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CHAPITRE m, — i>ËU\ CERTITUDES

des hommes en ce qui touche à la ccrmude . Les discussions subtiles auxquelles il s'est livré ne laissent pas la moindre trace dans son esprit*' Il s'étonne dé voir que son doute prétendu n'était qu'une pure fiction. Que si, même durant ses méditations les plus empreintes de scepticisme, il en vient à s'interroger, il se trouve aussi certain que Thommé le plus inculte, de ses actes internes, de l'existence de son corps, de TeKistence du monde des corps «t de mille autres vérités qui constituent le capital des connaissances nécessaires dans la pratique de la vie.

Interrogez rendant, comme l'homme mûr, comme le vieillard, sur la certitude qu'ils ont de leur propre existence, de leurs actes internes et externes, sur l'existence de leurs parents, de leurs amis, du lieu OÙ ils résident, vous ne verrez point une ombre d'hésitation. Enfants, yieillards, hommes faits, tous vous répondront de même ; et, si les questions philosophiques qui nous occupent sont étrangères à vos interlocuteurs, leur regard étonné vous dira leur pensée : un homme sérieux s'enquérir de choses si

claires !

i 8. Comme le mode selon lequel se développent les

facultés scnsitives, intellectuelles et morales d'un entant nous est inconnu, nous ne pouvons. démontrer à priori, par l'analyse des opérations de son esfurit, que la certitude se forme sans le secours de la réflexion ; mais cette démonstration nous sera iournie par l'exercice même de ces facultés, lorsqu'elles ont atteint leur développements

C'est lui lait d'obscrvaliuii, que les lacultcs de Vttifàat agUBent habitii^emeiit en im sens di* rect, spontané et non réfléchi: preuve manifette qu'elles se déreloppeat en ce sens , et non par réflexion.

S'il était l'oeuvre de la réflexion, le développement ^imiUf supposerai J« faculté de réfléchir portée à un très haut degré ; or, il n'en est point ainsi, peu dibommes sont doués de cette turce et chez la plu« part elle est à peu près nulle ; on ne Tacquiert que par un travail opiniâtre. Que d'efforts pour passer de la connaiseance éirecU ou ù^Mve h la connais* §ance rétléchie î

19. Appdez Taitentien d'un enfànt sur un objet quelconque, il le perçoit ; mais appelez son altentiou sur la perception méniei son enteudement se trouble ; il ne peut vous suivi e.

U s'agit, par exemple, des premiers éléments de la géométrie.

Voy^vous cette figure terminée par trois lignes 1 C'est un triangle. Les lignes se nomment oMés, ^ les points où ces lignes se réunissent se nomment «owmets des angles.

Cette ligure terminée par quatre lignes est un quadrilatère ; il a, comme le triangle, ses côtés et ses sommets. — Un quadrilatère peut^l être nn triangle, et vice versà. — Non. — Jamais ? — Jamais. — Et pourquoi? — ki quatre cMés; là trois; corn* ment seraient-ils uue môme chose ? — Qui sait ? vous le voyez ainsi, tous ; mais...» — Mais comment ne le

CMAPITAJS III. ^ MUX CfiRTiTUBfiS. 19

voyez-vou8 pas î Ceci est trois, ceci quatre ; quatre ii*est pâs la mAme chose que trois*

Tourmentez Tentench meut de cet enfant tant qu'il VOUS plaira^ tous ne k feras point sortir de son thème; tous obsenrerez que sa perception et sa raison agissent toi^owrs eu sens direct, c'est-à-dire en se Aumt snr Tobjet; mais vous n'obtiendrez jamais que, de lui-môme, il ramène son attention sur ses actes intemes, qu'il pense sa pensée, qu'il cornliine des idées réfléchies, qu'il y cherche la certitude de son jugement.

20. Ceci nous mène a signaler une erreur capitule dans l'enseignement de l'art de penser. On assujettit, dès le début, une intelligence h petHe formée à ce que la science oiire de plus diiiicile, la réflexion. C'est aussi sage que de oommeneer le développement phy^ slque d^'un enfant par les exercices les plus violents de la gymnastique. Le développement scientifique de

l'homme doit être calqué sur son développement naturel ; celui-ci est dans le sens direct, non dans le sens réfléchi.

21. Autre exemple tiré de l'exercice des sens. Un enfant vous dit: entendes-vous cette musique!

— Quelle musique 1 — Vous n'entendez donc pas ? —

que vous croies entendre^ ~ Mais Je l'entends.

