INTRODUCTION. V
Il n'en est point ainsi ; Tàme pense, elle produit parce qu'elle est; or penser, c'est philosopher; et pour nous servir d'une formule dont on a trop abusé dans un autre sens, la philosophie est de droit divin ; élan de la raison vers la vérité ; retour de l'effet vers sa cause.
Remarquons*le en passant; toutes nos facultés ont entre elles une solidarité bienfaisante ou désastî cuse. L'âme pense comme elle airtic; elle pense la vérité ou Terreur ; elle aime le bien ou le mal y et ce qui aime et pense n'étant qu'un môme étre^ une substance unique, la pensée participe de l'amour comme Tamour participe de la pensée. Qui n'a senti la redoutable influence de la passion sur l'entendement ou l'action bienfaisante de celui-ci sur la passion ?
Heureux qui sait établir l'harmonie entre ses facultés 1 L'homme n'est point uniquement sen* sible et passionné, pensant et raisonnable. Il connaît, il veut, il aime, il jouit, il désire et ne trouvant en lui rien que d'incomplet et de borné, il se sent pauvre et il cherche; il cherche... Inquiétude sublime, pauvreté féconde, qui fait sa grandeur et sa gloire.
« L'homme col un Dieu tombé qui se souvient des cieux. »
Ainsi chercher ou philosopher est un droit de rmteiiigence. Maisle moi n'est pas plus la dernière raison de la philosophie qu'il n'est la dernière raison des choses. Que dis-je ? la pensée elle-même ne
Vj INIHOJ)(JCnO]!l.
donne pas le moi tout entier. Nous venons de le dire ; rhomme veut et ne veut pas, il sent avant de penser, il perçoit avant de raisonner, il comprend le juste et l'injuste dans Tordite de sentiment, avant de le comprendre dans Tordra de raison. 0 en a rinstinct; il en a le go6t et la haine, il en a la prescience parce que la lutte intérieure est une condition de sa liberté; il est, il se sent libiCj libre dans le bien comme dans le mal ; méchant parce qu'il est libre ou bien qu'il soit libre; bon parce qu'il est fait à rimage de Dieu 1 — Sa raison sans contre-poids Tentralne aux abîmes ; le sentiment sans règle et sans frein le livre à ra])rutissement. Vérités de fait que l'expérience constate et dont la raison toute seule ne peut donner le mot.
L'homme ne porte pas en lui Tinhui, mais il en a découvert en lui le rayonnement divin ; il l'entrevoit à travers les ombres; et, si sa pensée court à toutes choses, si son oreille est incessamment ouverte aux promesses des sages, promesses tant de fois déçues, s'il cherche^ sans trêve et sans repos, s'il fouille, en dépit des plus amers désenchantements, toutes les illusions, tous les rêves, s'il retourne à la sueur de son front, la glèbe aride de la philosophie, c'est qu'il espère y trouver l'augosto, l'immortelle réalité.
Inutiles efforts, labeur stérile, dira-t-on peutêtre. Non, car Thomme a le devoir d'exercer sa pensée. L'intelligence essentiellement active est
LMilUDliCTiON. Vij
un don de Dieu; mais il cherche rinfini dans le fini, la vérité objective dans le moi ^ l'absolu dans la raison ; là est Terreiir.
L'homme ne fait point la vérité, il la constate; il la coDsiata en loi-même et dans la nature; il la constate dans la science et dans Tordre moral , en vertu d'une raison supérieure^ par fragmeats^ à sa mesure, selon la portée de son regard. Il ne la reçoit pleine, absolue, infinie, que dans rumou avec la vérité infinie , absolue ; dans la vision de Dieu après Tépreuve du teiiips et de lu fui.
