‹ Philosophie fendamentaleChapitre 124 sur 184 · LE SOMMEIL ET LA VEILLE · texte numérisé non relu

LE SOMMEIL ET LA VEILLE

20. Le fait de la sensation n'est pas isolé, il se lie à d'autres faits. Nos connaissances sont, en grande partie, le résultat de cette liaison. On a dit hardiment : Il est impossible de démontrer, par la sensation, l'existence des corps; ce phénomène purement subjectif ne nous autorise point à conclure l'existence d'un objet placé hors de nous. Nos sensations peuvent être considérées comme un ensemble de faits individuels enfermés dans le sanctuaire de notre âme. La difficulté parait insoluble ; toutefois, à bien regarder au fond des choses, il est facile de s'apercevoir qu'on lui donne une importance qu'elle ne mérite point.

2i. La première objection contre le témoignage des sens se tire ordinairement de la difficulté que l 'on éprouve à distinguer avec certitude la veille du sommeil. Nous éprouvons durant le rêve les mêmes sensations que durant la veille. Gomment nous assurer que l'illusion n'est pas continuelle? « Qui dé-

< Voyez la note 1, à la G n du volume.

montrerait que la vie entière n'est pas un songe, une illusion indéfinissable, ferait plus que n'ont pu faire jusqu'à nos jours tous les philosophes ensemble. » (Lamennais, Essai sur V indifférence.) ^ent^Mtm voir là qu'une exagération. Examinons, avant 'toutes choses, si le rêve et la veille diffèrent, non-seulement aux yeux du sens commun, mais à ceux de la raison. L'abbé de Lamennais prétend que seul le consentement commun peut porter un jugement définitif et satisfaisant. Je suis convaincu qu'un raisonnement sévère peut atteindre le résultat où nous conduisent, de concert, le sens intime, le sens commun et le consentement général ; en d'autres termes, notre propre témoignage et celui de nos semblables.

22. L'homme trouve en lui-même la certitude d'une différence entre le rêve et l'état de veille. Pour savoir que nous sommes éveillés , nous n'avons nul besoin du témoignage d'autrui.

Nous ne chercherons point les différences de ces deux états dans la clarté, dans la vivacité des sensations ou dans la certitude actuelle qu'elles engendrent. Souvent, durant le rêve, les images perçues sont aussi distinctes qu'elles pourraient l'être durant la veille, et dans ce moment, du moins, la certitude est complète. Qui ne se souvient des joies vives ou des terribles angoisses d'un rêve? Quelquefois, cependant, il nous arrive, au réveil, d'avoir comme la réminiscence d'un doute qui, pour ainsi dire, côtoyait notre songe. Dans le rêve môme, nous pressentions le rêve ; mais ce phénomène est rare. Ce crépuscale

Page 1