CHAPITRE II LE SURNATUREL
L'analyse du sentiment religieux et de la forme positive qui lui correspond nous a fait découvrir l’existence d'un supra-rationnel au moins relatif. Quelle conséquence nécessaire peut-on en tirer en faveur du surnaturel absoln? Si nous nous plaçons au seul point de vue de la raison, nous n’en pPOuvons tirer aurune. Car, en ne tenant Pas compte de la révélation, l'intelligence humaine pourra toujours rejeter l’existence d’un ordre surnaturel absolu, qui est le seul vrai, puisque le surnaturel relatif, n'étant que pure nature, ne devient surnature que par comparaison avec ce qui lui estinférieur, Les rationalistes pourront dire : Le sentiment religieux existe, la cause de son existence a été jusqu'ici le surnaturel, c’est.à dire quelque chose qui nous dépasse, nous l’admettons comme Vous, mais ce que nous aftirmons de plus, c'est que, cette cause ou ce prétendu surnaturel disnaraissant, le sentiment religieux qui en découle, en dépend et en vit, disparaîtra également ; car l’effet n'existe pas sans la cause dont il dépent.
Ainsi ne pouvant'rien contre le sentiment religieux dans son passé, les rationalistes Pourront toujours prophétiser contre son avenir. L’avenirest assurément très incertain, et qnand on a le passé contre soi, on a lieu de craindre qu’il en soit de même pour l'avenir.
Quand on a vécu durant des siècles dans une lutte continuelle avec le temps, la science et la liberté, quand la science
et la liberté ont tout tenté, quand les ‘ynasties, les civilisations aux civilisations, sans jamais parvenir non-seulement à détru ire, mais À amoind'ir, si peu que ce sait, le surbaturel vrai et même diabolique, il ÿ a bien des chances pour
qu’à l'avenir la science, la liberté et la civilisation n'aient pas plus de succès que par le passé,
dynasties ont succédé aux
Nous devons toutefois rendre justice aux rationalistes con. temporains qui n’agissent plus comme les rationalistes d'il ya Cinquante ans; la tactique de ces derniers était de nier le surna. turel a priori, fl n'y avait rien À faire avec ces fanatiques ridi. cules,
En effet, étant données les manifestations gnrnaturelles méme diaboliques du Pagauisine ancien et moderne, étant donné que nous vivons en plein surnaturel et que nous rencontrons chaque jour des phénomènes prodigieux qui nous dépassent, n’esi-ce pas
abdiquer la raison que de nier mêine l’existenc: de ces phénomènes ?
Les rationalistes actuels Ont au moins la franchise et le bon, seïs de les accepter. Remarquant ce fuit indéniable d'une tendance instinctive et nécessaire de l’homme vers un ordie de cho. ses plus élévé et en dehors ds Dis de la nature-paisqie dès qu’il 4 pu analyser le phénomène et le faire entrer dans les lois natu. relles, il l’a toujours quitté pour porter ailleurs ses adorations et reculer le problème au lieu de le supprimer, —remarquant que l’objet unique, constant et essentiel du sens religieux est le surna. turel, loin de rejeter ce surnaturel et de le nier à priori, comme les rationalistes du 18ème siècle qui rejetaient sans examen l’objet propre d’un instinct appartenant à la conscience huniaine,
ont la loyanté d’avouer que ce fait mérite l’attention d’un sér examen. Nous leu: en savons gré.
ils ieux
Sans avoir amené l'intelligence à admettre le surnaturel absolu, nous l'avons du moins amenée À constater l'existence de quelque chose qui nous dépasse et d’un instinct iuné de l’homme Correspondant à ce quelque chose, En d’autres termes nous avons établi l'existence d’un surnaturel quelconque comme fait constitutif et essentiel de tonte religion et Conséquemment de l’instinct inné de l’homme qui y correspond. Avant d’aller plus loin et d'établir l'existence qu surnaturel absolu qui est le surnaturel
édé aux )arvenir soit, le ?s pour as plus
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Vrai, il fant d'abord que nous sachions au juste tendons pur ce mot surnaturel vrai ou absolu.
cè que nous en.
