‹ Philosophie fondamentaleChapitre 134 sur 165 · Lamennais a écrit: « Qui nous dit qu'un · texte numérisé non relu

Lamennais a écrit: « Qui nous dit qu'un

sixième sens, par un témoigiiâge cunli aire, ne troublerait pas l'accord des sens! Sur quoi se fonderait-on pour le nier ? Supposons-nous des sens différents de ceux dont la nature nous a doués, nos sensations, nos idées, ne seraient-elles pas aussi différentes f Pcut-èli e suffirait-il, pour ruiner toute noU c science, d'une légère modiiicaiiou dans nos organes. Peut» être y a4-il des êtres organisés de telle sorte que leurs sensations étant en tout opposées aux nôtres, ce qui est vrai pour nous soit Caux pour eux et réciproquenient. Car enfin, si Ton veut y regarder de près, quel rapport nécessaire existert-il entre nos sensatious et la réalité des choses ? Et quand il existerait un tel raj^ port, comment les sens nous Tapprendraient-ils ? t

Basai sur l'Indiférenee (tome II, cbap* Xin.) 1. 22

386 Liva£ u. — 0£S SEOiSAnoNs.

Les questions que ces lignet soulèvent sont étnincmineat importantes ; elles méntaut un exainea sérieux.

93. Est-il intrinsèquement impossible d*admcttre une organisation différente de la nôtre et» partant» un ordre de sensations tout différât? Je ne le pense pas. Que si cette impossibilité existe, le pourquoi nous en est inconnu.

N'importe ropinion adoptée sur la manière dont les objets externes agissent sur l'Ame au moyen des organes, cette opinion nUmplique aucun rapport nécessaire, aucune analogie entre ces objets et l'effet qu'ils produisent.

Un corps reçoit, sur sa surface, les rayons d'un fluide que nous appelons lumièr0. Ces rayons réfléchis viennent frapper la rétine, c'est*4H]ire une autre surface en communication avec le cerveau. Jusque-là tout est tople et iaeile à comprendre ; il s'agît d'un fluide mobile, allant d'une surface a l'autre, lequd peut déterminer sur la matière cérébrale tel ou tel effet purement physique. Mais où donc est le rapport entre ce fait et l'impression d'un ordre tout diûërent qui s'appelle vair^ cette impression qui n'est ni le fluide, ni le inoiivemeiit, mais une affccliou dont le fnoi^ c'est^ànlire ce qui sent, ce qui pense, oequi vit, a conscience f

A la place du fluide lumineux et de son mécanisme» siqq[iosons un mécanisme différent, par exenh ple, celui de Tair qui vibre et vient ébranler le tympan* Kous dii*a«t«ou par qu^ raison essentiel^ ce

CHAPn. xn. — mmrikSÈ d'un sixièhb sens. M7

phénomèue De produit point la sensation de la me 1 Force est d'aTOuer que nous n'en connaissons point. A qui n'aurait nulle idée de noire organisme, les deux phénomènes seraient également incomprélien-

sibles.

94. Ce que nous disons de la vue et de l'ouïe se peut dire des antres sens. Nous voyons un organe

matériel affecté par un corps ; nous voyons des surfaces mises en présence on en contact ; nous voyons des mouvements de telle ou telle nature; mais comment franchir l'abîme qui sépare le phénomène physique de cehii de la sensation? J'en dierdie vainement le moyen. C'est une de ces barrières que l'esprit de Thomme ne peut franchir. Tout semble prouver que les rapports établis entre ces dmx ordres de phénomènes ne relèvent que de la volonté tAre du Créateur. S'il en est d'autres , s'il existe quelque enchaînement nécessaire, cette nécessitt^ reste un secret pour Fhonmie* Que Ton analyse les tissus qui reçoivent l'impression des objets, la substance matérielle du système nerveux, organe de la sensation, et que l'on nous dise quels sont les rapports décou* verts par la science entre les plicnomènes physiques de cette matitee et l'ensemble merveilleux des phénomènes sensibles?

95. La difficulté grandit encore si Ton considère que les oi^anes, même sans lésion d'aucune sorte,

perdent leur sensibilité du moment qu'Us ne communiquent plus avec la masse cérébrale. Ainsi le phénomène de la vision s'aceoi^dît dans la cavité du crâne»

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