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renchainement des doctrines exposées dans les chapitres précédents.
Lorsque la philosophie se trouve en présence d'un fait nécessaire, elle a pour devoir de le constater. La certitude est un fait de ce genre : disputer sur Pexistence de la certitude, c'est mettre en question la lumière du soleil sous le feu de ses rayons. Le genre humain sait, de science certaine, beaucoup de choses; les philosophes, y compris le sceptique, partagent la certitude du genre humain ; le scepticisme absolu est une impossibilité.
Cette question de Texistence de la certitude écartée, la philosophie rentre dans le domaine de la raison. Libre à nous de demander comment s'acquiert la certitude et sur quoi elle repose.
La certitude est pour Thomme comme une annexe de la vie ; c'est un résultat spontané du développement des facultés de l'esprit. La certitude est naturelle, indépendante des opinions, et, par conséquent, elle précède toute philosophie. C'est pourquoi, bien qu'elles importent à la connaissance des lois qui régissent notre esprit, les questions sur la certitude ont toujours été, seront toujours stériles en résultats pratiques. Il ne faut pas l'oublier ; cette ligne de démarcation sauvegarde contre les erreurs de l'abstraction, non-seulement l'individu, mais la société tout entière. De la sorte, avant de commencer les recherches, la philosophie et le bon sens contractent alliance et se promettent de marcher d'accord.
L'examen des fondements de la certitude amène
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la question du premier principe des connaissances humaines : ce premier principe existe-t^il? Quel est-il?
Cette question se peut entendre de deux manières: Il s'agit d'une vérité première contenant toutes les autres vérités, comme la semence contient la plante, ou il s'agit seulement d'un point d'appui. A la première interprétation se rapportent les questions sur la science transcendantale ; à la seconde les disputes des écoles sur la prééminence de certaines vérités, sur les droits qu'elles peuvent avoir à la dignité de premier principe.
Si la vérité existe, il existe des moyens de la connaître. De là les questions sur la valeur des critérium.
Dans l'ordre des êtres, la vérité, origine de toutes les vérités, c'est Dieu. Dans l'ordre intellectuel absolu, la vérité, principe de toutes les autres, c'est encore Dieu. Dans Tordre intellectuel humain, il n'existe point de vérité première ; il n'en existe ni de l'ordre réel ni de l'ordre idéal. La philosophie du moi ne peut fonder la science transcendantale. La doctrine de l'identité absolue est une absurdité; de plus, elle n'explique rien.
Suit le problème de la représentation. Il peut y avoir représentation d'identité, de causalité, ou d'idéalité. La troisième diffère de la seconde, mais s'appuie sur elle.
Indépendamment du problème de la représentation, nous avons examiné celui de l'intelli^ilité immédiate; problème difficile, mais sans lequel on
n'aurait point la connaissance complète du monde des intelligences.
On ne dispute sur la valeur des différents principes et sur leurs droits au titre de principes fondamentaux, que par une confusion d^idées. Pourquoi comparer des choses profondément distinctes? Le principe de Descartes est renonciation d'un simple fait de conscience; le principe de contradiction est une vérité objective, condition indispensable de toute connaissance. Celui qu'on nomme principe des cartésiens est l'expression d'une loi de notre entendement. Tous trois sont nécessaires, chacun dans son espèce, et en son lieu. Nul d'entre eux n'est entièrement indépendant. En détruire un, c'est bouleverser l'intelligence.
Nos divers critérium se peuvent réduire à trois : la conscience ou sens intime, l'évidence, l'instinct intellectuel ou sens commun. La conscience embrasse tous les faits présents à notre âme d'une manière immédiate, comme purement subjectifs. L'évidence s'étend à toutes les vérités objectives sur lesquelles notre raison s'exerce. L'instinct intellectuel est l'inclination naturelle à l'assentiment, dans un ordre de faits placés en dehors du sens intime et de l'évidence.
L'instinct intellectuel nous oblige à donner aux idées une valeur objective; dans ce cas, il se môle aux vérités d'évidence ; on le confond habituellement avec l'évidence.
Lorsque l'instinct intellectuel s'exerce sur des ob-
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jets non évidents, et qa'il nous incline à croire, on le nomme sens commun.
La conscience et Tinstinct intellectnel forment les autres criterinm.
Le critérium de Téridence implique deux choses: l'apparence des idées, c'est un fait de conscience ; et la valeur objective, réelle ou possible des idées, qui relève de l'instinct intellectuel.