Le surnaturel est tout simplement, comme le mot l'indique, ce qui est andessus de toute nature, c’est-À.dire
attlessus de tout Ce qui est créé ou créab!
2 Ei un mot le Sulaaturel c'est Dieu, Qu'est. ce que l’ordre surnaturel 2 L'ordr pose de trois éléments : d'une fin à laquelle sont ordonnés tous les êtres que renferme cet ordre et vers laquelle ils tendent, des Moyens requis pour aller à cette fa c'est-à-dire des moyens qui lui sont proportionnés, enfin d’un agent qui pousse À cette fin. C'est le phénomène que nous offre sans cesse la nature. Compo. sée de tout l’ensemble des êtres, elles les Contient tons en elle, disposés daus une m 2rveilleuse harmonie Comme une armée ran. gée en bataille où chaque soldat a sa place et concourt au bit dé. terminé, à la victoire, Elle marche donc sans Le elle mène chacun des êtres créés À sa fin r'espectiv est de moyens qui lui sont fournis par la cause première où mo. teur immobile, lequel la meut suivant les lois qu'il lui a assignées. Dieu est à lui seul tout un Ordre, inais il lui a plu, dans un acte d'amour incompréhensible autant qu’infini, d'élever l’homme jusqu’à lui et de l’établir dans une Condition infiniment supérieure à sa condition purement naturelle ; il a plu à Dieu de faire de l’homme un Dieu, de le faire participer À sa propre essence surnaturelle, infinie, de lui Communiquer sa propre vie et ses propres per fections divines et infinies, en un mot il lui a plu d’être lui-même la fin surnaturelle de l’homme, en sorte que la fin de l’homme est devenue la fin d’un Dieu, il Jui a plu d’ê pour nous conduire à cette fin surnaturelle, infinie, qui nous dépasse, il luia plu enfin d’être lui-même l'agent principal, de prêter à l'homme son Concours efficace, de s’ajouter lui-même à notre intelligence humaine ‘et de la conduire Par ses propres lumières divines et infinies, de s’ajouter à l'énergie humaine par sa propre énergie, à la nature humaine par sa nature même.
e en général se co n.
sse, elle agit, e, douée qu’elle
tre lui-même le moyen
Le surnaturel c’est Dieu dans son existence propre, L'ordre surnaturel est le mystère de la vie intime de Dieu et l’ensemble des créatures intelligentes qu’il a appelées à jouir de ce:
à partager son propre mode de vivre, à jouir de ses étreintes amoureuses et infinies,
nystère, de sa vie divine et L'ordre surnaturel n’est
done pas autre chose que Dieu ‘en lui méine” et Dieu dans les créatures comme il ext ‘en lui-n. ême’”?,
‘L'ordre surnaturel, dit le Père Monsabré, c'est un ordre élevé audessus de toute nature créée ou créable, un ordre dont est exclue toute créature qui n’a pour se mouvoir que des forces natives quelque soit d’ailleurs l’éminence de sa perfection, un ordre das lequel la créature est appelée à une union tellement pre. chaine et immédiate avec Dieu qu’elle a besoin, pour y arriver, de participer au mode d'opérer de Dieu même, de communier à la sature de Dieu sans pourtant être cette nature, d'être déifiée en quelque sorte, sans cesser d'être finie ; choses qui ne se peuvent obtenir que moyennant l'initiative d'une action souveraine et maitresse de toute perfection”,
Il est évident que nous ne pouvons placer dans l’ordre sur. naturel que Dieu seul, Les êtres intelligents n’en font partie qu'accidentellement et daus le sens que nous avons expliqué,
Les anges et les démons, malgré leur nature si élevée, ne pouvaient régulièrement en faire partie; ils en étaient exclus comme nous par la raison qu’ils ne sont après tout que des créatures, et par le fait même des êtres limités et finis. Pour nous élever jusqu'à lui et nous faire Participer à sa Propre vie infinie et divine, il a fallu que la Tonte Puissance même s’abaissât jusqu’à nous, qu’elle nous saisit et nous t'ansportât jusqu'aux soumets inaccessibles de son infinité.
