INTRODUCTION
« Quand les philosophes disputent, le genre humain dispute avec eux. » (Balmès, Philos, fondam.) Après la guerre des principes et des idées, vient la guerre des passions et dos intérêts ; et ces orages inattendus durant lesquels lei
bras tombent aux rois (T élonnemeni et de stupeur %
ces tonnerres dont le retentissement ébraule la leri Q j ne sont que les éclats devenus sensibles des tempêtes supérieures; l'orage se forme silencieusement sur les hauteurs, préparant la fou-* dre qui renverse ou qui tue.
Quelle époque fut jamais propre^ comme notre époque, à faire ressortir cette vérité? L'histoire philosophique se résume, sous nos yeux, par journées^ et ces journées individualisent, d'une façon merveilleuse, des siècles de discussions abstraites; elles donnent aux doctrines une vie propre; elles les posent au grand jour, dans une institution, dans un homme, dans un parti, dans un principe ; elles leur donnent le pouvoir,
^Bossuet.
Digiti
jj INTRODUCTION.
cette chose sainte ; et cependant^ les ruines snc^
cèdent aux ruines. D'où cela vient-il?
Le mouvement est une loi de Tesprit. Le fait, qui n'est autre chose que la pensée en action , réalise dans Thistoire cette loi du mouvement; c^est la pulsation de la vie intérieure, pulsation régulière ou désordonnée selon (jue la vie se développe en des conditions de durée ou de mort.
On s'étonne que les systèmes s'écroulent sur les systèmes; on fait un reproche à la philoso-phie de sa mobilité; c'est, en quelque sorte, lui reprocher d'être. L'esprit se développe et pro-* gresse, disons-nous; or la vérité ne progresse pas. Tout progrès implique mouvement; mais, dans Tordre des vérités ^ Timmutabilité est une condition du progrès. Fixité dans le mouvement et dans le progrès; voilà le problème posé à la raison et à la philosophie.
On verra, dans l'œuvre que nous essayons do faire connaître au public, comment la philoso*
phie catholique a su le résoudre. CeUe philosophie, qui ne se renferme ni dans une école, ai dans un nom, mais qui consacre toute aspira* tion sincère vers la vérité, voit, à toutes les époques, des individualités puissantes apporter à l'œuvre commencée le concours do leurs veilles et de leurs efforts. La vérité est comme un diamant brut dont certaines intelligences privilé«> giees ont pour mission de tailler une facette ou
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de repolir celles que le temps av ait hernies. Balmès a fait jaillir du diamant de nombreuses et pures étincelles; partisan de la raison, quMl no pose point comme le critérium unique, mais qu'il sou*met à une raison supérieure , il fait à l'homme sa part, laissant à Dieu ce qui revient à Dieu. Le titre du livre^ Phihêopkie fmdammudêj nous révèle la pensée qui Ta dicté. L'autenr creuse et descend jusqu'aux fondements de nos connais- San ces ; il s'est dMiandé sur quoi portait ce magnifique édifice dont nous sommes si ûers^ dont nous avons droit d'être fiers. La certitude , les sensations, l'idée, Tétendue et l'espace, Têtre, Tunité et le nombre^ le temps^ l'infini, la substance, la nécessité^ la causalité, il se pose tous les problèmes, appelant à les résoudre non pas une seule faculté, mais toutes les fticnltés, non point seulement la raison, mais l'âme avec toutes ses puissances, avec tous ses instincts, avec ses devoirs et ses droits. « En pénétrant dans les profondeurs où ces questions nous conduisent, dit-il, Tratendement se^trouble, le cœur se sent
oppressé d'une sorte de terreur religieuse
Mais il faut passer outre : la découverte des limites que l'entendement ne peut franchir, loin
d'abaisser la raison, la grandit et la fortifie
Ainsi, le naturaliste, que Famourde la science a conduit dans les entrailles do la terre, éprouve un mélange indéfinissable d'épouvante et d'or^ gueil lorsque , à la pâle lueur de sa lampe, il
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contemple les masses éaormes et croulantes qui pendent sur sa téte, on que, prêtant roreille, il entend sous ses pieds les mugissements sourds et lugubres de Tabime. »
Balmès se rattache à la forte écolo {)liilosopbique du grand siècle par ses études protondes . Bur la philosophie scolastique, par ses connais* sances en théologie, par Tampleur et la sécurité de son esprit , par cette liberté calme et majestueuse d'une intelligence qui cheiclic dans le vrai, sans parti pris contre la nature, parce que la nature est rœuvre de Dieu. Mais a-1>*-il donné toute la vérité; qui l'oserait dire?
. S'il était sa propre raison d'être, Thomme
trouverait en lui le dernier mot de la science. L'intelligence, réagissant sur elle-même, objet et sujet à la fois, et se connaissant en tant que cause y parviendrait à découvrir sa loi; elle compléterait sa synthèse.
Mais^ chose étrange! ce triomphe de la raison ou de la philosophie serait la mort de la philosophie. L'activité de l'àme, découvrant sa limite et son terme dans l'étendue et dans le temps, s'arrêterait pour jamais. Plus d'aspirations, plus de mouvement, partant plus de vie. Vous circonscrivez dans le fini le foyer de l'intelligence, vous lui ôtez l'aliment de l'infini , la flamiîio s'éteint, la chaleur baisse,
le foyer ardent n'est bientôt plus qu'an peu de cendres.