‹ Philosophie fendamentaleChapitre 87 sur 184 · CHAP. XXV. — YALBUR OBJECTIVE DES IDÉES · texte numérisé non relu

CHAP. XXV. — YALBUR OBJECTIVE DES IDÉES

même ; ce qu'il connaît, il ne le connaît qu'au moyen de ses propres idées.

Si ces idées le trompent, toute preuve exigeant l'emploi de certaines conceptions, lesquelles à leur tour exigeraient de nouvelles preuves, des vérifications nouvelles, nul moyen de les rectifier.

249. Il est reçu, dans une certaine école de philosophes, d'exagérer la difficulté de percevoir avec certitude les réalités sensibles ; ceux-ci se déclarent invinciblement arrêtés devant cette question : ce Les choses que je sens sont-elles comme je les sens?» Rien n'égale leur défiance à l'égard des sensations, que leur sécurité par rapport aux idées. Cette méthode est-elle bien logique ? On peut étudier, à l'aide de la raison, les phénomènes qui relèvent des sens et soumettre ces phénomènes à son examen ; mais la pierre de touche des phénomènes de la raison, où est-elle? S'il existe des difficultés relativement à Tordre sensible, il en existe aussi dans Tordre intellectuel; difficultés d'autant plus graves qu'elles compromettent la base même de toute connaissance, qu elles compromettent toutes nos connaissances, y compris celles qui relèvent des sensations.

Si le témoignage des sens sur l'existence du monde extérieur nous inspire des doutes, nous pouvons invoquer l'accord des sensations avec certaines causes placées en dehors de nous, et tirer de cet accord une démonstration des rapports de l'apparence avec la réalité. Mais nous avons besoin, pour cela, des idées de cause et d'effet j nous avoas besoin de quelques

principes généraux dont la vérité soit incontestée, comme, par exemple : a Rien ne se produit soimême ; » sans cela nous ne pouvons faire un pas.

250. Il est impossible à l'homme de nier ce qui est évident ; et toutefois, je ne crois point qu'il puisse donner une preuve logique de la vérité du critérium de l'évidence. Donc, l'accord de l'évidence avec la réalité, et, partant, la transition de l'idée à l'objet est un fait primitif de notre nature, une loi nécessaire de notre entendement, le fondement de toutes nos connaissances. Ce fondement repose sur Dieu môme, qui a créé Tesprit de l'homme ; c'est en Dieu qu'il le faut chercher.

251. Dire : je ne puis douter de ce qui est subjectif, de ce que j'éprouve, mais je n'ai pas le droit de sortir du moi^ d'affirmer que ce que je pense soit en réalité comme je le pense, n'est-ce pas une contradiction? Vous savez que vous pensez, que vous sentez, qu'il vous semble ielle ou telle chose? Le pouvez-vous prouver? Non. Vous cédez au fait ; vous cédez à la nécessité qui vous force à croire que vous pensez, que vous sentez, qu'il yows semble ; or, dans le rapport de l'objet avec Tidée, n^ a-t-il point pareillement nécessité? C'est la nécessité qui vous force à croire que l'objet qui vous paraît de telle ou telle manière est en réalité de cette manière. Dans les deux cas, nécessité absolue. Est-il sage, est-il philosophique d'établir une différence si grande entre des choses qui n'en ont aucune?

Fichte a dit : « On"ne saurait expliquer comment

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on penseur a po sortir du moi. y {Doct. de la sdenee^ i'^part., § 3). On explique pins difficilement encore que ce philosophe ait éleyé son système snr le moi. Fichte invoque un {ait de conscience, c'est-à-dire une nécessité ; mais Tassentiment à FéTidence, la certitude où nous sommes que la réalité correspond aux apparences, n'est-ce point une nécessité? Fichte appuie sa théorie du moi et du non-moi sur des considérations qui supposent une yaleur à certaines idées, et la Térité de certains jugements. S'il n'en était ainsi, la parole, la pensée même deviendraient impossibles; il le reconnaît lui-même ; nous Tavons vu dans un passage cité plus haut (p. 8). « Impossible de faire un pas si Ton ne se confie aux lois de la logique universelle, lois non démontrées^ mais qui rien sont pas moins admises. » Eh ! que sont ces lois s'il n'existe point de vérités objectives ? Quelle valeur ont les idées si elles ne correspondent aux objets? C'est un cercle vicieux, dit le philosophe allemand. Il ne le franchit point; ses devanciers n'avaient pu le franchir.

252. Enlever aux idées leur valeur objective, les réduire à l'état de phénomènes purement subjectifs, résister à cette voix impérieuse qui nous force à reconnaître la correspondance entre le moi et l'objet qu'il atteint, c'est ruiner la conscience même. On aurait dû s'en apercevoir, et j'espère le prouver.

