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318 LIVRE II. — l>iiS SENbAiiO\S.

me «ont transmises ou semblent m'étre transmises*

Le tableau est là, je le vois..., je cesse de le Toir.*.. Pourquai? Par suite d'un mouvement dont le résultat est une sensation nouyelle qui détruit la première ; j'ai placé ma main entre mes jeux et le tableau. Comment se fàit-il que je ne puisse» durant la seconde sensation, reproduire la première, et que Tune Gbasse l'autre ? S'il existe des objets externes, si les sensations que j'éprouve sont produites par ces objets, tout s'explique; les sensations relèvent des conditions que ces objets leur imposent ; que si mes sensations ne sont autre chose que des phénomènes intérieurs, il m'est impossible de comprendre ce qui se passe dans l'exemple que je viens de poser.

26« Les phénomènes purement inteines, c'est-àdire ceux que nous croyons tels, sont, par ri^iport à leur existence ou même à leurs modilications, dans une grande dépendance de la volonté. Je reproduis, par la pensée aussi souvent que je le veux, Fimage de la place Vendôme et de sa colonne triomphale. Il en est de même de tous les olyets de mes souvenirs. A mou gré je les évoque ou ies fais disparaître. Que si certaines images me poursuivent malgré umh, quelques efforts suffisent pour m'en défaire.

Ua hoaune meurt sous nos yeux; son visage pàle et baigné de sueur. Ses yeux incertainset sans regards, ses mains couvulsives, ses traits douloureusement contractés, sa resiuration pénible^ entrecoupée de gémissements plaintifs, se sont fortement gravés dans notre imaginalioïk. Durant plusiems jours» celle

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CflAP. IV. — I*BS SENSATIONS ET LE MOiNDE EXIEKNÊ. 319

tmie image de la mort reTient, malgré novs, s'offrir

à liolie pensée. Toutefois, il est cei laiii que si, pour nous ea distraire, uous nous absorbons dans nu calcul compliqué, dans un problème difficile, nous le forcerons à disparaitre»

Ainsi, même dans les cas exceptionnels, tant que notre raison reste maîtresse d'elle-même, l'influence de la volonté sur les phénomènes purement internes est pour ainsi dire absolue.

On n'eu peut dire autant des sensations qui sont^ a¥ec le monde extérieur, dans un rapport immédiat. En présence du^Bourunt» je ne puis m'empècher de le voir ou de Tentendre; ce que j'éprouve alors serait'll un phénomène purement interne ? Ce phénumène est au moins très di£férent du premier : l'un relève de ma volonté, l'autre en est indépendant.

Le rsqpport que les {^énomènes purement internes <mt entre eux diffère essentiellement des rapports qui peuvent exister entre les phénomènes extérieurs. Ia volonté presque souveraine sur les uns n'influe en rien sur les autres. Bien plus, les premiers sont produits par un acte simple de la volonté^ ou se produisent d'eax**niéme8, isolément, sans aucune liaison avec des phénomènes antérieurs. Je suis à Madrid, et tout à coup me voilà sur les bords de la Tamise ou de la Seine. Je n'ai pas eu besoin de passer par les phâmmènes qui représentent ce que nous appelons Espagne et France. le puis me représenter la Tamise après mille sensations sans liaison entre elles, ou avec le fleuve qui porte ce nonu Mais dans l'autre

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320 LIYRt il. — DES SEi\SAHOi\j».

hypothèse, si je veux produire en moi le phénomènè

que je nomme voiry il me faudra successivement éprouver tous les phéuomènes qu'un voyage entraîne, et non pas selon ma fantaisie, mais de mauière à ressentir dans toute leur vérité, dans toute leur réalité, les plaisirs et les ennuis d^un voyage ; par exemple, former une résolution vraie de partir et d'arriver à l'heure marquée, sous peine de trouver à la place de la sensation, voir la voiture qui doit m emporter^ une sensation dififérente, c'est* à^lire trouver la voiture partie; enfin subissant toutes les sensations désagréables qui suivent de semblables mésanventures.