Le travail philosophique, œuvre de la raison, est un travail d'analyse. La raison s'agite et va, la vérité demeure. La raison en tant que subjec* tive est multiple, la vérité est une. Lien commun des raisons individuelles, centre immobile et permanent, point de départ avant le voyage ou rendez-vous après le départ, la eiriii enseignée est le premier et dernier terme de la bcience. liaison universelle ou sens commun dans Tordre pratique et logique, on lui donne le nom do foi dans Tordre religieux et surnaturel; mémo chose sous des termes divers, à savoir Dieu présent dans Tiutelligence, dans le cœur, dans la vie de Tbomme, et donnant à toutes ses facultéSy avec l'aliment qui leur convient, la sécurité et l'harmonie.
Un fait, une adhésion invincible à ce fait, sorte de foi naturelle et innée; voilà les premières assises de la raison; un fait, un acte de
Viij INTRODUCTION.
foi raisonnable ; dernier terme de la raison, loi^* que, après avoir pris possession d^elle-roémey elle se trouve en présence des mystères de Tàme et de rinfini. Or cet instinct de foi, cette nécessité de croire qui se trouve au dcibut coiiuiio à la fin de nos investigations, n'implique-t-il pas une vérité extérieure^ distincte de nous, bien que présente et agissant en nous? le doule philosophique absolu ne saurait être qu^une sup** position ou une impossibilité. C'est à la foi que les facultés multiples de Tâme doivent leur force et leur développement régulier. Llntellîgence , la sensibilité, la volonté s'harmonisent dans la foi ou s^épuisent hors d'elle.
Ecoutons un des organes les [jIus modères et les plus habiles du rationalisme. ^< Quels que soient les progrès que Tavenir réserve à la science humaine, elle aura toujours des ombres et des limites. J'appelle limites de l'esprit hu« main les problèmes qui passent sa porlée : qui a jamais résolu, qui résoudra jamais complètement le problème de la création? Et sans parler d'un si haut mystère, quel physicien a jamais su, quel Newton saura jamais comment se communique le mouvement. Voilà un exemple de problèmes insolubles? Je dis aussi qu'il y aura toujours des ombres dans la science; je veux parler de ces terribles difficultés qu'on rencontre à chaque pas pour mettre d'accord des vérités bien établies en elles-mêmes, mais dont on ne voit pas
liNIKOlilCim, il
le lien. Ainsi, comment concilier les lois générales de l'histoire qui dominent tous les faits partt<* culiers avec la liberté des agents moraux? Il y a là un nuage qu'on pourra bien^ peut-être, quelque peu éclaircir^ mais non entièrement dissiper* »
« Voyez à Tœavre les faiseurs de systèmes :
Tun pose Dieu au nom de la raison, et, ne pou*vaut en déduire l'univers, se décide à l|i sup* ^ ' primer; l'autre, conteuiplant la nature avec ses sens et ne pouvant toucher de ses mains Tàme et Dieu, l'esprit et l'idéal, les déclare fanttstiques; un troisième part du moi, et^ enchaînant ses déductions avec une rigueur admirable et une absurdité inouïe, aboutit à laire de l'univers et de Dieu même des développements du moi, des créations de notre chétive personnalité. Chimère , orgueil ^ foUe quô tout cela 1 ne mutilons pas l'homme , sous prétexte de rendre son esprit plus simple et plus fort; ne dégradons pas la vérité, pour l'abaisser à notre mesure; reconnaissons comme également légitimes dans leurs justes limites les sens, la raison^ la conscience ; faisons aussi au sentiment et à Timagination leur équitable part ; n'e&cluons ui les aspirations d^une àme transportée par la poésie, ni les mystiques extases d'un cœur pieux et plein d'amour, pourvu que toute force légitime et naturelle de l'esprit humain trouve dans les
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autres son contre-'poids ; rendonsainsi à rhiimanité toutes ses croyances : le monde et ses merveilles infinies^ Tàme avec sa liberté^ ses devoirs et ses droits, Dieu et sa providence, gage certain de nos immortelles destinées. » (Saisset, Écoles philosophiques en France. Revue des JJeux-'Motides, septembre)»
Ce sont là de nobles paroles , nons aimons à le reconnaître; mais^ si ces mystères contre lesquels la raison vient se briser, intéressent Tordre moral et les destinées ultérieures, cornnient satisfaire aax inquiétudes légitimes de la pensée, comment imposer silence anx questions incessantes de Tesprit? Niez la raison et vous anéantissez rhomme ; posez la raison comme principe de toute vérité, et vous anéantibscz Dieu. La vérité est ola^ective. Que si la foi, sans règle y peut pousser au mysticisme, au fanatisme, etc.; que dirons-nous do la raison sans règle? — Pour rester raisonnable elle a besoin d'une lumière autre que sa propre lumière. Est-ce à la raison <le frapper jDieu à son empreinte ou de recevoir Tempreinte de Dieu?
