‹ Philosophie fondamentaleChapitre 46 sur 165 · U est plusieurs moyens de percevoir la vérité · texte numérisé non relu

U est plusieurs moyens de percevoir la vérité

de sorte que les vérités perdes appartieaoeat à des ordres dîver&y parallèles, pour wm dire, «un moyens de perception .

Ces moyens sont au nombre de trois : oonscience,

évidence, instinct intellectuel. Les vérités correspondantes sont : Vérités de sens intime, vérités néoessai* ras, vérités de sens commun. Toutes choses quil faut distinguer avec soin, si Ton veut avoir des idées nettes et trouver le vrai, dans les questions relatives au premier principe de nos connaissances*

148. Le moyen que j'ai nommé moyen de cou* science, c'est-à-dire le sentiment iatérieur de ce qui se passe en nous, de ce que nous éprouvons, est in* dépendant de tous les autres. Que Ton détruise Tcvidenoe, que l'on détruise Tinstinct intellectuels la conscience reste. Pour sentir, pour être assurés que nous sentons et de ce que nous sentons, nous n'a« vous besoin que de rexpérience eDe-mtaie» S'il est possible de mettre en doute le principe de contradiction, j'ose affirmer qu'il ne Test point d'ébranler la certitude de la souiïrauce chez celui qui soutire, du plaisir chez criui qui jouit, de la pensée datez odui qui pense. Le sommeil ou la veille, le boa sens ou la

iolîe n'ajoutent rien, n'enlèvent rien au tétnoignage

de la conscience. Ce témoignage est inébranlable, parce que l'acte ou l'impression qu'il atteste sont pré* sents, au fond de notre àme, d'une manière intime, immédiate. 11 peut y avoir erreur dans l'obj^, non dans k phénomène. Le monoœana qui croit eomp* ter sou or se trompe, sans doute ; mais il a consckoce

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qu'il le compte ; en cela U ne peut se tromper. Un

homme rêve qu'il est tombé entre les mains des vo^ leurs; il se trompe sur le fait externe, non sur l'acte Inéme par lequel il le croit.

La conscience ne relève d'aucun témoignage extrinsèqne ; la certitude qu'elle produit est absolue, irrésistible, infaillible, dans la sphère de son activité; pai* le fait seul qu'elle est, elle témoigne d'elle-même. Pour elle, il n'y a point apparence et réalité; Tapparence est une réalité. L'apparence est déjà une véritable conscience.

149. Je comprends, dans le témoignage de la conscience, tout ce qui affecte le moi humain; idées, sentiments, sensations, actes de la volonté, pensées de toute sorte, en un mot tout ce dont nous pouvons dire : je le sens.

150. Il est évident que les vérités de conscience relèvent de robservation comme faits, niais ne se peuyent établir en propositions. Est-ce à dire que l'on ne puisse les énoncer? Kon; mais que, par eliesmèmes, elles sont en d^œrs de toute forme intellectuelle : simples éléments que Tintelligence coordonna et compare, mais qui ne donnent, isolément, aucune lumière; qui se présentent tels qu'ils sont, mais ne reprhmient rien; faits primitifs, au delà desquels l'inlelligence ne peut s'avancer.

131, S'il nous est si diiûcile de comprendre l'isolement dans lequel se trouve, par nature, tout ce qui est purement subjectif, nous le devons au mélange des opérations purement intellectuelles avec les sim-

pies laits d'expérience interne ou de conscience.