Mais de cette même suite de phénomènes internes, c'est-à-dire de ces aventures de voyages, si je veux seulement évoquer la représentation , je dispose toutes choses à mon gré. Je m'arrête, ou j'accélère ma course; d'un bond, je franchis des distances immenses. Je suis dans un monde où je commande en maître; je veux, et la voiture m'attend, le postillon est en selle, le cocher sur son siège ; je vole emporté sur les ailes du vent; les riches paysages, les landes stériles, les plaines où le ciel seul arrête le regard, se déroulent et passent avec une rapidité merveilleuse. Mais j'ai quitté la terre; les tlots agités bouillonnent ; j'entends la grande voix de l'Océan, et le choc sourd des vagues contre les flancs du navire. Le pilote commande la manœuvre , les matelots grimpent dans les cordages, et se balancent sur les vergues comme des oiseaux de mer ; je me pi omène sur le

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ŒÀP. IV. — LES SliiNijATlONS ET LE MONDE EXTEBNB. âîl

pont ; je m'entretiens avec les passagers. Oh I Ja belie traversée l

27» Bien qu'il 7 ait entre les sensations purement

internes, surtout lorsqu'elles procèdent des sensations externes, une certaine dépendance, cette dépendance n'est point telle que nous ne puissions les modifier. Dans le temps que nous pensons à l'obélisque de la place de la Concorde, il est possible que les fontaines jaillissantes qui s'élèvent à côté avec leurs statues de bronze, les Tuileries, le temple de la Madeleine, les Champs-Elysées se présentent à nous ; mais il dépend de nous de changer la scène^ de transporter par exemple le monolithe dans le Carrousel, d'imaginer l'effet qu'y produirait ce monument, enfin de le rétablir sur sa base de granit et de

roublier.

Mais s'il s'agit de la vision, c'est-à-dire du phénomène externe, rien de tout cela ne nous est permis ; chaque chose demeure ou semble demeurer h sa place ; les sensations sont liées entre elles comme par des anneaux de fer. L'une succède à l'autre, il est impossible de franchir les intermédiaires.

Ainsi l'observation constate l'existence de deux ordres de phénomènes entièrement distincts. Dans le premier tout ou presque tout relève de notre volonté ; rien n'en relève dans le second. Les phénomènes de la première espèce sont liés entre eux; mais les rapport qui les lient se peuvent modifier et se modifient en grande partie selon notre caprice. Nous voyons les seconds dépendre les uns des autres , et ne se

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3iî tlVWB U. DES SENSATIONS.

produire que «m» de» oondîtions àétermméeM. — Je

ne puis voir si je n'ouvre les volets de ma chambre pour donner passage à la lumière. Les phénomènes volets et vision sont nécessairement unis ; r^narquee toutefois qu'ils ne le sont pas toujours; j'ouvre mes volets durant la nuit et je n'y vois point; il fiaul qu'un nouveau phénomène , un phénomène auxiliaire se produise, à savoir t la lumière artificielle; je ne puis, quoi qu^il en soit, cbanger cette loi de dé^ pendance.

S8. Que faut-il conclure delà? Que les phénomènes

indépendants de notre volonté, soumis dans leur existence et dans leurs accidents à des lois que nous ne pouvons changer, ont leur cause hors de nous. Ils ne sont pas nous, puisque nous existons sans eux; ils n'ont point notre volonté pour cause, puisqu'ils se produisent ^ans son aveu , très souvent contre elle. Ils ne relèvent point les uns des autres daus Tordre purement interne, puisqu'il arrive fréquemment que, de deux phénomènes qui se sont mille fois succédé, le second cesse tout à coup de se reproduire malgré la persistance du premier. Ceci me coriduit à l'examen d'une hypothèse idéaliste; cet examen me servura, je l'espère, à prouver avec plus de certitude encore la doctrine que je m efforce d'établir.

aiAPITRE V.

& tes idéalistes sont dans le ?rai, eet en-* dialnement, cette dépendance des phénomèim «Nri^ buée atrx objcls extérieurs, n'existe qu'en nous; parlant la causalité n'appartient qu'à nos actes mêmes. Je neto en Bnomcmenf nu cordon placé sous ma main dans mon cabinet de travail; le bruit d'une sonnette tépond à ce mouTemenf ; le même hàt s'est produft constamment durant plusieurs ann é es , Le phénomène intome formé de l'ensemble êm sensations que nous nommons cordon^ et mou^» vement impriiné à ce cordon^ produit ou entraîne n» Mire phénomène nommé iruH de la smnede.

C'est à l'habitude, ou si l'on veut à je ne sais quelle Mkience occalfe^ ({u'il faut attribuer Te rapport cibn servé entre deux phénomènes dont la succession mn interrompue nous fait transporter à Tordre réef nm Ait purement iiintastique. Voilb rexplicattm moins irrationnelle que puissent donner les idéalistes. Ôuelques observations nous en fèront sentir la futilité.

Aujourd'hui, j'imprime au cordon le mouvement aceoutumé; chose étrange, la sonnette ne répond point. Pourquoi? le phénomène détcrmhiant a lieu» car }*ai conscience de l'acte que nous nommons tirer

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