‹ Philosophie et religion [microforme]Chapitre 8 sur 103 · SS$ PREJUGE · texte numérisé non relu

SS$ PREJUGE

Il est une troisième cause qui paralyse l'intelligence et élève une barrière entre elle et la vérité. Plus terrible et moins évitable que toute autre À cause de l'inconscience dans laquelle se trouve celüi qui la subit, cette cause est le préjugé qui nait ordinairement d’un vice de formation et de l'influence du milieu. Cette influence le rend presque incorrigible, parce que celui qui en est atteint ne veut même pas s’en rendre compte. Le sût-il d’ailleurs, et fut.il un génie capable de juger son époque et de maîtriser ses préjugés, le courage lui Mmanquerait. ‘Après avoir: vaincu sa nourrice et ses maîtres, dit le Père Lacordaire, il reste à l’homme de génie une autre tâche, celle de vaincre ga nation et son siècle.

. En a:t.il Je pouvoir ? Cela s’est-il vu ? Quel homme, si grand qu’il soit, ne porte Pas sur son front le signe de son peuple et le signe de son siècle? Si nous étions nés il y a six cents ans, si même sans changer de siècle, nous étions nés dans telle ou telle partie du globe terrestre, serions-nous ce que nous sommes ? Pourquoi la France est-elle catholique, la Prusse protestante, l’Asie musulmane ? D'où vient cette énorme différence entre des peuples Pourtant si voisins?” (1)

Le préjngé est donc une des grandes causes de l’erreur. On le subit, la plupart du temps par incnscience, et, en fut-on conscient,. comment remonter le courant et aller À l'encontre de: son pays et de son siècle? Le sage Socrate et un autre encore plus sage Jésus.Christ, pourraient nous en dire quelque chose.

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(1)Lamennais, le Tertulien moderne, le fougueux, le personnel, l’obstihé Lamennais, qui croyait que la volonté suffit à tout, ne pouvait ‘s’empécher pourtant d'écrire: Pins je vais, plus je m‘émerveille de voir À quei point les opinions qui ont en nous les plus profondes racines dépendent du temps ou nous avons vêcu, de la société où nous sommes"hés, et de mille circonstances également passagèrent. -Songez seulement à ce que seraient les nôtres si nons étions venus au monde dix siécles plus tôt, ou dans le mêw- siècle à Téhéran, à Bénarès, e Taïti.”

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‘Ars louga, vita br“vis” dit-on souvent. Aussi, pour pare venir, on se confine dans une spécialité. C’est très bien, mais l'inconvénient est qu’on ne s'occupe plus d’autre chose, et, À force d’être enfermé dans son laboratoire à broyer les caillous et à analyser les irines, on finit par se figurer qu'il n’y a rien au-delà et qu'on a le dernier mot de tont. Ce dauger est d'autant plus grand que la science est moins élevée et plus matérielle, comme la médecine, la chimie etc. L’habitnde des sciences concrètes parulyse et diminue insensiblement la puissance intellectuelle de l'homme. Ce n’est pas à dire qu’elle la rende absolument inapte aux spéculations abstraites, puisque l'intelligence travaille sur toutes les sciences de la même manière, avec le même mécanisme. Ce n’est pas comme un membre inactif qui, par excès de repos, se paralyse et s’atrophie. Mais à force de ne s’occuper que de la même science, on finit par en être ébloui au point de ne plus rien voir que par elle et pour elle.

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