‹ Philosophie fendamentaleChapitre 110 sur 184 · CHAP. ÏXXU. — CRITERIUM DU SENS COMMUN · texte numérisé non relu

CHAP. ÏXXU. — CRITERIUM DU SENS COMMUN

telle manière, » sonl des locutions bien différentes.

317. Le mot se7is commun exprime une loi de notre intelligence, loi qui, malgré ses modifications apparentes, demeure toujours une, toujours la même ; c'est l'inclination naturelle de notre esprit à donner son assentiment à certaines vérités , en dehors du témoignage de la conscience et des démonstrations de la raison, parce que ces vérités sont nécessaires à la vie sensitive, intellectuelle ou morale.

Le nom n'importe point si l'on est d'accord sur le fait. Qu'il soit plus ou moins propre à signifier la chose, c'est une question de grammaire, non de philosophie. Examiner si l'inclination dont nous parlons existe réellement , sous quelles formes se présente cette inclination, à quels cas elle s'applique, jusqu'à quel point elle peut être considérée comme critérium de vérité, voilà ce qui nous importe.

Au milieu de l'inextricable complication des actes et des facultés de notre esprit, de la multiplicité, de la diversité des objets qui le préoccupent, il est évident que cette inclination ne se peut produire toujours avec le môme caractère, qu'elle doit subir des modifications qui la font considérer comme un fait distinct, bien qu'elle ne soit en réalité que le même phénomène traiisformé de diverses manières. Le moyen d'éviter la confusion, c'est de préciser les circonstances.

318. En premier lieu, cette inclination se manifeste à propos des vérités d'évidence immédiate ; l'entendement ne prouve ni ne peut prouver ces vérités, bien qu'il soit forcé de leur donner son assentiment

262 tlYRB I. — DB LA CERTITUDE.

OU de s'éteindre comme une flamme que rien n'alimente. Il est indispensable à la vie intellectuelle que l'esprit possède une ou plusieurs vérités premières, point de départ, base nécessaire de l'intelligence. Or ce sont là les conditions comprises dans la définition du sens commun : impossibilité de fournir des preuves ; nécessité de l'intelligence, à laquelle il faut satisfaire par le consentement, inclination irrésistible et universelle à ce consentement.

Que si l'on refuse à cette inclination le nom de sens commun, je ne disputerai point sur les termes; je constate le fait; philosophiquement parlant, qu'ai-je besoin d'autre chose? L'inclination au consentement à propos de l'évidence immédiate ne se nomme point ordinairement ainsi, je lésais; ce mot^ens s'appliquerait mieux aux choses qui relèvent de la faculté de sentir qu'à celles qui relèvent de l'intelligence ; dans l'évidence immédiate, l'entendement connaît plutôt qu'il ne sent. Quoi qu'il en soit, je le répète, le nom n'importe point ; et, bien qu'il me fût facile de citer de graves auteurs qui donnent au criteriam d'évidence le nom de sens commun, je me borne à constater qu'il existe un instinct, une loi de notre nature, qui nous incline à donner notre assentiment à certaines vérités indépendantes de la conscience et de la raison ; je ne prétends rien au delà.

319. Il en est, par rapport à cette inclination, de l'évidence médiate comme de l'évidence immédiate. Notre intelligence est forcée de donner son assentiment non-seulement aux premiers principes, mais à

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