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CHAP. 11. — LA MATIÈRE EST INSENSIBLE. 'J

mais ses actes me le montrent comme une force supérieure à la matière, comme une de ces mille activités qui vivifient le monde. Cette activité vivifiante se découvre à moi dans une portion de matière admirablement organisée; organisation qui n'a d'autre fin que l'exercice harmonique des facultés de l'être vivant que nous nommons animal. L'ignorance où je suis sur la nature de cette force ne saurait m'empêcher d'affirmer son existence , puisque les phénomènes me la révèlent d'une manière incontestable.

17. Quelle sera cependant la destinée de ces âmes ou de ces forces, quand l'organisme qu'elles vivifient sera détruit? Ne pouvant se décomposer, puisqu'elles n'ont point de parties, rentreront-elles dans le néant? La vie leur sera-t-elle conservée en attendant qu'elles président à une organisation nouvelle?

Question multiple : nous allons examiner séparément chacune des parties qu'elle renferme.

Si l'âme des animaux n'est point composée, elle ne peut périr par désorganisation; désorganisation suppose organisme. Ainsi Tàme des animaux ne se peut corrompre, puisque l'incorruptibilité est le propre de tous les êtres qui ne sont point composés de matière. On ne saurait élever sur ce point la moindre difficulté; mais la question n'est résolue que dans sa partie négative; nous savons seulement que l'âme des bêtes ne se corrompt ni ne meurt par décomposition; reste à savoir ce qu'elle devient. Pro-

loDge-t-elle indéfiniment son existence? et de quelle manière?

Sur toutes ces choses la raison ne nous fournit que des conjectures; nous supposons ce qui peut être; nous ne pouvons affirmer ce qui est. La philosophie nous fait entrevoir le possible , elle ne nous montre point la réalité. Seule, Texpérience pourrait résoudre le problème ; elle nous fait défaut. Demandez-vous une affirmation ; le vrai philosophe devra répondre : Je ne sais. Vous contenterez-vous d'un peut-être; ces questions rentrent dans le domaine du raisonnement et de Tanalogie.

18« Rien ne s'anéantit, dit-on communément.

Être anéanti signifie cesser d'exister sans qu'il reste rien de l'être. Un corps qui se désorganise cesse d'être comme corps organisé; mais la matière survit. Il n'y a donc pas anéantissement. Rien ne s'anéantit; on l'affirme, peut-on l'affirmer? Selon quelques philosophes, il faudrait distinguer entre les substances et les accidents ; ces derniers étant une espèce d'êtres incomplets peuvent s'évanouir sans laisser de traces, mais ce n'est point, à proprement parler, un anéantissement. Nous voyons que certaines choses se transforment d'une manière continue, c'est-à-dire qu'elles sont soumises à une succession d'accidents qui cessent d'exister lorsque le cercle des modifications respectives se trouve accompli. Quant aux substances, il y aurait anéantissement si elles cessaient d'être; mais nulle sul)stance ne cesse d'être. J'ignore ce qu'il y a de vrai dans ce système , car je ne vois

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point sur quel fondement solide il s'appuie. Si l'on admet une substance destinée à quelque objet particulier, l'objet cessant, pourquoi lui survivrait-elle? L'être créé a toujours besoin de Taction conservatrice de Tôtre créateur ; c'est pourquoi l'on dit que la conservation est une création continue. Lorsque l'objet pour lequel une substance a été créée vient à cesser, pourquoi cette substance ne serait-elle pas anéantie? Je n'y vois rien qui répugne, soit à la sagesse, soit à la bonté de Dieu. L'ouvrier détruit ou laisse là l'instrument qui ne peut plus lui servir; Dieu suspend l'action conservatrice, la créature retombe dans le néant. S'il n'est point contraire à la sagesse et à la bonté de Dieu qu'un être organisé se décompose ou cesse d'exister comme organisme , pourquoi lui répugnerait-il qu'une substance , après avoir rempli sa destinée, cessât d'être? Donc^ on peut admettre, en bonne philosophie, que l'âme des animaux meurt avec le corp^ ou plutôt s'anéantit.

19. Mais supposons qu'il n'eu soit point ainsi; rien ne nous empêche d'admettre leur persistance.

Quelle serait leur destinée^ Je l'ignore. Absorbées de nouveau dans l'immense océan de la vie, le Créateur leur assignerait leur emploi. Quelle multitude innombrable d'êtres dont nous ignorons la destination, sans pour cela nier leur existence ou leur util i lé I Pourquoi la force qui vivifiait l'animal ne survivraitelle point à l'organisme, pour servir à d'autres usages? Lorsqu'une plante se détruit, les principes de vi(î ({ui fermentaient en elle sont-ils donc entièrementétcijilu?

Et ces principes, bien qu'ils n'exercent plus leur action sur l'être organisé qui se décompose, cessentils d'être utiles dans le mystérieux laboratoire de la nature? Les forces vitales ne sauraient donc s'utiliser qu'en des objets soumis à notre observation? Qui nous l'a dit? Avons-nous pénétré les secrets de la création, savons-nous le dernier mot des lois établies par la sagesse inlSnie?

La profusion magnifique avec laquelle les matières séminales sont répandues dans la nature, le nombre infini de germes de vie que la science découvre de toutes parts ^ l'immense quantité de matières que l'être vivant s'assimile et transforme, les mystères de la génération dans l'ordre animal et végétal, tout ne nous révèle-t-il point que dans ce merveilleux univers il existe une multitude innombrable de forces dont l'activité s'exerce sous toutes les formes et dans les plus étonnantes proportions?

Un même principe vital ne peut-il présenter des phénomènes distincts selon les conditions auxquelles il se trouve soumis? La vie du gland n'est-elle. pas celle qui , dans le chêne , a bravé durant des siècles la fureur des orages? Si l'expérience ne l'attestait, qui pourrait croire que le même principe qui vivifie le ver informe et repoussant anime le papillon aux ailes d'or? Concluons qu'il n'est contraire ni à la raison ni à l'expérience de supposer que l'âme des animaux, que ce principe de vie, quel qu'il soit, qui réside dans l'organisme , survit à la destruction du corps. Absorbé de nouveau dans le trésor de la na-

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ture, il s'y conserve, non comme un être inutile, mais en exerçant son activité selon les conditions multiples du temps et de Tétre*.

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