LIVRE II. MS SENSATIONS
tions de l'àme, nées d'uae certaine disposition des organes? L'amour, la colère, la compassion, la joie, la triblesâc, tant d'autres sentiments qui nous trou- Uent et nous agitent, ne les devons-nous pas, souvent, à la simple présence d'un objet ?
Mais, dira*-t-on peut-èlre : il exisle une différence essentielle entre les impressions qui relèvent des sens et celles qui tiennent aux passions : les premières sont indépendantes de toute idée antérieure, de toute réflexion, les secondes les supposent plus ou moins. Ainsi, qu'un objet frappe nos yeux, nous ne pouvons ne pas le voir et toiqours de la même manière. Et cependant cet objet tour à tour nous passionne, ou nous laisse insensibles et froids , et presque taujours à des degrés divers. Plus encore; ce n'est pas la présence seule de l'objet qui nous affecte, mais certaines conditions sont nécessaires , par exemple, le souvenir d'un bienfait, d'une injure, l'idée d'un malheur souilert. N'est-ce point assez pour établir une différence essentielle entre ces deux ordres d'impressions?
iOi, L'objection que je viens d'exposer est spé- , cieuse et vraie sous certains nqiports; nmis que Von
nous dise comment elle attaque ce que nous avons établi plus haut. Loin de prétendre, en effet, que les impressions dont j'affirme l'existence se produisent dans les mêmes conditions que celles qui relèvent des cinq sens, j'ai toujours admis la possibilité d'une différence non-seulement dans l'espèce et dans Torgane affecté, mais encore dans la manière dont l'or-
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gane est alïecté, coiuine aussi dans les circonstances au miUeu desquelles la sensation se produit. Ce que j'affirme, c'est que le phénomène sensîtif esl en substance le même. N'y trouvons-nous point les trois caractères qui constituent les phénomànes de ce genre, à savoir : un objet matériel, un organe affeclé par cet olyet, une impression produite dans Tàme. Que cette impression demande, pour se produire, raveriissement de telle ou telle idée, de tel souvenir, le phénomène n'eu existe pas moins ; il n*en est pas moins le même phénomène; il implique une condition nouvelle, voilà tout.
403. Autre observation. Pour que la vne d'un objet donne naissance à certaines impressions, il n'est besoin ni d'une idée, ni d'une réflexion quelconque ; rexpérienee est là pour raltcstcr. Un regard ne suffît-il pas à captiver une âme tendre, un cœur innocent, peut-être. D'où naît cette fasdn nation soudaine, irrcflécliie, et pour ainsi diie involontaire? De la pensée de jouissances grossières? Mais celui dont nous parlons en ignore rexistencc; il sent pour la première lois le trouble qui le perd. Il s'agit donc d'une affection de même nature que les autres aiîections organiques. Je veux que certaines conditions d'âge, de tempérament, etc., soient nécessaires ; qu'il ait fallu qu'un objet, entre mille, se rencontrât en des circonstances particulières, dont l'ftme émue ne sait pas elle-même se rendre compte; il n'en est pas moins vrai que nous trouvons ici un objet externe, une affection de l'organisme, une im-
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pnmkm Pàme^ Le Imo qui rattache ces divers phénomènes échappe à nos regards ; mais il extst# ; BOOi sommes forcés de reconnattre qu'il eiiste.
Combien il serait facile de signaler dans les phéoo* mènes de la reproduction on ordre d'iminresiions trds yi^eê que la seide présence des objets détermine I Bien qu'il soit \Tai que ces impressions présupposent l'action de l'un des cinq sens, elles sont d'un antre ordre; il n'est pas besoin, pour se rendre compte des choses, de savantes études physiologiques. L'âge, la santé, le tempérament, le climat, les saisons, etc., exercent sur ces phénomènes une inHuence décisive.
104; 11 existe une dififérenco entre les sentiments et les sensations; si cette différence n'altère point physiologiquement et psychologiquement l'essence du fait, elle semtde le modifier sous le rapport inteUec* tuel et moral. En générai, c'est par un objet animé, c'est par un être sensitde que les passi^ms sont eidtées; aussi semble-t-il qu'il y ait plutôt communication d^esprit à esprit, d'âme à Àme, que de corps à corps. Le regard abattu, douioureux de Fhomme, ou môrae de l'animal qui souffre , éveille instantanément, ai nous, le sentiment de la compassion ; s'il en est ainsi, c'est qne ce regard exprime la souffrance d'un être vivant. Observation vraie ; que prouve-t* eUef Qu'il existe dans la nature des forces occultes dont nous voyons les effets sans pénélrer le mystère de leur origine; mais ces forces se révèlent à nous par rintermédiaîre d'un corps, lequel «ffecte notre oiganisme d une certaine façon. Qu'il y ait là une
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magie plus admirable, plus pénétrante, plus imma^ térielle que eellfi des cinq sens, je le reax ; toutefois» la différence n'est que du plus au moins, elle n'est pas dans la nature du phénomène.
Il est certain que les éirss mants, eenx d'ana même espèce en particulier, sont dans une cammu- .Bication eonstante; de \k les affiaslioiis qu'ils éprouvent. II est certain que le plus grand nombre de ces aOsciitms 'supposa une correspondanee mystârîeusa avec des agents entièrement ineonnus. Le monde des COI ps est iuoadc de Ûuides dont la science constate tous les jours les étonnantes propriétés. L'électricité, le galvanisme nous ont déjà réyélé des rnei veilles. Qui sait par quel moyen le système, si vaste, si complicpié de la vie animale, répandue dans Tunivers, se meut et fonctionne? Que de secrets à découvrir sur la correspondance des organisations, sur la manière éoni elles iirfhient les mes sur les autres ; secrets, qui, peut-être, resteront à Jamais les secrets de Dieul lOtf * Mais est*il vrai que les êtres sensibles aient
seuls le pouvoir d'exciter les passions? n'avons-nous pas éprouvé mille fois que nus passions tienn^i à notre organisme? Que Ton explique nos tristesses et nos joies soudaines et sans cause ; pourquoi , paci^ fiqnes tnaîoteiiaQl, noua sommes, l'instant d'après, irritables ù l'excès. Les impressions éprouvées par uu être sensiUe, nos rapporta avec lui, ne sont pour rien dans ces phénomènes. Ils tieiiniot aux mystères de notre or^anisatioa et parliûpeat de cette argani^ sation,