CHAPITRE XI. DB l'iNFÉRIOBITÈ Où TACî
toucher? Accordons à cet organe la délicatesse la plus exquise. Supposons que la mémoire puisse tenir comfrte.sans en omettre aucune, de toutes les impressions qui lui seraient transmises par le tact, qui necom- (Hrend4ci rimpossibilité matérielle de certaines appréciations T Le travail précieux d'une corniche, d'un piédestal, d'un |>éristyle, les merveilles sculpturales d*une tour, d'une coupole, les hardiesses d'un arc, d'une voûte, d'une flèche, merveilles que l'œil parcourt en un instant, demanderaient, au toucher, des travaux infinis, impossibles, et ne rendraient pas même la millième partie de ce qu'un seul regard embrasse sans effort.
Au Heu d'un monument, c'est une cité, c'est une vaste contrée, c'est Tunivers que nous voulons connaître. C!om prend-on l'infériorité du tact sur la vue?
62. Bien que la supériorité des autres sens ne soit pas aussi marquée, elle n'en existe pas moins à un très haut degré.
Conslatons en premier lieu celle que la possibilité d'agir à distance leur donne. H est vrai que le tact peut, au moyen de certaines im{N:es8ions de chaleur ou de froid, nous avertir de l'absence ou du retour du soleil, de 1 élûignement ou du voisinage de certains corps, etc*; mais ces impressions, en même temps qu'elles sont loin d'être aussi rapides, aussi variées que celles-de i'ouie, ne nous donneraient point ridée de la dislance, si nous ne la possédions déjà. Chaleur, froid, humidité, sécheresse, à cela se ré^
duisent les impressions que les corps exercent à dis^
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tance sur le toucher. De combien d'erreurs ces un^ pressions ne seraiwt-elles point cause 1 . 68«Unlioiiim6parvicndraJeleveux,àra€oiiiid pai* l'action de la température sur le tact, Tabsence ou l0 retour d» Mleîl; maie» oomme crtte iempératarc}
tient à mille causes indépendantes du soleil, il sera «ouveut trompé par le cbangenrimt artificiel ou na» turel de cette température. L'impresaieii d'Inimîdité que j'éprouve près d'un bassin dans lequel je vais me baigner m'avertit du voiaioage de Teatt ; mats ne paie»
je pas éprouver une impression d'humidité par des
causes tout à iait indépeodantea du voiaini^ d'un bassin?
U est vrai, la concentration dana un seul oi^^ede toutes les forces ssnsitîveSf Febsenoe de toute distrae*
tion, une attention soutenue, habilement dirigée sur un seul genre de sensations doivent donner au sois du toucher un degré de délicatesse, une perfection difficile à concevoir. J'admets pareillement que l'ba- Mtade d'encbelner les idées reiativeaient à un ordre unique de sensations et de ne former de jugements que sur ces sensetiousi puisse développer dans Viùr telligence une précision, une exactitude, une variété merveilleuses ; mais nous avons beau donner Teasor k nos conjectures, il est une limite infrandiissabte; cette limite, nous la trouvons dans la nature même de Torgane et de ses relations avec les corps.
La contiguïté seule permeUrail au toucher de recevoir des impresMons bien déterminées; quant aujL objicU Soignés, ceua qui pourraieal agir sur lui nV
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CUAP1TH£ Xi. — M L'iNFÉaiORITÉ hU TACT. SM
giraienl que selon Tespdoe d'impressions que l'objet ou Torgane comporte ; impressions de froid, de eha^ leur, d'humidité, de iécheresse, et si Von veut, d'une certaine pression plus ou moins forte. Tout le resta demeurerait saos action. Que l'on élargisse tant que l'on voudra le cerde de cette classe de sensations, il sera toujours très i^tr^t. lie plus, et il est bon de le remarquer, la perfectibilité que nom accordons au tact en vertu de son isolement n'est point une pro* priété particulièra k cet <Nrgatte; elle s'étend aux autres sens parce qu'elle est fondée sur les lois de l'organisme et sur la génération des idées.
64. Pour comprendre, sous ce rapjiort, la supériorité de rouie sur le tact, il suffit de les comparer l'un à l'autre 1* relativenient aux distances, 2^ à la tariété des objets, 3"" à la rapidité et à la succession des impressions, 4^ à la simultanéité si vaste pour l'oide, si limitée dans le tact , 5* par rapport à la parole.
