‹ Philosophie fondamentaleChapitre 55 sur 165 · CHAPITRE UK. — PRIKCIPK DE l>esCAllTBS · texte numérisé non relu

CHAPITRE UK. — PRIKCIPK DE l>esCAllTBS

mnbnnndM logique oomiMT^^ des éléments très divers. Je vais ej^pUquer ma pensée*

Le fait de coDsdeiice, oonddéré en kri-même, n implique mil rif^rt; il n'est autre doiose que luinAoïa, il ne w pM i^ns k»n que liiîHiième ; c'est la présence de l'acte ou de l'impression, ou plutôt, c'est rade, c'est Fimpreaiiott iwéseiite à Tesprit Point de combinaison d'idée» , poiut d'analyse ; analyser, c'est quîMer le tencmn de la canseience pwe pour eatrer dans les régions objectives de raclivitc intellcctiielle. MaiB ooomie la miatérm àm hMagage est damam£ester celte activité ; confimc le verbe bumain n'a pas été jeté, si je puis exprimé' ainsi, dans la moule delà conscience pure, mais dans eehu de Veatendemsnt, toute propûâîiioii. énwcée est une combinatsoa k>* giqne cm idéide. FDur trentar une expression de conscience pure^ sans niéla!>g^ d'éléments intellecteels^ il nonsfiminât la dierdicr nondaaa la puvis» mais dans le s igiie naturel de la douleur^ du plaisir, d^e passion qa^son^ne^ Celte expression syo»* tanée et simp le, mani&ste ua tait iniérieuCj, tien de pins; mais 'dès nom portona» ily a asriie dame qu'une simple manifestation de conscience; le vei be extérieur c«nd sensible le lerbe ietérienr^ produit de l'activité intellectuelle dont il est l'image; ce verbe intérieur comprend déjà vm sujet et un otij^i par-^ tant il ( 3st supérieur à la conscience pure.

181 L'expression « je pem » est une véritable' propO;sition, et se peut traduire, sans subir aucune altér^-atioui sous cette forme irigouroesement logique

144 LITRE K — m LA GBRTITUDB,

« Je suis pensant. » Nous y trouyons un sujet, un

verbe, unatlribul. Le sujet, c*esHcpronoin;V ou mo?*. Nous Yoilà en présence de Tidée d'un être éprouvant des impressions, produisant des actes, en possession d'une activité que rattribut pensant exprime. L'idée du moi s'offre donc à l'esprit comme quelque diose de supérieur aux phénomènes de conscience pure; ce n'est rien lâoins que l'idée même de substance. Analysons attenlivemeiiL ce que contient cette idée.

En premier lieu, unité de cmseience. Si le mot n'est pas identique et un, malgré la plui alité et ladi- Tersité de ses oi)érations ou de ses actes, nous ne sau* rions le comprendre. L'unité expéiinientale de la conscience entraîne forcémimt Tunlié de l'être sensible. Cei être est le sujet dans lequel la variété se réalise, autrement on ne pourrait dire :tnoi. Ainsi, dans cette expression, nous découvrons l'idée de Tunité et des rapports de l'unité avec la plu«ralité, l'idée de la substance et de ses rapports avec, les accidents ; donc, l'idée du 77101, bien qu^elle exprime l'unité dans sa manifestation la plus simple, est logiquemrat une idée composée, puisqu'elle enferme diOérentes choses de Tordre idéal qui ne se trouvent point dans un fait de conscience pure. Idée proiondémeiit philosophique, puisqu'elle contient une combinaison d'éléments qui relèvent de l'ordre idéal.

182. L'attribut pensant est une idée généi^ale qui, non-seulement embrasse toute pensée proprement dite, mais encore tout phénomène relevant de l 'esprit 4l'une manière immédiate.

CHAPIT. XIX. ~ PRINCIPES DE DESCARTES» i4S

Wons Tenons de voir que lldée du moi se décomposait en deux idées; le moi sujet de difTérenies inodtfieationiB, et le mai pensant. L'idée de sujet implique les idées cruiiiic et de substance ; l'idée pensant implique celles d'activité ou de réceptivité (que Ton me permette cette expression), accompagnées de conscience.

