De ces réflexions il suit
Que nos sensations consiaérées comme des phénomènes purement internes se divisent en deux classes parfaitement distinctes ; les unes relevant, les autres indépendantes de notre volonté ; les unes sans liaison entre elles, variables clans leurs rapports au gré de celui qui les éprouve ; les autres soumises & certaines conditions que nous ne pouvons ni changer ni détruire.
Que, dans son existence comme dans ses modifica-
lions, ce dernier ordre de phénomènes relève de certaines causes qui ne sont pas nous, indépendantes de nous, en dehors de nous. Donc, l'instinct qui nous pousse à rapporter ces sensations à des objets externes est confirmé par la raison; donc, le témoignage des sens peut être admis au tribunal de la philosophie, en tant qu'il affirme la réalité des choses.
L'existence des corps est démontrée en quelque sorte par ce qui précède; il en résulte, en eiïet, que Texamen philosophique de l'idée que ce mot corps exprime constate Texistencc d'une chose distincte de notre être, et dont la présence excite en nous telles ou telles sensations. L'essence des corps nous est in-
326 LIVRE II. DES ^nSATIONS.
connue; nous la connaîtrions , qne celte connaissance importerait peu dans le sujet qui nous occupe ; en effet , il ne s'agit point dé Tidé^ qUe le (>hHo80tihe pourrait se former de la matière» mais des idées qué s'en font la plupart des hommes*
CaiAPITRE VL
Mi Im eause «zterne et ttninéillate de* seiiBatloBS cet
une cauie libre.
39. Voici ooaire rexistence des corps ulm ofajee^ tion séri^sc, mais seulement eti apparenee. RIeii ne
prouve qu'il y ait identité entre la cause qui produit le phénomène de la sensation et l'idée quemvHl nt)us formons d'un corp^. Dieu pourrait à volonté produire en nous une ou plusieurs sensations, sans l'intermé* diaire des corps. Qni nous assure qn'il n^en est poitot ainsi ? D'autres causes peuvent avoir une puissance semblable, et, peut-âtre, tout ce que nous iaiapnons sur le monde des corps n'est-il qu'une pure illusion.
33. Nous pourrions répondre ; Dieu, vérité infinie, ne peut nous tromper, ni perinettre que nous soyons trompés d une manière invincible et conslantô ; mais cette solution parfaitement légitime et rationnelle a rinconvénieiil de recourir à l'ordre inoral poiu- |)rouver un fait de l'ordre physique, et l^on pourrait re« gretter que la vérité du témoignage des sens ne se put