Chaque époque, dans Tordre de la pensée, a ses défaillances; rhisioire est là pour le con^ tater. A celle-ci manquent rintelligence et la pénétration } à celle-là, le savoir, Télan, la foi, la sympathie. C*e6t le courage de Tesprit qui nous manque aujourd'hui. Ou sait que certaines témérités sont filles de la peur. Les in-«
telligeaceâ affaissées et détendues sejoiiblent ne pouvoir plus porter une affirmation résolue et
complète.
Après avoir reculé devant Terreur^ on recule devant la vérité* La philosophie cberdie des compromis absurdes entre le vrai et le faux.
Elle a reconnu l'impossibilité de résoudre, par
les seules forces de la raison, les plus redoutables problèmes; va4-eUe conclure? non; cette raison dont elle accuse rimpuissance n'y saurait consentir* Comme ces pouvoirs usurpateurs et de hasard condamnés d^avance à périr par le principe ou par la main qui les éleva, elle proteste en fuyant, se déclarant à la fois impuissante et souveraine.
Nous voudrions parler avec détcrence d'une école célèbre qui, naguère encore, eut le périlleux honneur d'appliquer ses doctrines au gouvernement des hommes, école ^aujourd'hui vaincue dans Tordre politique, mais toute puissante ddus le monde oliiciel, et se posant comme le milieu sage et de raison entre le sensualisme et ce qu'elle appelle iMiproprement Técoie caUioiii^ue.
Si le milieu critique et dominateur dans lequel cette école a la prétention de se placer n'est pas la négation positive, absolue^ il est au moins le doute; le doute, négation sourde et honteuse, sorte de compromis enUe les faiblesse de Tinlelligence et celles de la volonté , efféminaiion^ de l'esprit ou notre siècle d'épuisernoat et de
XIJ INTRODliCilON.
sophismes a prétendu trouver une force. Cette philosophie sans parti pris proteste avec la morale alarmée contre les déplorables aberrations du sensualisme; elle voit les barbares qui s'avancent, la civilisation rationnaliste qu'elle a faite livrer ses armes impuissantes aux nouveaux païens et se préparer à servir sous ces maîtres grossiers; elle le voit et mêle son cri d'alarme à tous les épouvantements , aux cris de fureur que les vainqueurs d'aujourd'hui poussent contre les vainqueurs de demain. Eile proteste avec dix-huit siècles de progrès contre les conclusions extravagantes mais logiques de la philosophie du moi. Elle reconnaît l'impuissance des systèmes. « Des systèmes, le monde en est las, ditelle à la philosophie. Vous avez voulu faire des systèmes et comment avez-vous réussi? Après tant d'attrayantes amorces, après des promesses si fastueuses y après des efforts inouïs , quelle nouveauté nous présentez-vous? La doctrine d'Uéraciite et de Zénon , le vieux panthéisme ; et ce panthéisme lui-même, très inférieur à celui du Juif d'Amsterdam, oii a-Ui abouti? Au matérialisme le |)lus abject. Pour avoir voulu être des Platon, vous êtes tombés au niveau de La Mettrie. » (Saisset, Écoles philosophiques en France).