253. J'ai conscience de moi-même. Je puis faire abstraction de ce que je sens, de ce que je suis ; je sais que je sens, que je suis. Cette expérience est pour moi si claire, si vive, si invincible, que je ne

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puis douter de son témoignage. Mais ce moi dont j'ai conscience, n'est pas seulement le moi de l'instant présent, c^est le moi d'hier, et de tout le temps passé dont j'ai souvenir. Je suis celui que j'étais ; le même être dans lequel s'opère cette succession de phénomènes ; le môme être auquel s'offre cette diversité d'apparences. La conscience du moi implique donc l'identité de l'être, en des temps divers, en des situations, avec des idées, des affections différentes ; l'identité d'un être qui dure, qui reste le même, nonobstant les changements qui succèdent en lui. Si je ne suis point assuré d'être maintenant celui que j'étais tout à l'heure, si l'identité cesse, la conscience du moi périt Reste une série de faits sans liaison, une suite de consciences isolées, mais non cette conscience profonde, invincible que je porte en moi maintenant. Nul doute, nulle discussion possible. C'est, pour ainsi dire, le fond même de notre nature. Si la conscience de notre identité venait à défaillir, nous cesserions d'être quelque chose à nos propres yeux. Notre âme perdrait jusqu'au sentiment de sa personnalité. Cette conscience, formée d'une succession de consciences, ssius liaison, sans rapports, que serait-elle ? Un être se révélant successivement à luimême, non comme le même être, mais comme un être nouveau ; un ôtrp naissant et mourant, et renaissant pour mourir encore, sans savoir que celui qui naît est celui qui vient de mourir ; une lumière s'allumant, s'éteignant, se rallumant pour s'éteindre de nouveau, sans savoir qu'elle est la même lumière.

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254. Nier le rapport de Tidée arec Tobjet, c'est rainer la conscience du moL Démonstration : Au moment donné B, il n'est pour moi d'acte snbjectiTement présent que celai qne je prodais. Ainsi, je ne pais avoir de certitude de mes actes antérieurs qu en tant qu'ils sont représentés dans l'idée actuelle ; il j a donc un rapport entre cette idée et un objet. Donc en nous tenant simplement aux phénomènes de conscience, à la simple conscience du moi, noos nous Toyons invinciblement forcés d'attribuer aux idées mie valeur objective, aux jugements une vérité objective.

255. Nier la vérité objective, c'est déclarer que tout souvenir est impossible, même celui des phénomènes intérieurs, et par conséquent c'est nier tout raisonnement, tQut jugement, toute pensée.

Le souvenir suppose des actes accomplis. On se souvient ; il ne sont déjà plus ; s'ils étaient, il n'y aurait point souvenir, mais sentiment intérieur de leur présence. Nous pouvons produire, en nous souvenant, des actes semblables aux actes passés ; ces actes nouveaux ne seront pas les mêmes actes; l'idée de souvenir implique l'idée du passé. Donc, nous ne connaissons ces actes passés que par leur liaison avec Tacte présent, par leur correspondance avec l'idée qui nous les rend sensibles.

256. J'ai dit que tout raisonnement devenait impossible, si dans les phénomènes intérieurs on ne reconnaissait une vérité objective. En effet, raisonner suppose une succession d'actes de l'intelligence ; il

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faut donc qu'il existe comme une chaîne non interrompue de souvenirs courts et rapides; point de raisonnement si la chaîne se peut rompre ; or, cette chaîne est formée de souvenirs; sans vérité objective, nul souvenir n'est certain ; donc, sans vérité objective, tout raisonnement est impossible.

2S7. H en est de même des jugements; on peut diviser les jugements en deux classes : ceux qui exigent une démonstration, ceux qui n'en exigent point. Les premiers seraient impossibles, toute démonstration supposant un raisonnement, tout raisonnement une vérité objective. Parmi les seconds, qui n'ont pas besoin d'être démontrés parce qu'ils brillent d'une évidence immédiate, ceux-là seraient également impossibles qui ne se rapporteraient point à l'acte intellectuel immédiatement produit. Le jugement ne s'exercerait donc que sur l'acte présent, c'est-à-dire qu'il y aurait conscience du moment actuel, mais sans relation avec le passé. Partant, point de jugement. Chose remarquable! il en serait de même par rapport aux actes de conscience. Nous ne pouvons juger de cette espèce de phénomènes qu'en vertu d'un acte réflexe. Réflexion implique succession; or, ce qui est successif ne nous peut être connu d'une manière certaine, s'il n'y a point de vérité objective.

Ajoutons que la possibilité des jugements d'évidence immédiate n'est, elle-même, rien moins que prouvée ; ces jugements, comme nous l'avons expliqué dans le chapitre précédent, supposent un rapport entre les idées partielles qui composaient l'idée totale ;

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