Le témoignage des sens embrasse pareillement ' deux parties : la sensation, comme purement subjective ; elle appartient à la conscience ; la croyance à l'objectivité de la sensation ; cette croyance relève de l'instinct intellectuel.
L'autorité du témoignage humain relève des sens, qui nous mettent en rapport avec nos semblables, et de l'instinct intellectuel, qui nous incline à y croire.
On ne peut prouver toutes choses ; cependant, tout critérium doit supporter l'examen de la raison. Le critérium de la conscience est un fait primitif de notre nature; nous trouvons dans celui de Tévidence la condition indispensable de la raison même -, Tinstinct intellectuel, qui nous porte à objectiver les idées, nous révèle pareillement une imprescriptible loi de notre esprit. Le critérium de sens commun, propre* ment dit, est l'assentiment instinctif de la raison h des vérités que l'examen reconnaît comme batitement raisonnables. Nous constatons, dans celtii d/5S sens et de l'autorité humaine, la mAme dum*. que dans le sens commun ; ce critérium satisfait m% f$6^ cessilés de la rie «rnsîtire, inU'MfxUutlk el mofiàUf,
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Les divers criteriam ne s'excluent pas, ils se fortifient l'un l'autre. Ni la nature ne lutte contre la raison, ni la raison contre la nature; nécessaires toutes deux, elles nous dirigent avec certitude, bien que ni Tune ni Tautre ne soient exemptes d'erreur, parce qu'elles relèvent d'un être faible et borné.
340. Une philosophie qui ne considère l'homme que sous un seul aspect est une philosophie incomplète, qui sera bientôt une fausse philosophie; devenir exclusif, c'est se placer sur le bord de l'erreur. Cette observation est surtout vraie à propos de la certitude.
Il est bon de soumettre à l'analyse les sources de la vérité ; mais prenons garde que les détails ne nous cachent l'ensemble. Concevoir d'avance un système et tout ployer à ses exigences, c'est mettre la vérité sur le lit de Procruste. Rien de plus beau que l'unité ; mais ne soyons point plus exigeants que la nature ; n'oublions pas qu'il s'agit pour nous de chercher la vérité à l'aide de moyens humains, et proportionnément à nos lumières. Les facultés de notre esprit sont soumises à certaines lois ; nul ne peut s'en affranchir.
Développer simultanément nos facultés, non-seulement pour acquérir la certitude du vrai, mais pour trouver le vrai ; loi constante, impérieuse de notre nature. L'homme est un et multiple à la fois ; un dans son esprit, divers dans ses facultés ; et telle est la complication du corps auquel son esprit est uni, qu'on a pu nommer ce corps un microcosme. Les facultés de
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l'homme sont dans un rapport intime et réciproque ; l'influence qu'elles exercent les unes sur les autres est incessante ; les isoler, c'est les mutiler et quelquefois les anéantir. Cette observation est de la plus haute importance ; elle signale le vice fondamental de toute philosophie exclusive.
Les sensations sont les matériaux que l'entendement est appelé à mettre en œuvre, elles stimulent Fintelligence. En unissant l'âme au corps, le Créateur a voulu que les services fussent réciproques. De là cette correspondance merveilleuse entre les impressions du corps et les affections de l'esprit. Que l'organisme ait une action véritable sur l'âme, ou qu'il ne soit qu'une occasion pour une causalité supérieure, l'âme a besoin du corps comme d'un moyen, comme d'un instrument. «L'homme est une intelligence servie par des organes.»
S'il était vrai que l'homme, dépouillé de sensations, conservât la faculté de penser, il penserait à la manière d'un pur esprit. Plus de rapports avec le monde extérieur. D cesserait d'être homme selon le sens véritable du mot. Dans cette hypothèse, le corps devient un hors-d'œuvre.