Yous accusez la philosophie et ses inanités; vous accusez la raison et ses prétentions insensées qui la poussent à la déification du mot ou au suicide; vous reponnaissez l'impuissance
LMJIODUGTION. Xiij
de l'esprit devant les plus redoutables problèmes; mais les problèmes posés à rUumanitc doivent être résolas puisqu'ils impliquent la sanction de la loi morale et nous donnent le mot des destinées. La raison est un germe; germe fé* cond lorsqu'il 8*assimile les sucs qui lui cou* viennent, lorsqu il s'épanouii dans son milieu. Si la raison n'est pas la vérité, toute la vérité) si elle n'est, par elle-môme et cruuc manière absolue vie et lumière, elle relève d'une vérité, d*un« lumière supérieure; la vérité révélée est comme le regard do Dieu dans la raison.
L'étude de l'homme mène à€)ieu; la science de Dieu éclaini et complote Tétude de riiouinie. Que ïon veuille bien me comprendre. Je ne donne point à Tétude ou à la science de l'homme la priorité sur l'étude ou la science de Dieu; je dis seulement que l'une complète l'autre. La synthèse philosophique est et doit donieurer incomplète parce que , même dans Tordre hu^ main nous nous heurtons à chaque pas contre l'incompréhensible. I^s rapports de ia créature avec le créateur^ de Tordre naturel avec Tordre surnaturel, sont une des plus nobles comme aussi des plus incontestables nécessités de la vie. Circonscrire dans le rationalisme Tessor de la philosophie, c'est couper les ailes à la pensée, c'est clouer au sol, que ses vêtements devaient eillcurcr a peine, les pieds meurtris do Taoge, c'est murer le sanctuaire y c'est laire la
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noit dans le temple, c'est imposer silence à toute voie qui adore, à toute àme qui plewe on qui prie.
L'autagODisme entre la raison et la foi pourrait bien n*étre en réalité qu'une forme de ce dualisme qui se retrouve partout au fond de notre nature. Lutte inévitable entre des facultés d'un ordre diûiérent dont le médiateur n*est point en nous. Encore un pas et nous voilà eu présence de ces redoutables problèmes du mal ou de la chute que la philosopliie n'ose sonder. Problèmes, disons-nous; la religion dit mystères. A qui devons^nous en de*mander le mot?
C'est en verta d'une adhésion inviiicibie à un fait, que la raison prend possessba d'elle-même. Je pense ^ je suis. Or, par rapport à l'ordre surnaturel, c'est encore en présence d'un fait que la raison se trouve placée; et ici l'acte de foi est un acte éminent de raison, puisque celle-ci ne s'avoue vaincue qu'après avoir lutté contre Dieu même, après s'être mesurée à la raison infinie , et que sans rien perdre de sa liberté, elle ne cède à son vainqueur que pour s'élever jusqu'à lui.
Les mystères ont deux faces, dont Tune, s'il m'est permis de parler de la sorte, est tournée du côté du ciel, l'autre du côté de la terre. La première échappe à la raison parce qu'elle regarde l'infini dont elle est comme le miroir, comme le rénécliissemciit divin. L'excès de la luinière éblouit, mais il prouve la lumière. Les anciens savaient qu'on ne peut voir Dieu sans mourir*
La seconde de ces faces, tournée du côté de rhomme, m prête à la mi&ou et lui devient acce»* sible par les analogies , par les enseignements, par les révélations, par les demi-jours; c'est le côté pratique.
Merveilleuse économie de la sagesse de Dieu! Si la raison n'eût été mise en présence de l'infini^ rhomme voyant le fond de toutes choses se serait trouvé plus grand que toutes cboses; sou iurtelligence, s'endormant dans une sorte d^adoration d'elle-même, aurait vu s'éteindre, une a une, ses focultés les plus vivantes et les plus nobles. Plus d'amour, plus de prières; plus d'élan vers l'idéal; flm d'eUbrts pour réaliser^ dans la vie pratique, la beauté morale entrevue; plus d abnégation, plus de sacrifices. A la place de ces effusions sympathiques qui centuplent la vieen rattendrissant, qui élèvent l'homme au sacerdoce du bien y de la vérité, de la charité ; de la charité, mot divin que le ciel a prêté à la terre, à la place des vertus, dis-je, un orgueil triste et morne, un irrémédiable égoïsme ; et , nous en appelons ici à l'histoire individuelle des âmes comme à l'histoire générale des faits, un abratissement, une corruption hideuse et sans mesure.