Il s’en suit que l’o:dre surnaturel est un don purement gratuit; il est l’effet d’une gracieuseté vraiment digne de Dieu, Dieu n’était nullement tenu de nous y faire participer. Affirmer né. anmoins que Dieu ne doit rien à l’homme serait une erreur : car étant donné que Dieu nous a créés, il est tenu de combler nos fa. cultés naturelles, et doit à l’homme, quoique librement créé, tout Ce qui le constitue dans son essence, Le décret libre de l’existence une fois porté, c’est comme une dette à Payer, une nécessité à remplir ; parce que Dieu ne peut pas plus créer l’homme sans lui donner ce qui constitue l’idée où l’essence de l’homme, qu’il ne peut créer un cercle, le privant de la forme eirculaire, On comprend ainsi en quel sens ce qui est proprement naturel, est métaphysiquement nécessaire, considéré dans l’essence même des choses,
On comprend égaiement Iuœudelà de ces conditions consti-
18 leg
ordre dont forces in or- | prer, de à la ée en ivent mai-
sul.
artie
tutives et essenl'elles, Dieu ne doit rien À l'être qu'il Sous l'impulsion de sn bonté libre, Dieu dépasse Ju création et, $e servant à son gré de sn toute Düissance, il donne à l'homme ce que l'homme n’a PAS, Ce qui ne lui est pas dû, ce qui Surpasse infiniment toutes les forces e exigences de sn Dature, il ne contredit aucu: Produit un nouveau qui se lie au premier,
Cet ordre nuvenu est l’ordre surnaturel qui produit en nous cette union intime avec Dieu, non Pas tel que nous pouvous
le connaître par notre raison uuturelle, mais ‘tel qu’ilest en lui. même”,
crée, Si dette de In
ttoutes les Lordre, mais il en
C’est précisément parce q1ils n’ont pas cette juste notion de l’ordre surnaturel que les philosophes sont naturellement portés à nier son existence. Ils’ croient que nous entendons faire Datute humaine ‘une nature surnaturelle, ce qui est Contradictoire daus les termes, Dieu seul et encore non pas en lui-même mais “ui qauement par rapport aux créatures, peut s'appeler l'être substan. tiellement Sütnaturel, comme on |! om
de la
parfois dans le langa.
ge de l'Ecole ; parce que seul il 4 passe infiniment toutes les na. tures créées ou créables,
Ou bien, ignorant ton ours ce que nous entendons par Surnaturel, ils croient que nous prenons pour sur Causes créés, mais qui nous dépassent,
ordre naturelles des
C’est pourquoi quand les positivistes qui ne se donnent mé. me pas la peine de chercher et le se poser Ja grave question de l’audelà parce que, disent-ile, supposé qu'il existe, nons 1’y pouvons atteindre, Puis les matérialistes qui nient carrément son existence, et le regardent Comme impossible, enfin les subjectivistes allemands, Kant, Schelling, Hégel et tant d’autres qui ne croient qu’à eux mêmes s'ils J Croient, quand tous ces philosophes affr. ment qu’il n’y a pas d'ordre surnaturel, il eufit de leur répondre ou qu'ils ignorent complètement ce que le Catholique ente surnaturel, ou qu’ils Jui prêtent gratuitement une double absurdi. té, celle d'admettre une nature surnaturelle, ou de confondre et de rendre pour cause surnaturelle, toute cause créée quile dé. Passe. Vraiment ce serait nous croire trop naïfs que de vouloir nous faire confondre une CausC supérieure mais créée av naturel proprement dit qui n’est que Dieu lui-même,
Il y a un ordre surnaturel, et cet ordre n’est rien aut
ee le sur
ré que
l'essence divine. Il nous reste acquis que si Dieu existe, ce que nous entendons par ordre surnaturel existe anssi,
Mais qu’est-ce que le surnaturel ? C’est la vie intime de Dieu. Comment pouvons-nous savoir que nous sommes appelés à participer à cette vie intime, si Dieu'lui-mêne ne nous le révèle? C'est donc à Dieu qu’il appartient de nous le dire; car lui seul peut se manifester tel qu’il est. En effet moi, pauvre mortel, moi qui ne puis pas même soupçonner ce qui se passe dans l’âme de mon voisin, éominent pourrais:je arriver À savoir ce qui se passe au sein même de l'infini, dans lintime de cet être mystérieux et caché qui est Dieu ?
