De ce fait que certaines choses nous apparais
enl liors les unes des autres, Condillac lire Fidéede étendue. U en est ainsi dans la sensatioA de cou-
CHAP. Xli. l'idée Dfi SURFACE ^AR lA VtJB. 3o'3
leur; donc la vue (rua objet coloré donne Vidée de l'étendue. Le Caux-fuyaût que le philosophe invoque ne saurait lui servir. L*idée de limitation, préteud*il est nécessaire à l'idée de Téteodue ; mais je viens de démontrer par la doctrine méoie deTauteui que uous seutoiis cette limitalioii. l>e plus, n'est-ii pas étrange d'accorder à la vue la £acuité de produire l'idée d'une étendue sans limites et de lui refuser la faculté de produira l'idée de limite ; comme si l'idéede limite ne ressortait pas, au moins, de la limitation de l'organe qui voit ; comme si la seosatioa illimitée n'était pas plus difficile à concevoir que la sensation limitée.
Mais je suppose que la limite échappe à TapprécÈation des sens, l'étendue illimitée en est-elle moins étendue? N osl-cllc pas l'éteudue par excellence? L'idéo de l'espace infini, pour être sans limites, cesse^t-elle d'être une idée de l'étendue?
72. Deux cercles colorés, l'un de quelques lignes, Fautre de phisiaurs pieds de diamètre , sont placés sous vos yeux ; laissons de côté les impressions du tact ; pensez-vous que l'effet produit sur la rétine par ces deux cercles soit le môme? évidemment non. JLa raiaon, l'expérience, appuyées sur les lois qui réagissent la lumière, comme sur les principes mathématiques, protestent contre cette supposition. Si riinpression diffère, la différence sera sentie ; la difféjreuce de grandeur sera donc appréciée.
Admettons, toutefois, qu'en dépit de l'expérience et de la raison, il plaise de soutenir l'identité des senl^ioui produites par les deux cerclea; je vais faire
Oigitized by
364 LIVRE a. — DES SENSATIONS.
toucher au doigt l'éliaugelé de ceUc opinion. Imaginez ces deux cercles de couleur rouge et terminés par une bande bleue; le plus petit est placé dans le plus grand; leur centre est commun. Je le demande, quicouque jettera les yeux sur cette figure ne Terra-t-il poial le plus petit cercle dans le plus grand ? Ne verra- Hl point la ligne bleue qui termine le cercle de quel* ques lignes de diamctrc, coiUcuuc d ins la ligne de même couleur qui termine le c^cie de plusieurs pieds? Mais sentir l'étendue, qu'est-ce autre chose que sentir des parties placées en dehors les unes des autres? Et sentir des dififërences de grandeur, n'est-ce point sentir des parties plus grandes les unes que les antres, contenues les unes dans les autres 7 Donc l'œil
seul ou perçoit la grandeur; donc il sent i'eterulue.
73. Nous pourrions multiplier à l'iniiui les preuves en faveur de notre opinion, ^expérience, d'accord avec la raison, nous enseigne que le champ visuel a sa limite dans la distance qui nous sépare des objets. Ainsi nos regards arrêtés sur une mer d'une grande étendue ne l'embrassent pas en entier. Supposons dans le champ visuel un objet d'une dimension donnée, mais inférieure à la surface embrassée par le regard; selon Gondillac, pourvu que la coùleur soit la même, il n'existe point de différence dans les visions. D^où il suit que la sensation reste la même, soit que l'objet n'occupe qu'un point dans le champ visuel , soit qu'il occupe ce champ en entier.
74. Que ces objections se soient présentées à Con*dillac, au moins d'une manière confuse , on ne sau-
CHAP, XII. — l'idée de surface FAK tA VUE. 365
rait en douter, et c'est à cela qu^il faut attribuer une sorte d'hésitation , de coutradictiou que Ton remarque dans son langage : nous Favons pu remarquer dans quelques passages déjà cités; nous Talions voir plus clairement encore dans ceux qui suivent, ff L'expression nous manque pour rendre avec exactitude le sentiment qu'éprouve, à propos d'elle-même, la statue modifiée en même temps par plusieurs couleurs; mais eoiin elle connaît qu'elle existe de plusieurs manières, elle se pergoit m quelque sorte comme un point coîoï é au delà duquel il en existe d'autres dans lesquels elle se retrouve, et, sous ce rapport, on peut dire qu'elle se sent étendue. » Il avait avancé que sa statue ne pourrait percevoir l'étendue, dans la couleur, que si les yeux apprenaient, au moyen du tact, à rapporter la sensation simple et une à tous les points de la surface ; aussitôt après, il affirme le contraire, nous venons de le voir. La statue se sent étendue ; et Tidéologue, pour éluder la conlradietion, se borne à nous avertir que le sentiment de Tétendue serait vague parce qu'il ne serait pas limité. Contradiction que nous avons fait ressortir plus haut* Pourquoi cette absence de limites? Si dans un champ visuel* de cent mètres, sur une surtace blanche, on suppose plusieurs figures de diverses couleurs, verte, rouge, etc., ii est évident que la vue [percevra les limites de ces figures. Où donc Condillac a-t-il découvert l'absence de limites dont il nous parle?