Il s'élève, du fond de notre nature, des voix qui protestent contre la domination exdnsive des choses du temps; instmcts sublimes des plus belles de nos facultés, souvenirs d'une grandeur paiiiéO; ou pressentiments d'une grandeur a
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V6ûir. Pour satisfaire à ces instincts^ rinûai^ c'estrà-direDiea même, se laisse entrevoir sans se livrer et tient dans une aspiration constante ces facultés généreuses. Mais, à la soif de connaitrei au besoin de posséder et de voir qui dévore noire entendement, à ce côté positif et pratique de la raison qui demande, pour ainsi parler, à toucher pour croire, il fallait un élément saisissable, même dans les choses de l'ordre surnaturel; voilà pourquoi, dans le temps même où Tintelli* gence s'inclme devant le mystère, en vertu d'un acte de foi qui n'est au fond qu'un acte de sou-* mission du fini à l'égard de l'infini, cette même raison, abordant l'incompréhensible par ce qui touche à notre nature, à nos besoins, à l'accomplissement des devoirs si multiples et si divers de la vie, à nos destinées présentes cl futures, le soumet à l'analyse, le met en regard d'elle même, le mesure à ses aspirations, à ses espérances et le proclame raisonnable bien que supérieur à la raison.
Ainsi le monde des intelligences comme le
monde des corps, l'ordre inaleriel comme l'ordre moral, l'individu comme les sociétés, les lois générales comme les lois particulières, les vérités abstraites comme les vérités pratiques , la philosophie atteint toutes choses, elle étudie toutes choses, elle demande à Loulos choses leur raison d'être. Sublime et périlleuse mission. Mais, hàtons-nous de le dire, la philosophie que
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nous définissons ici n*a pas la prétention de créer; elle ne pose point la raison subjective coniine la mesure dn vrai ; elle ne coupe point la téte aux vérités pour leur donner son niveau; elle s'élève par la foi au niveau des vérités éier-* nelles. L*œuvre delà philosophie est une œuvre libre d'investigations et de découvertes dans la lumière et sous le regard de Dieu.
Libre, disons«nous; et il en doit être ainsi j la liberté est une condition de notre nature ; or l'homme ne serait pas libre, si sa raison, toujours tournée vers le côté lumineux des choses, toujours noyée dans le rayonnement de la vérité, toujours subjuguée par Tevidence, n'avait pas à chercher ou à choisir. La foi , pour devenir un acte moral, ini|)lique la volonté. L'ùme trouve un devoir à côté de chacun de ses droits ; ce n'est qu'ainsi qu'elle mérite. Toute jouissance demande un effort et commence par la douleur.
Ainsi, l'épanouissement continu de la raison dans cet océan de lunîière et de vie que j'appelle la vérité enseignée, réalise les conditions du progrès intellectuel, immulabilitè et mouvement*
Nous avons constaté le mouvement comme une lot de l'esprit ; ajoutons que ce mouvement n'est point stérile parce que l'esprit aime déjà la vérité qu'il cherche^ et qu'il s'identifie ce qu'il aime par le droit de sa force et de sa fécondité ; de la sorte, la vérité ne reste point une chose abstraite et sans vie* £lle est la splendeur de Dieu dans l'ordre im-
XViij IMhODliCTIOiN.
matériel ; elle devient la condition du bien dans l'ordre moral et pratique. L'âme réalise, par le bien, la vérité conçue; elleréalise, pour ainsi dire, Dieu en elle-même et dans le monde extérieur par la charité. I^ous le demandons mamtenant ; don* ner à la raison Tinlini pour champ de découvertes, la perfection infinie comme aspiration et comme terme, est-ce la circonscrire ? reconnaître Tindépendanee de la raiâon devant la raison^ estce donc 1 avilir?