Nous sommes amenés à la nécessité de poser le fait d’une révélation divine. Cette révélation est-elle possible ? Est-elle convenable? Est-elle nécessaire? A-t-elle eu lien? Voilà autant de questions capitales auxquelles nous sommes obligés de répondre.
Qu'est-ce que la révélation? Que signifie ce mot Révélation ? La révélation c’est le moyen qui a été employé par Dieu pour nous communiquer ses propres vérités. Ce moyen consiste en ce que je pourrais appeler ‘‘le plus hant degré àe l'inspiration”.
L’inspiration, dans le sens large du mot, peut être définie ‘un instinct surnaturel”. (1) 11 diffère de l’instinet naturel, en ce que celui-ci est une inclination spontanée ‘‘provenant d’un principe intrinsèque à l'individu” tandis que l'inspiration reçoit cette inclination ‘‘d’un principe extrinsèque et surnaturel” c’est-à-dire de Dieu lui-même, La révélation est done l'effet d’une des motions de Dien sur l’homme.
Voici dans un tableau synoptique l’exposé de ces motions di.
verses,.
(1) La théologie a déjà et surabondamment établi ces thèses. (C’est précisément ce qui nous dispensera d'en traiter longuement.
7e que
Dieu.
parti- C'est ut se ui ne h voi- 1 sein caché
ne 7'é- CONnt de ndre.
tion ?
nous > que
éfinie en ce princette -dire mo-
8 di-
C’est
{ Agit sur la volonté. Cette motion sur la volonté | ne nous regarde pas
{ Per gratiam ( passio-actio) | quae fit per virtutes ; ce qui | | différentie essentiellement la
grâce du don, c'est que | l'homme y garde sa person
Motion divine nalité et agit par son action prapre ; dans le don au con-
Agit sur lintelli. | traire c’est Dieu qui agit. gence Per Donum (passio) | Nous nous occupons ici uni- | | quement de la motion per À { douum.
Cette motion par les dons s’exerce de trois façons comme uous l’allons voir.
Par quoi se manifeste-t.elle ? } Par l'action de Dien par la passion de l’homme.
À Parte Dei Actio ( Inspiration-inspiration imparfaite-simple
A te hominis à Motion.
ADI" BOUNAN Révélation, Prophétie, simple instinct. Passio (Certitude) (incertitude)
{ Instinct-motion simple toujours douteuse,
Prophétie-inspiration imparfaite dont le prophète ne
voit pas toujours l4 portée.
Révélation | Révélation-Motion parfaite dont le sujet a toujours conscience, et dont il a la plus grande certitude vgr: fn principio erat verbum Subjective ete. Evang. de St. Jean,
Inspiration, c’est l'intermédiaire entre {a prophétie et | da révélation, d’une part, et la simple assistance, de l’autre, c’est la motion par laquelle Dieu influe sur écrivain biblique
Simple assistance, action négative qui empêche que
x hic et nunc l'Eglise ou le pape ou un | écrivain sacré se puisse tromper, c’est en U cela que consiste l’infaillibilité.
La Révélation d’après les théologiens se divise ( Révélation subjective
en < et { Révélation objective,
La Révélation subjectivive concerne les vérités ‘ acquises ‘mais non transmises aux atutres, 7
Dans la Révélation objective, au Coatraire, ce sont ces mé. mes vérités, considérées nOn plus en tant qu'acquises ; mais en tant que ‘transmises AUX autres par l’auteur inspiré *”
C’est uniquement de cette dernière, c’est à-dire de Ja révéla. t'on objective qu’il s’agit actuellement.