— Comment le savez-voub ? — C'est que je Teniends*..*

Je rmiênds ! Vous n^obtiendrez jamais qu'il hésite ou qu'il ait recours à un acte réfléchi, pas même pour se délivrer de vos importamMés. < Je l'enteiids;

20 UVn I. HB LA CBRmVM.

ne renlendez-vous pai> d II ne sait rien de plus» et toute votre philosophie n'égalera jamais \di forcé irrésistible de la sensation qui lui fait dire sans crainte : € J'entends une nuuique ; elle existe ; pour en doutef il faut avoir perdu l'ouïe, b

22. Si les facultés de Tenfant se développaient dans une alternative d'actes directs et d'actes réûé^ chis; si, pendant qu'il forme sa certitude sur les choses humaines, sa pensée allait au delà des choses mêmes, il est évident qu'une répétition d'actes de ce genre laisserait des traces dans son esprit. Pressé de rendre compte de ses raisons de croire, il saurait remettre en œuvre les moyens employés déjà. U saurait se déta^ cher de l'objet présent, de l'impression présente, et, se repliant en lui-même, recueilli au fond de son enten^ dément, pensant à propos de sa pensée, il serait en état de résoudre, en ce sens, les difficultés proposées. Mais rien de tel n'a lieu ; donc, point d'actes réflé^ chis; ce qui prouve que Fenfant n'a que des perceptions accompagnées de la certitude intime de ces perceptions; tout cela d'une façon confuse, instinctive, sans rien qui rappelle ce que nous nommons réflexion philosophique.

23. Il en est, ici, de lliomme fait, quelle que soit la clarté, la pénétration de son intelligence, comme dé l'enfant. S'il est étranger aux études philosophiques, vous recevrez, aux mêmes questions, à peu près le& mêmes réponses. L'expérience prouve, encore mieux que tous les raisomiements, que nul n'acqui^t la certitude par un acte réfléchi.

CliÀPlTlk£ liU — IBIIX CKBTITUOES. 21

24. Sources de la certitude i)hilosoi)hi(iue : le sens intîuie, les sens extérieurs) le sens commun, la raison et Tautorité. Voyons, par quelques exemples, la part de réUexiou qui revient à chacune d'elles, et coDoment prisent et le commun des hommes et les philosophes, lorsqu'ils oublient qu'ils sont philosopbes.

25. Ua homme, étranger aux questions qui nous occupent^ vient de Tîsiter im monument qui laisse dans son âme une inipression vîTe et durable, ïEs^ emicU, par exemple. Essayez, lorsqu'il est encore sous le charme du souvenir, d'élever des doutes dans sou es4^rit sur l'existence de ce souvenir et sur sa correspondance, soit avee la yisîfe quMl Tient de faire, soit ai^ec l'édifice qu'il a vu. S'il ne prend vos paroles pour un Jeu de votre esprit, je l'ose affirmer, il n'hé^ sitera pas à vous soupçonner de folie. Entre Texistence actuelle du souvenir, la correspondance de ce souvenir avec racle que nous appelons voir et la concordance de ces (diénomènes avec l'existence de l'édifice, choses si parfaitement distinctes, il n'aperçoit pas la plus légère différence. 11 n'en sait pas plus, sur ces matières, que Fenfant. € Je me souviens; j'ai vu; la chose est comme je me la rappelle.» Voilà toute sa science; pas de réflexion, pas d'ana^ lyse ; tout estdiiect et simultané.

Ainsi du commun des hommes, par rapport aux phénomènes du sens intime. La certitude buit diroctement le phénomène ; et rien ne saurait ajouter à la force même des choses, ù rinslinci de la nature.

tl UVM i. ii LA aiR7ITIU««

yY^jfn pii> tiré du témoignage des sens :

36. Un objet se présente-t-U à la dialanee eoiiTa* nable et sous uw jour suffisant; nous jugeons aussitôt de la gffanèear» de sa Corme et de sa oouleuri avec ime confiance entière dans notre jugement, hiea ifm ^ iietre vie immu a'ayoiis pen^é aux théo^ 1 ies de la sensation, ni aux rapports de nos orgiMa avec tes oljets ej^térieurs. Notre jugeaient se forme en dehors de tout aete réfléehi. Nous afvens tu; c'est assez ; la certitude est formée. Si nous replions notre attention sur nos aetes* ee n'est qn'sfrès avoir lu les livres où ces quesLions sont agitées; et œtte atten-» tion, reinar4iions«*le bien, ne dure que le temps donné à l'analyse seiœtifique : cela fait , nona n'y pensons plus; nous voilà dans la vie commune; la vie plnlosophique n'est qu'une m» et courte exception.

N'oublions point qu'il s'agit id de laeertitndodu

jugement loi mé par suite de la sensation, dans ses rapports avec les usages de la vie, et nullement dans ses rapports avec la nature des <Aoaes. H ini{iorte peu , par exemple , que les couleurs soient ou ne soient pas inhérentes au corps» pourvu que le juf* gement formé n'altère en rien nos relations avec les olyets.

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