En présence de ces horizons infinis où Tombre et le jour s'harmuuiseat avec une perfection pleine de majesté, Tintelligence passant, par une progression continue, du crépuscule à réblouissement, tressaille de joie et d'admiration. £lle a découvert la terre de ses espérances. Elle ne dit point, le monde c'est moi; elle se sent plus grande que le monde. Elle ne dit point, la vérité c'est moi; elle voit qu'il esl une raison supérieure à la sienne. Mais, volontairement inclinée devant cette raison supérieure, recevant la lumière à sa mesure et selon le rang qu'elle occupe dans Téchelle des êtres, libre dans sa sphère d'activité, lien mystérieux entre lo monde supérieur et le monde inférieur, elle prend possession d'elle-même et de Tunivers, donnant un gens d la création, un nom à toute créature, prêtant à toutes choses sa voix pour bénir, pour glorifier la cause première, rétre par excellence, la raison suprémCi le suprême auteur.
Bu môme temps que la plante pompe, par sa racme les sucs nourriciers du sol, fion feuillage, épanoui dans la lumière, boit Téther le plus pur. La foi est la respiration de celte plante immortelle qui (^'appelle l'âme humaine. Que l'on me permette cette image; la raison s'assimile les sucs de la terre^ la loi a&pire lea rayons du ciel.
Dans le système rationaliste, toute intelligence ne relevant que d'elle*môme implique l'absolu; Tabsolii dans la vérité comme dans l'erreur. Sous une apparence de liberté, qui ne reconnaît le despotisme? despotisme d'une faculté sm l àmo tout entière; despotisme de la raison individuelle et subjective sur la raison objective et universelle; démagogie de la raison qui fait comparaître Dieu à sa barre et qui, le trouvant plus saint et plus grand qu'elle , s'eflforce de l'avilir en déclarant qu il est le ntal, et le met hors la loi en vertu de sa haine et de son impuissance.
Quelques écrivains célèbres, poussant la réaction contre les doctrines rationalistes jusqu'à ses limites extrêmes, ont semblé répudier la raison et méconnaître ses droits; on a donné le nom de philosophie catholique aux doctrines qu'ils ont enseignées. C'est une erreur. Enfin, des espris modérés et conciliateurs se sont demandé s'il n'était point de compromis possible entre la raison et la foi. Or, le terme moyen devant être pris dans l'une de ces facultés, la question reste tout entière. Hà-
XX IMTHODUCTION.
tons-nous de le dire : Vaccord de la raison et de la foi est un faitf non une théorie. Celte réflexion bien simple nous semble résoLidre la quoilion eu la posant sur son véritable terrain.
Kst*il vrai que la raison objective ne soit qa*une sorte de révélation naturelle? Est-il vrai qae dans l'ordre pratique, la foi et la raison se prêtent un appui mutuel et ne se puissent séparer? Est-il vrai que par rapport à l'ordre surnaturel l'acte de foi soit un acte de raison? Ëst*il vrai qu'à moins de laisser sans réponse les plus redoutables problèmes^ la raison soit forcée de s'aider de la foi? tout est là. Qu'on nous permette de nous répéter, Vaccord de la raison et do^ la foi est un fait, non une théorie. Avant de jeter sur le sol le gland qui doit devenir chêne, la main de Dieu prépare la couche où doit s'accomplir sa transformation glorieuse; il la prépareà la graine imperceptible de laquelle doit germer le brin d'herbe et le plus humble lichen. Aurait-il moins de souci do rintelligence de Thomme? Les systèmes que nous avons combattus sont faux ' parce cpi*ils scindent Tintelligence ; Tàme n'est, d'une manière absolue» nilafoi» nilaraisou; elleest Tune et l'autre. La raison implique la foi; Tesprit ne s'éclaire point lui-même. La terre n'envoie point au soleil la chaleur et la vie; mais sa chaleur créatrice et latente se développe sous l'action féconde de l'astre roi; elle s'identifie à cette action pour ne faire qu^une môme chaleur.