Distances. Ici la supériorité de Touie est évidente; en général, le tact enge la contiguïté. Non-seulement il n'en est pas ainsi de rouîe; mais, pour la justesse de Tappréciatton, cet organe a besoin d'être éloigné de l'objet sonore. De combien d'objets l'ouïe nous donne connaissance qui sont en dehors des appréciations du toudier! Le galop du chevi^ qui fond sur nous, le bruit du torrent qui menace de nous engloutir, le tonnerre qui gronde et noua annonce la tourmente, la détonation du salpêtre, foudre des batailles, le bruit des rues dans les cités populeuses, les cris de lii fuule, le son du tambour, les gtas du tocsin, qui
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Itfd LIVRE H. — - DfiS SENSATIONS*
sont comme les voix de la fureur populaire, les chants de Tictoire, les accords qui réveilleot de mélancoliques souvenirs, jusqu'au soupir, jusqu'au sanglot qui trahit la souffrance, voilà ce que nous dit roule ; le tact est muet sur toutes ces choses.
Variété des objets* Les objets éloignés que le tact nous peut faire connaître sont nécessairement peu variés; delà, dans les idées qui relèveraient de ce seul organe, incertitude et confusion. Au contraire, les objets perçus par Fouie sont très divers et les perceptions de cet organe exacles et précises.
Rapidité dans la succession des îminressions. Il est évident que sur ce point la superiorilé de Touïe est incalculable. S'il perçoit par juxtaposition, le tact doit, afln de varier ses impressions, parcourir suc* cessivement chaque objet dans ses diverses parties. Que si les objets agissent d'une autre manière sur cet organe, son inlénorilé n'est pas moins évidente. Comparez sa lenteur à la rapidité mei^veilleuse avec laquelle Poule perçoit toute espècede sons dans les combinaisons musicales, les inflexions multiples delavoîx, les accords, les articulations, les bruits de toute sorte, bruits, accords, articulations que nous savons classer et rapporter à leurs causes sans aucune confusion.
Que Ton ne puisse comparer le tact h Vouie pour la simultanéité des sensations, il suffît d'un instant pour s'en convaincre.
Mais ce qui décide de la façon la plus victorieuse la supériorité de Touîe, c'est la facilité qu'elle nous donne de nous mettre, par la parole, en rapport avec
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cHAf^ims XII. — DE l'ii>éb d'uwe surface. a57
nos semblables. Or cette faculté résulte de la rapidité
de succession que nous ayons signalée plus haut. 11 estvraiqaeles inielligeuces peuvent également communiquer entre elles par le toucher au moyen de caractères en relief; mais quelle différence !
Supposons que l'habitude et la concentration de toutes les forces sensitives donnent à Torgane de la main cette souplesse que nous admirons dans les mu-* sicîens habiles. Les doigts, quelque agiles qu'Us soient, percevront-ils avec la rapidité de l'ouïe î Que de temps ne leur fjBAidra-t-il point pour parcourir un tableau sur lequel on aura gravé tous les mots d*un discours 1 et ce discours, en quelques minutes, nous aurons pu l'entendre.
Le malheureux dont nous parlons devra préparer les planches , les caractères d'imprimerie ; il devra modifier ces planches, en changer rordounance et le sens selon les personnes ou les occasions ; travail incessant, et pour quel résultat! Un homme seul, au moyen de l'ouïe, un seul homme communique à des milliers d'auditeurs, en un même instant, des idées ou des impressions sans nombre.
CHAPIIRE XII.
mi la vue Maie ponrvali momm dMm«r IHAée A'me
65. Le tact est inférieur à Touïe, il est inférieur àla Yue, je crois l'avoir prouvé ; n'est-il pas étrange que
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ron ait prétendu faire de cet organe la base de toute eonoaissaiice, raiiacber à lui, comme à leur origlDe, les jugements aiix<|iiel9 les «titres sens nous condnisent, cl l'établir comme une sorte de juge sans appel?
U est faux, je l'ai pareilleoieiit démontré, qu'à Faide du tact seul la tiansiiion du monde intérieur au monde extérieur se puisse làire; c'est-à-dire que, de Texistenee des sensations, il soit possible de conclure à celle des objets qui les causent; en eûèt, non-seulement j'ai renrersé la ndson principale on plutôt Tunique raison sur laquelle repose ce prétendu privilège, mais j'ai fait voir comment s'opère cette transition par rapport à tous les sens, m'appuyant sur la nature même des choses et sur l'encbainement des phénomènes Intérieurs.
J'aitdit encore et prouvé que, parmi les sensations, ttne seule était objective, cdle de Tétendue; dans toutes les autres, il y a rapport de causalité, c'est-àdire liaison entre une sensaticm» entre un phénomène interne et un ofejet externe; mais nous ne songeons jamais h transporter à Tun ce qui appartient à l'autre.