On veut faire abstraclion de la réflexion, mais l'effort même par lequel on cherche à s'en aiiranchir la ramène. L'intelligence est une flamme; vous la com* primez d'un cùtc » elle se fait jour de l'autre ; le souffle qui veut Téteindre la rend plus vive et plus intense. Delà la difficulté de distinguer entre Tobjectif pur et le subjectif pur, entre l'évidence et la conscience» entre connaître et sentir ? Toutefois, observons ce qui se passe dans les animaux, peut-être cette observation nous founiira t-clle quelque lumière. Les animaux ont, à leur façon, le sentiment de ce qu'ils éprouvent ; s'ils ne sont point de pures machines, il faut leur accorder la conscience, c'est*à-dire la présence intime de leurs sensation, ou leur refuser la sensation elle-même. Il n'y a point de sensation pour qui ne sent point qu'il sent. Mais Tanimal ne réfléchit point sur les pliénomènes intérieurs ; il sent , voilà tout; les sènsations- se succèdent, en lui, sans autre lien que l'unité de Têtre qui les éprouve. Elles ne deviennent point objet, c'est pourquoi il ne les combine ni ne les transforme, les laissant ce qu'elles sont, de simples faits. N'en serait-il pas ainsi, dans le woz humain, des faits de conscience, lorsqu'ils sont encore isolés et qu'ils n'ont point été soumis à l'acti-* vité réfléchie?

Si nous n'avons une idée claire des faits de coni^cience, de la valeur du témoignage de la conscience, impossible de faire un pas dans la recherche du premier principe des connaissances humaines. La plus

CiiAi». X?. —MOYEiXS DK rtliCEVUlH LA VÉRITÉ. 117

légère conftiMcm, 9iirc6 point, entntfneles plus graves erreurs ; nous aurons occasion de le remarquer dans la suite ; d^à nos observations sur la philosophie du moi, nous en ont fourni de déplorables exemples.

1S8. L'éVktence, a-t-on coutume de dire, est untf lumière intelleetuelle. Métaphore ingénieuse, exacte même, si Ton veut; mais on n'explique point, par des métaphores, les mystères de la pliilosophie. Il esi des actes de conscience qui sont pareillement une lumière pour Tesprit. Dans les opérations , dans les impressions intimes n'y a-t-il point, comme une sorte d'illumination claire et vive, qui frappe l'œil de rame et le force à voir ce qui s'offre à lui ? Définir l'évidence, « la lumière de Feniefèdement, » c'est la confondre avec la conscience, ou, par Tambiguité de termes, c'est donner occasion de la confondre.

Il faut en convenir, toutefois ; lorsque nous voulons exprimer la nature de l'évidence et ses effets sur l'esprit, l'idée de lumière éclairant les objets et les offrattf à la contemplation de l'ftme, se présente à nous sur-le-champ. Mais, je le répète, cela ne suflit point. Sans prétendre à la définir, cherchons un ca« ractêre qui la distingue de loul ce qui n'est pas elle.

153. Les vérités attestées par Tévidence sont né* cessaires et par conséquent universelles. Nécessité, umv^alité, voilà les propriétés essentielles de Tévidence. Un fait contingent ne comporte point Tévidence» à moins qu'il ne soit soumis à un principe de nécessité.

Je vms expliquer cette doctrine par des exemples

us uvm 1. DE Là ofiamuoB.

empr uiàtéA aUernaUvemeot à TévkieiàCd dt m mu intime.

Qtà'û y ait eu niai une substance pensante, je k sais non par évidence, mais par eonscienGe. Que ce qui pense existe, je ne le sais point par conscience, mais par évidence. Dans les deux cas, la certitude est absolue, irrésisiibie; mais dans le premier, elle /t'exerce sur un fait particulier, cooitiiigeiit ; dam le second, sur une vérité universelle et nécessaire. Il est certain, pour moi, que je pense; il ne suit paa int viucibiemcat que cela boit certain pour autrui. Je 1^ cesser de penser, rien ne sera changé dum te monde des intelligences; que ma pensée retombe dans le néant, te vérite» en eUe-mâme, n'en souffrira pas ; d'autres intelligences continueront à percevoir le vrai. Ni Tordre idéal, ni Tordre réel ne seront trouUés.

