pus. l'artiste, mais l’instrument. Et dire que l’âme, ce divin artiste, ainsi mise À la merci des sens peut être condamnée durant toute une vie, non-seulement à ignorer les autres, mais à s’ignorer elleméme |! #

Et comme par une ironie du sort, c’est elle-même qui s'est

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La science, en effet, prouve qu’il appartient à l’Ame âe construire sa demeure. C’est à elle d'élaborer la matière et de façon-

nel sén corps. Klle en est le véritabie architecte, et elle forme avec lui un composé tellement intime, que c’est à peine si notre inteiligence parvient à des distinguer et à les étudier séparément. Ce principe s’applique non seulement à l'homine, mais à tout engendré.

L'œuf fécondé, pour se transformer seul en tissus et en organes, n’a besoin que du degré de chaleur et du milieu qui lui convient. Comment un simple Composé chimique, homogène, tel qu'il existe dans l'œuf peut-il produire un vivant muni de chair, d’os, de bec, d’yeux, de griffes, de duvet ? Bien plus, comment se fait= il que deux œufs, ayant la même composition chimique, donnent l’un uv serpent, l’autre un poussin, celui-ci ane tortue, celui-là un lézard! C'est grâce au principe vital, au tout petit germe dont. chacun de ces œufs est muni. S'il ÿ a parfois vice organique, monstruosité, c’est parce que le germe pèche par excès (poulet à deux têtes) ou par défaut (poulet sans ailes.)

Chez les mammifères et surtout chez l’homme, le phénomène mystérieux de la reproduction devient plus compliqué. Ce n’est plus uniquement le germe ou l'idée directrice du principe vital qui agit; le germe subit l'influence de la mère et est souvent gêné et contrôlé par elle, De là les prédispositions, voire même les difformités chez l’homme, de là également ces teintes de mélancolie, de tristessse, ces nuances de physionomie et de caractère presque infinies. La débilité ne vient ni de l’âme de la mère ni de l’Ame de l’engendré, mais uniquement d’un vice de milieu. L’âme d’un engendré débile aura beau faire, elle ne pourra donner de la vigueur à la matière, Elle la façonnera, l’organisera, mais ne l’améliorera jamais. È

L’humanité échappe-t-elle à ces inconvenients? Il est permis d’en douter, lorsque l’on constate que la plupart des hommes sont incapables de la moindre élévation intellectuelle et manquent totalement des aptitudes requises pour la conquête de la vérité. De là, tant d’incrédulité et de superstition, d’indocilité et d'esprit railleur ; car la raillerie est le dernier mot de l'ignorance, bien

plus, elle est la bêtise dans tout son épanouissement.

D'ailleurs la nature syllogistique nous montre bien la faibles.

se et les tâtonnements de notre intelligence. Pour marcher avec quelque sûreté, il lui faut procéder, bon gré mal gré, par voie de recherche et de déduction, procéder par voie de comparaison et passer péniblement dn connu à l'inconnu, Si les Premiers principes s’imposent par leur évidence, il n’en est pas ainsi des conclusions qu’on en déduit; ce qui, par conséquent, nous :nontre combien est restreint le cercle de nos certitudes. Dès la troisième ou quatrième conclusion inférieure, la vérité se trouve déjà restreinte et obscurcie, L'erreur est d’autant plus possible que la raison s’6loigne de ces principes, et de là naît la difficulté pour l'étude de certaines sciencee, Les arduités s’accroissent en proportion des difficultés inhérentes à l’objet qu’on lui présente, Si l’objet soumis à l’intelligence est concret, il lui fournit une plus grande précision. Si, au contraire, l’objet présenté par nous à ses études, est un objet insaisissable, comment notre faible intelligence pourrait-elle en déduire des conclusions rigoureuses et en établir une science certaine ? L'objet, dans la biologie et la physiologie, par ie fait même qu’il est la résultante de phénomènes très complexes, devient tout-A-fait insaisissable, du moins très-incertain. Quel baromètre ou quelle balance pourra nous en donner la mesure et les réduire à l'unité? L'avantage des sciences concrètes consiste précisément dans ia possession de cette unité qui leur donne des proportions er des rapports faciles. Mais, en présence du Mécanisme si compliqué de nos organes, Comment établir des lois et évaluer des phénomènes ? Le fait est que les phénomènes vitaux sont restés irréductibles à des principes mathémathiques et à des lois exactes. Il n’y a pas de méthode Pour en fixer les lois et en déduire les conclusions, Vous devinez par là combien il est difficile d’éviter l’erreur et de frapper toujours au cœur de la vérité.

ss MANQUE DE CULTURE

Deux classes d'hommes se partagent l'humanité : les hommes éclairés ‘et ceux qui ne le sont pas. Les derniers forment ce qu’on

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S'il en est ainsi du peuple, c’est-à-dire de la grande majorité &u genre humaiu, les hommes éclairés arriveront.ils à force de recherches, à former dans leur esprit la concordance et l'immense synthèse de toutes l2s notious divines et humaines, à *‘ordinare” selon l’expression de S1. Thomas, à établir l'équilibre, À mettre leurs idées partielles ou inexactes, atténuées où exagérées, ax point précis de la vérité? Pour en arriver là ül fandrait sacrifier toute une vie à l'étude. Qui en a la possibilité? Cac n'oubliez pas que la classe des éclairés se divise elle-mêma en deux catégories distinctes: celle des hommes qui sont libres de feur temps et qu’on appelle hommes de Loisir, et celle de ceux qui sont obligés au travail par leur pauvreté et par les exigences de leur position. Cette dernière est sans Comparaison la plus considérable et se <ompose d'hommes de gouvernement, de profession, de commerce ou de bureau qui, bien souvent, après avoir peiné tout le jour, sont contraints de prendre sur leur nuit, Une semblable servitude empêche de :'occuper des grandes questions qui agitent le monde et de se livrer à des études qui suffraient, à elles seules, pour absorber toute uue existence, *‘Klle est, dit le Père Lacordaire, avec l'orgueil de plus, parmi ces pauvres de l'intelligence que Jésus- Christ est venu évangéliser.”

Et les parts ainsi faites, que reste-t-il flottant à la surface de l’humanité? Quelques privilégiés qui ont reçu du ciel k génie, chose rare. la fortune, chose moins rare, mais qui pourtant lest aussi, et des dispositions à un travail soutenu. Génie fortune, travail, trois conditions nécessaires pour devenir une intelligence supérieure et arriver à cette royauté de la pensée incomparablement plus belle et plus noble que toutes les couronnes et toutes les fortunes des rois.” Parmi ces favorisés du moins, est-ce que tous conquièrent la vérité, on si là encore, ne rencontrons-nous que le petit nombre? Hélas! chose triste à constater et encore plus triste à dire, bien peu parmi ceux-là ont la noble ambition, la patience et le Courage d’y arriver, On aime mieux jouir de sa fortune et de son temps, que de passer ainsi sa vie loin des plaisirs du monde, dans un cabinet d’études à épuiser ses forces dans

. le si nobles recherches et à pâlir sur les livres. Combien peu parmi

ces doués de la fortune et de l'intelligence, à qui le monde sourit et offre ses séductions, ne lni demandant qu’à se luisser vivre et porter par lui sur le flot qui entraine une jeunesse toute avide de

“té

Plaisirs ; combien peu s’estiment trop grands pour descendre si bas !

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