Admettons les sensations sans la raison, l'homme descend au niveau de la béte. Il sent, il ne pense pas. Les impressions qu'il éprouve, il ne les comprend ni ne les combine, car il ne peut réfléchir. Elles se succèdent fatalement en lui comme des phénomènes isolés qui ne conduisent à rien, ne prouvent rien, ne sont rien; affections particulières, obscures, sans liaisons
d*aucane espèce, dont il n*a pas le secret, dont il ne | saurait se rendre compte à lui-même. Impossible, alors, de comprendre les rapports de l'homme avec le' monde extérieur. Les animaux objectivent leurs sensations, du moins s*il faut en croire les apparences et l'analogie ; mais leur manière d'objectiver diffère essentiellement de la nôtre. Prenons le sommeil pour exemple. Si les animaux rêvent, et Ton ne saurait en douter, croyez-vous qu'ils distinguent, comme nous, le songe de la réalité? Cette distinction suppose une certaine réflexion sur les actes qui s'accomplissent durant la veille et durant le rêve, une certaine comparaison entre l'ordre et la constance des uns, et le désordre, l'inconstance des autres ; réflexion qui commence dès Tenfance chez Tbonmie, et qui se continue, même à son insu, durant toute la vie. Quand les images du sommeil ont été très-vives, nous restons quelquefois incertains, au réveil, s'il y a rêve ou réalité. Or, ce doute passager suppose une réflexion comparative entre les deux états. Que faisons-nous pour la résoudre? Nous nous demandons où nous sommes. Lelieu, le silence delà nuit, les ténèbres, etc., nous avertissent que la vision passée n'a point de rapport avec notre état présent, et que, partant, c'est un rêve. Otez la réflexion, le réveil continue le songe, les deux ordres de sensations demeurent con- « fondus.
L'infaillible instinct accordé aux animaux et refusé à l'honmie ne prouve-t-il point que la raison nous a été donnée pour apprécier les sensations?
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Donc, il n'est pas de critérium entièrement isolé ; ils s'appuient, se complètent les uns les autres, et, chose remarquable, les vérités admises par l'humanité tout entière sont appuyées par tous les critérium à la fois.
Les sensations nous portent, d'instinct, à recon naître l'existence du monde extérieur; soumettez cette croyance à l'examen de la raison, celle-ci vient en aide aux sens en invoquant les idées générales de cause et d'effet. L'entendement connaît certains principes et les admet comme des vérités nécessaires. Soumettez ces principes à l'expérience des sens, ceux-ci les confirment dans la mesure de leur perfection propre, ou dans la mesure de perfection des instruments qu'ils emploient. « Tous les rayons d'un même cercle sont égaux. » Vérité nécessaire ; les sens ne voient point de cercle parfait, mais ils voient que les rayons se rapprochent d'autant plus de l'égalité que l'instrument avec lequel on construit le cercle est plus parfait. « Tout changement a une c.iuse. » Les sens ne peuvent confirmer la proposition dans son universalité, car, par nature, ils sont limités à un certain nombre d'expériences ; toutefois, si Ton invoque leur témoignage, ils trouvent l'ordre de dépendance dans la succession des phénomènes.
Nos sens se viennent réciproquement en aide ; ils exercent l'un sur l'autre un mutuel contrôle, lorsqu'il y a doute sur la correspondance entre la sensation et son objet. Nous croyons entendre le bruit du vent ; pour confirmer le témoignage de l'ouïe, nous
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en appelons à la vue; nous consultons le mouvement des arbres. Un objet nous apparaît confusément; nous nous approcbons et nous touchons.
Nos facultés intellectuelles et morales se prêtent pareillement conmie une sorte de concours fraternel. Les idées rectifient les sentiments, les sentiments rectifient les idées. Parmi celles-ci, quelques-unes servent aux autres de pierre de touche et déterminent leur valeur. Il en est de même des sentiments. La pitié qu'inspire le patient incline à l'indulgence ; rindignation que le sort de la victime inspire contre le criminel incline à punir. Ces deux mouvements de l'âme ont leur bon côté ; mais l'un pourrait engendrer l'impunité, Tautre endurcir le cœur et le rendre cruel. Le sentiment de la justice est appelé à servir de modérateur. Mais ne devons-nous pas craindre que cette justice ne porte des jugements trop absoles? La justice est une; les circonstances sont multiples et les peuples différents. La justice ne voit que les degrés de culpabilité ; elle prononce d'une manière absolue; conçue de la sorte, elle devient injuste; mais ici surviennent des idées d'un autre ordre, par exemple l'amendement du coupable combiné avec la réparation faite à la victime; ajoutez-y les idées de convenance publique, qui ne répugnent point à la saine morale; ces idées peuvent modifier et modifient en effet l'application.
Point de vérité complète ou de bien parfait sans harmonie ; l'harmonie est une loi de notre nature. Nous ne pouvons embrasser d'un regard la vérité