Je me demande si je pense ; et j'entends au lood 4e mon ftme, une réponse affirmative; je medemande si ma pensée est nécessaire d'une manière absolue» et Texpérience me r^nd par uuenégatîofl ; je ne trouve nul motif sur lequel établir cette nécessité. Mèam ea supposant Tannibilatiou de ma iMX)pre intelligence, je ne cesse point de raisonner. Aiusi^ j'examine ce qui serait advenu si je n'avais point reçu Tétre ; ce

qui pourrait advenir si je le perdais; j'établis des

principes, je tire des conséquences sans hrisev aucune des lois de Tordre intellectuel. Le monde réel et le monde idéal sont pour moi, comme un ncm^i* fique spectacle, auquel il est certain que j'asetete»

CHAP. XV^^HOVBNS DB »£RCKV01tl LA VÉRITÉ, lltt

iDflis d'où je puis me retirer sans arrêter la représentation, sans qu'il y ait d'autre changement que Je vide laissé à la place imperceptible que j'occupe. Il en est bien autrement des vérités qui sont objet d'évidence. £st*il nécessaire que je pense ^ Non ; mais il est nécessaire, d'une manière absolue, que ce qui pense existe, et je ne saurais» même un instant, taire ab« sbMUon de cette nécessité. Que si (supposition ab» surde) je supprime le rapport entre la pensée et Tètre, le Uen qui maintient Tordre et Pharmonie dans l'uni* vers se brise aussitôt; tout est bouleversé, confondu, et ce qui s'offre à moi, je ne sais si c'est le néant ou te chaos. Pourquoi ce bouleversement et ces ruines ? par eela aeol qtie Fentendement admet un fait con«

tradicloirc, en affirmant une pensée à laquelle il rel'ttsô rraisteuce. Une loi universelle, nécessaire, absolue, a été violée, tout s'est écroulé; k oertttiide de Tesuaience du moi, certitude fondée sur le témoi-* gnageda la conscience, ne Banrait répararcédésordre. En admettant une contradiction, rintelligence s'est suicidée; aa parole insensée a engendré le néant; les ténèbres que le souffle de cette parole a répandues stnr tout ce qui est, sur tout ce qui peut être, retom«* beat eu noirs tourbillons sur eUe, et Fenveioppent d'une éternelle nuit»

4M. Voilà les caractères de la conscience et de révidence définis et finés. La première a pour objet Findividuel et le contingent; la seconde, l'universel fA te aécôssaire. La conscience et l'évidence ne peuvent être et ne sont identiqws qu'en Dieu seul, source

(le toute vérité, principe universel et absolu de l'être et du connailre. Dieu voit la raison do toutes les essenees, la raison de tout ce qui est, dans son être intini qui contient toutes ciioses; Dieu ne peut faire abstraction de lui-même et du témoignage-dé sa conscieuce. Que resierait-il du monde, demandé-je à la créature, si tu cessais d'être 1 — TotU^ excepté moi. — Mais si Dieu cessait d'exister» que resteraitil? — Jiien.

468. J'ai donné le nom d'instinct intellectuel à cette inclination spontanée qui» dans la pratique de la vie, détermine la certitude indépendamment du témoignage de la conscience ou de l'évidence. On dé» signe à un arâier un but à peine visible; fl doit» les yeux bandés» lancer une iièche au hasard» après avoir perdu jusqu'au souvenir de la direction dans laquelle ce but se trouve placé, impossible de Tatteindre» di« ra-fr41 ; et les raisonnements les plus captieux n'é* branleront pas sa convictiim. A-t-il, avant de répondre» consulté le témoignage de la conscience? Non, car il s'agit d'un fait extérieur. Invoque-t-il révidence? Non» car Févidence implique dans son objet quelque chose de nécessaire; et nulle impossibilité nécessaire n'empêche la flèche d'atteindre le but proposé. Sur quoi donc s'appuie l'invincible conviction de l'archer? Ni la conscience n'intervient» ni révidence immédiate ou médiate n'est invoquée : elle a donc pour origine la force intérieure que je nomme instinct intellectnel; qu'on rappelle sens commun» il ne m'importe» pourvu que le fmt soit

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