4 83 . Avant de formuler la proposition, il faut que, dans ridée du moi^ nous ayons trouvé Tidée pensant, ou dans cellMi Tidée du moi. Le «not nous révèle Fi-^ dée de sujet ou de substance en général ; mais, en dépit de tous les sophismes, nous ne pouvons y découvrir ridée de l'attribut pensant. Le nwi ne se manifeste point lui-même ; il ne nous est connu que par la pensée ; c'est donc la pensée et non le moi qui doit être notre point de départ; d'où il suit que dans cette proposition l'attribut est connu avant le sujet; le sujet est le contenu plutôt que le contenant.

' Eli elïet, le /jioz éclot, pour ainsi dire, de la pen^ sée ; la pensée le révèle à lui-même. Si ractivité inlellectuclle se recueille pour chercher sa l)ase, elle se trouve en présence non du moi, mais de ses actes; c'esl-à-dire de la pensée. La pensée est donc l'objet primitif de l'activité inteilectuelie rédéchie, son premier élément de combinaison, sa première donnée. Arrêtons nos ixgards sur cet élément; l'unité s'y révèle à nous au sein de la pluralité ; nous apercevons un être toujours le inéme au milieu du flux et du reflux des phénomènes de la conscience; et cette identité nous est allcslce, d'une manière irrésistible, I. ^

IM utn u — HB Là cuRTinmE.

par la oaiiseidiica même. L'idée du moi eêi donc tirée de la pensée ; le sujet relèTe de Tattribut.

184. Il ue s'agit point ici de ia faculté de penser, on le comprend, mais de la pensée réalisée, de la pensée en acte et présente ; or, cette réalité reste stérile si elle ne s'offre à Tesprit sous la forme d'one idée générale ; il est évident, eu elïet, que le moi ue ressort point d'un acte isolé, puisqu'il est Tunilé, sujet de la pluralité. Seule l'unité de conscience le manifeste; et cette unité, nous ne la connaissons qu'en tant que nous l'avons éprouvée , c'est-à-dire en tant que nous percevons le rapport de Tunité avec la multiplicité, le rapport du sujet avec ses modifications.

£h quoi 1 tant de travail, une analyse si compliquée pour produire cette proposition : « le pense. » Ou comprend maintenant combien j'avais raison de dis* tinguer entre le fond et la forme ; c'est ainsi qu'en philosophie, si 1 on ne procède par une analyse judicieuse et sévère, des espaces immenses se trouvent francliis à notre insu. Les phénomènes les plus divers, les idées les plus opposées se heurtât, confondus en

un même chaos.

185. Examinons, maintenant, quels sont les rapports de Texistence avec la pensée. Cet examen uous sera facile si nous n'avons point oublié les précédente» observations.

Nous concevons l'existence conune antérieure à ia pensée ; Texistence est une condition indispensable delà pensée; toutefois, ce n'est point l'existence, mais la pensée, qui se manifeste la première aux yeux de

CHAPIT, XIX. l>IUNCiPES DE DfiSCAATES. ^^^

Vesprit ; et cette manifestation n'est pas abstraite mais déterminée, expérimentale, empirique.

Tous ks êtres se trouvent compi js dans iidéc d'existence ; c'est une idée générale. La conscienee ne peut débuter par là. Que nous nous élevions a eette idée par une abstraction ; qu'elle soit une ftrm préexistante de notre jpensée, il n'imporie, ce n'est point ce qui s'offre à nous en premier lieu, ou, pour parler avec plus d'exactitude, ce n'est point la dernière assise, le dernier temps d'arrêt de notre esprit, lorsque, parcourant, dans un mouvement rétrograde, Téclielle de nus coiiiiaisbauces, il revient au point de départ. Ce point de départ, c'est la conscience eNe^ Uièuie, qui, après a\oir été objectivée et soumise à Tanalyse, nous présente l'idée d'existence Gemme contenue ea elle.

Un en conclut que le c donc j'existe » n'est pas une déduction rigoureuse des prémisses « jepense, » mais seulement l'intuition de l'idée d'existence dans l'idée de la pensée. Il y a là deux propositions : l'une générale, « ce qui pense existe ; » l'autre particulière, « je pense, donc j'existe. » La première appartient à Tordre purement idéal; elle est d'une évidence intrinsèque et indépendante de toute conscienee parti* culièx e ; la seconde participe de Tordre réel et de Tordre idéal : de Tordre réel, en tant qu'elle contient un fait particulier relevant de la conscience ; de Tordre idéal » en tant qu^elle eombine l'idée gé» nérale avec le fait particulier; c'est seulemeuL ainsi ^ se peut eoncevotr Tunion de l'attribut avecle sujet,

