‹ Philosophie fondamentaleChapitre 56 sur 165 · Avaot d'examiner quelle est la valeur du prîn · texte numérisé non relu

Avaot d'examiner quelle est la valeur du prîn

cipe de contradiction comme point d appui de toute Gonuaiâsauce, il est boa de lixer le sens vrai de ce principe. Kant, dans la Critique de la raison pure ^ émet sur la formule adoptée, jusqu'à ce jour^ par les différentes écoles, une opinion particulière que je me propose de discuter. Quelle que soit la matière de notre connaissance, dit ce philosophe, et quel que soit le rapport de cette connaissance avec i'oliyet, c'est une condition générale, bien que purement négative de nos jugements, qu'ils ne suieui point contradictoires» Cette dodtrine une fois établie, il formule ainsi le principe de couiradiction : « Un aiUibut qui n^gne à son sujet ne peut convenir à ce sujet > ,

faisant observer que ce principe, quoique négatif, est

un critérium upiversel de vérité ; que, par là même, il appartient, d'une manière exclusive, à l'ordre logique, puisqu'il s'applique aux conaaissances en tant que connaissances, abstraction faite de leur objet, et que la contradiction anéantit ces connaissances. < Il existe toutefois, ajoute4*il, de ce principe purement déforme et dépourvu de contenu, une formule enfermant une synthèse que l'on confond sans

i&'à LIVRE I. ~ DE LA CERTITUDE,

iiccessilé avec le principe même. La voici : 11 est impossible qu'une chose soit et ne soit pas en même temps. » Noa-seulemeiU ici la ceriitudc apodicLique a été inutilement ajoutée (par le mot impassible) , cerlilude qui, de soi, doit cire comprise dans la proposition , mais encore le jugement se trouve affecté par une condition de temps, et poui rait se traduire ainsi : Une chose=B qui est quelque chose s G ne peut, en niome temps, n'être point C ; mais elle peut être successivement Tun et l'autre (C et non C). Par exemple, un homme jeune ne peut être vieux en même temps que jeune, mais il peut être jeune en un temps et vieux, ou n'être pas jeune en un autre; le principe de contradiction, comme principe purement logique, ne doit donc point restreindre sa signification à des rapports de temps; ainsi la formule généralement ado[)iée est entièrement contraire à l'objet du prmcipe même. L'erreur vient de ce qu'elle commence par séparer l'attribut d'une chose de Tidée de cette chose , et qu'ensuite elle unit àce même attribut son contraire, ee qui ne donne jamais une contradiction avec le su** jet, mais seulement avec l'attribut qui lui est uni d'une manière synthétique ; contradiction qui n*a lieu qu'en tant que le premier et le second attribut sont compris dans le temps. Si je dis, un homme qui est Ignorant n'est pas instruit, la simultanéité doit être exprimée, parce que celui qui est ignorant en un temps peut être instruit dans un autre. Mais si je dis, nul homme ignorant n'est instruit, la proposition sera analytique, parce que le caractère de Tignorance con-

CHAPIT. XX; —PRINCIPE DE CONTRADICT. KANT. 153

Btitue ridée du sujet » dans lequel cas la proposition négative émane immédiaieaieiU de la proposition contradictoire, sans que la condition en même temps doi\ c intervenir. Voilà pourquoi j'ai changé la lormuledu principe de contradiction, voulant qu'elle exprimAt d'une manière claire une proposition analy tique. » {Logique iramcendaniaJe^ liv. 2, ch. S, section l".)

490. Pour rendre intelligible ce passage assez obscur, je vais ^sayer d'expliquer ce que le philosophe entend par propositions analytiques cl i>ynttiétiques. Dans tout jugement afiirmatif, le rapport de rattribut awc le sujet est possible de deux manières : l'^ l'attribut est contenu dans le sujet et lui appartient à ce titre ; ^ bien que lié au sujet, il lui est complètement étranger. Analytique dans le premier cas, le jugement est synthétique dans le second. Analytique affumatif si 1 union de l'attribut aiec le sujet est conçue par identité ; synthétique, si cette union est conçue sans identité. Kant éclaircit son idée par les exemples suivants : c Lorsque je dis, tous les corps sont étendus, j'exprime un jugement analytique, car je n'ai pas besoin de sortir de l'idée de corps pour trouver Tattribut étendu ; il me suflil de la décomposer, c'est-à-<Ure d'avoir conscience de ce qu'elle contient. Au contraire, dans cette proposition ; <L Tous les corps sont pesants, » l'attribut est une chose entièrement distincte de ce que je conçois par l'idée simple de corps. Unir un attribut de ce genre avec le sujet, c'est former un jugement synthétique.» (Critique de la raison pure^ page 1.)

154 mWÊ I. — - DE £A ClUTfTtniB.

Le pourquoi de la nomenclature nouvelle adq^e

par le philosophe allemand est facile à comprendre ; il nomme analytiques les jugements dans lesquels le sujet contient Taltribut ; attribut que rori découvre dans le sujet par l'analyse» sans rien ajouter qui n'ait été pensé d^àdans la comprébension même du sujet, au moins d'une manière coaluse ; il nomme syntbéti* ques ou composés ceux dans lesquels 11 faut ajouter à l'idée du sujet, parce que Tatlribut ne se trouve point dans cette idée, à qudque degré qu'on l'analyse.

191. Celte division en jugements analytiques et synthétiques est très vantée dans la philosophie moderne, surtout parmi les Âllemands; on Tadmire ; on en fait honneur à Fauteur de la Critique de ia nùon pure. Or, elle se trduve clairement eiposée dans ces scolastiques si dédaignés qui gisent, cour Terts de poussière , au fond de nos bibliothèques. Ceux-ci classent nos jugements sous deux chefs, selon que l'attribut est ou n'est pas contenu dans l'idée du sujet, et nomment, per se miœ, les propositions de la première espèce, parce que le sens des termes fmU wir queraiU'ibut est contenu dausl idée ou dans la oanception du sujet. Us leur donnent également le nom de premiers principes. La perception de ces principes est exprimée par le mot mielligence (inielf lectus) et se trouve ainsi distinguée de la raison^ en tant que celle-ci s'exerce sur les connaissances d'une évidence médiate ou de raisonnement.

Que Ton nous dise ce que laissent à désirer, pour la précision, pour la clarté, les textes suivants de

CitkPlt. XX • — PWNCa^li DE COMHADIÇT, XANT. 135

S. Thomas : « Une proposition est connue par ellemême, per se noia, lorsque l'attribut est couteau dans la raison du sujet, coninie, par exemple » i'homme est un animal, Tattribut animai étant essen«* tiel à rhomme. Si donc le sujet et Tattribut sont universellement connus, la proposiliou sera connue par elia^méme; il eu est ainsi des premiers principes, dans les démoastratious dont les termes sont pariaifement compris; par exemple , être et n'être pas , la tûul et la partie. » (l""^ partie, quest. 2, art. ^*^)

« Toute proposition dans laquelle l'attribut appartient à l'essence du sujet est connue par elle-même, à la comlition toutefois que le sujet soit connu. Ainsi celte proposition : « L^omme est raisonnable, » est une proposition connue par elle-même , l'attribut raisonnable étant essentiel à Thomme. » (1* S* , quest. 94, art. 2.)

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