148 LIVRE i. — DE LA CERTITUDE.

186. Il nous sera facile, maintenant, de résoudre les questions agitées dans les écoles.

Première question : Le principe « je pense » relèvet-U d'un autre principe? — Il faut distinguer. Gomme simple fait de conscience, non. Nous ne pouvons admettre, dans Tordre de nos connaissances, rien qui soit antérieur à nous-mêmes. Tout ce que nous connaissons, eii tant que connu par nous, implique la conscience. Supprimer la conscience, c'est tout détruire; que Tunivers s'écroule, seule elle reste debout, indestructible et vivante. La conscience précède toute connaissance, elle n'en présuppose aucune.

Comme proposition, oui. Ce principe relève, alors, d^un raisonnement ou plutôt d'une analyse ; donc il ne peut être le fondement de nos connaissances.

187. Seconde quesiiou ; Suiv ra-t-il le sort des autres principes, nous manquant s'ils nous manquent ? Même distiaciiou que tout à l'heure : comme simple

. fait, non; comme proposition, oui. Que Ton nie toutes choses, y compris le principe de contradiction, la conscience survit ; maia que Ton nie le principe de contradiction, toulc proposition s'écroule, toute coaibinaison devient absurde; l'analyse, le rapport de Fatlribut avec le sujet sont des mots vides de sens.

188. Troisième question : Ce principe, <s.je pense^it une fois admis, pourrait-on ramener à la vérité quiconque nierait tout le reste? Distinguons encore. L'on tentera de ramener le sceptique ou par le raisonnement ou par l'observation, c'est-à-dire, de le combattre à Taîde d'une argumentation logique ou d'éveiller

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son attention . La seconde méthode se peut essayer ; la première serait inutile.

Quiconque nie tout principe, y compris le principe

de conlradidion, se soustrait au raisonnement; on

dispute en Tain contre lui. Essayons.

— Vous pensez, puisque vous admettez ce prindpe, < je pense. »

— J'en conviens.

— Donc, TOUS devez admettre le principe de contradiction.

— Pourquoi ?

Nier ce pi incipc, c'est reconnaître que l'on peut en mèine temps penser et ne penser pas.

— Je ne vois rien qui s'y oppose.

— - Mois alors vous anéantissez votre pensée. . .

— Pourquoi ?

— N'est*il point vrai que vous pensezlf

— Cela est vrai.

— £1 vous admettez qull soit possible que vous pensiez et ne pensiez pas en même temps ?

. — J'en conviens.

— - Mais l'un détruit Tautre; vous anéantissez votre

pi opre pensée, en admettant simultanément Tun et Tautre.

— Je ne puis en convenir ; votre argumentation n'est qu'une pétition de principe , car vous supposez vrai, sans le prouver, ce que je conteste. En effet, puisque je niele principe de contradiction, je n'admets point que le non être détruise Têtre, ou rèlro le non être, etyim conséquent, que la proposition je ne pense

ISO LIVRE !• — DE LA CEKXITL DE.

pas soit incompatible avec la proposition je pense.

Dans votre système, où Tètre détruit le non être, et viee ver$â, il est certain que penser et ne point penser sont deux choses contradictoires , ou , si vous le voulez, impossibles ; mais, dans mes principes, selon lesquels j'admets simultanément Tètre et le non être, il est très simple que je pense lorsque je ne pense i)as.

Ce langage est absurde, mais conséquent ; le principe admis, la déduction est logique. Que si Pon répond que, dans ce cas, le sceptique n'est pas en droit d'établir l'argument que nous venons d'entendre, il peut répliquer à son tour qu'on n'a pas plus que lui le droit de raisonner, ou bien qu'il ne trouve nul inconvénient à ce que l'on raisonne et ne raisonne pas en même temps.

11 n'est d'autre moyen de ramener im homme ainsi fourvoyé que de le rappeler à l'observation» (kNnment agir par le raisonnement sur un esprit en dehors de . la raison ? Les considérations qi|6 l'on Mt valoir doi^ vent être comme un appel, comme une sorte d'éveiL U dort ou il est hors de lui. Kappelez-le à lui-même, ne raisonnez pas ^

> VoirUMtoXIXàtefiiidavotaiM,

CHAPIT. Vi. — PHINCIPB DS GOMTIUINCT. KAKT. 151

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