On voit, par ces exemples (et il serait facile de
les multiplier), que plusieurs siècleb avant la découverts du {dûlosophe de Kœnigsberg la distinction entre l^s jugements aiialj Uques et les jugements s)uibéT (iquQS était parlai tement connue. On nommait ana*^ lytiques les jugements formés en vertu d'une évidence immédiate, et synthétiques ceux qui résultaient d'une évidence médiate; que celte évidence appartint à l'ordre purement idéal, on qu'elle rdev&t de l'expérience.
ii'attribiit, dans les jugements analytiques, est déjà dans le sujet; il n'ajoute rien au sujet, mais il l'explique. Tbéorie de Kant.
ir>6 LIVUE I. — BE LA CERTITUDE.
UailtibairoMonneileèst essentiel kVhomme. Théo*
rie clc S. Thomas. Où donc est la diiierence? 19â. Mais reyeuons à noire question : La for-
iDule du principe de contradiction doit -elle être changée ?
La première observation de Kant porte sur le uiol impossible ; il le juge inutile^ parce que la certitude apodictique doit être comprise dans la proposition même« Voici comment il formule son principe : « Un attribut qui répugne à un snjet ne convient point" à ce sujet. A Ûu'eutend<-on par le mot impossible If « Possible et impossible, dans le sens absolu, se disent : possible, lorsque Tatlribut ne répugne point au sujet; impossible, lorsqu^il lui répugne; » ainsi s'exprime S. Tiiomas (1"^' part,, quest. :25, art. 3), et toutes les écoles avec lui ; donc l'impossibilité est la répugnance de rattrii»ut pour le sujet ; donc être impossible, c'est répugner ; donc Kant se sert luimême des termes qu'il proscrit. La formule commune du principe de contradiction se pourrait exprimer de la manière suivante : « Il répugne qu'une chose soit et ne soit pas en même temps, ou bien U y a répugnance entre l'être et le non être, ou bien encore, Tétre exclut le non-être. La formule de Kant :
Un attribut qui répugne à un sujet ne convient pas à ce sujet, » ne dit rien de plus.
194. Gomme critérium universel, la formule comii!iH)c es l plus exacte : celle du philosophe allemand restreint le principe au rapport de sujet et d'attribut, et par conbét^uent elle l'cnferine dans l'ordre pure*
ctfAPiT* XX. — ramapE de contrawct. kam . 157 mmi idéal, puisque ce principe n'a de valeur, dans rordîc iccl, que par une sorte d extension. Or, Cdile extension, la formule ordinaire ne l'exige pas; en disant, l'être exclut le non élre, elle embrasse Tordre idéal et Tordre réel, et présente, à la fois, Timpossibilité des jugements et des choses contra* dictoires.
Kant pose «on principe comme la condiiion sine ' quâ non de nos connaissances ; il faut Tadmettre ou renoncer à toute vérité. Venons à la preuve, et pour cela comparez les deux formules. Qu'une chose ne puisse, simultanément, être et n*être pas, on le voit aussitôt d'une vue pleine, et sans hésitation; ce principe embrasse Tordre réel comme Tordre idéal. Il s^agit d'un objet externe; il s'agit de jugements contradictoires, d'idées qui s'excluent ; cela ne peut être, dira-t-on, parce qu'il est impossible qu'en un même temps une même chose soit et ne soit point. Croyez-vous qu'il fût aussi facile d cippliquer, pratiquement, dans Tordre des faits, les idées purement logiques de sujet et d'alUibul? Donc, la formule commune, non moins exacte que celle de Kant, est plus simple, plus inlelligible, plus facilement applicable. Qualités essentielles pour un critérium uuiversel, pour la condition 5271^ quâ non de la vérité de nos connaissances ?
195. J'ai supposé que la formule de Kant exprimait, en réalité, le principe de contradiction; supposition tout au moins inexacte. Sans doute, il serait contradictoire qu un attribut, incompatible avec le
sujet , coitTlnt à ce «ijet ; mais cela ne suffit poi«t«
De ce qu'il est impossible de nier ua axiome sans tomber dans une oentradiction ^ il ne suit pas que tout axiome implique le principe de contradiction, lia formule doit exprimer diredemeni l'eiclusioii réciproque , rincompalibilité entre rètre et le non- « être; c'est là le fond du principe. Kant, dans sa nouvelle formule, n'exprime point cette exclusion d'une manière directe ; il établit que l'attribut, exclu de ridée do sujet, ne convient pas au sujet, voilà tout ; contondant ainsi son principe avec celui des carté^ siens : < Ce qui est compris dans l'idée claire et distincte d'une chose se peut affirmer de cette chose, ji lia formule cartésienne ne se distingue de celle de Kant que par deux nuances accidentelles : la formule de Kant est plus concise, et négative ; celle des car* tésiens est affirmative.
196. < Ce qui est ex^clude Tidée plaire et distincte d'une chose se peut nier de cette chose. » Formule cartésienne, c L'attribut qui répugne à un sujet ne convient point à ce sujet. » Formule de Kant. Gompa-» rez, terme à terme, et signalez, s'il est possible, les différences. Ajoutons que le principe des cartésiens étant à la fois aiiirmatif et négatif, ridentité ne saurait être plus complète. Qu'est devenue ToriginaUté du philosophe de Kœnigsberg ?
197. U n'a pas été plus heureux en attaquant la condition de simultanéité que Ton ajoute, généralement, à la formule de contradiction. Je vais le prouver. De l'aveu du philosophe, le principe de coatra-
CHÀPir. w. — Mwa»» OB contrawct. kavt. ISâ
âid»Mi est la condition 9ine quâ non de toute seiMoe
humaine. Or, si cette condition répond h son objet, elle doit être formuMe de façon qu'elle se poisie appliquer à toutes les circonstances. Les idées qui se rapportent au contingent et au relatif entrent pour* une grande part dam nos connaissances. Les Téritës puresaent idéalea n'ont de valeur qu'k la condition de descendre sur le terrain de la réaKté; le tenfM e«t la condition nécessaire de tous les èires contingents ; Feiistence de ces élres est oomprise dans une durée déterminée, et, puisqu'ils sont objet de connaissance, la pensée et Texpression doivent tenir compte de celle condition. Les propriétés essentielles subissent eUes-mèoies , en quelque sorte , la coodi* tion du temps; car si, considérées en gciicral, elles échappent à son action , il n'en est point ainsi lorsqu'elles descendent dans le domaine de la réalité, c'est-à-dire lorsqu'elles cessent d'ôtre une pure ab* slraclioii et deviennent une chose positive. Voilà pourquoi toutes les écoles ont ajouté la condition de temps à la formule du principe de contradictioii. Il est étrange que cette raison si profonde ait échappé à la pénétration du philosophe de Kœnigsberg.
198* Ne Toublions point ; Tessence du principe de contradiction, c'est l'exelusinn du non être par l'être et de i être par le non être. La iurmulc doit mettre en relief cette vérité ; vérité d'une évidence immédiate, vérité que notre entendement perçoit par une intuition si vive, qu'elle n'admet pas même l'ondue du dpai^«
160 UVEE I. DE CBRTlTin»*
Le verbe être s'emploie de deux manièreâ ; subslantivemenl, en tant qu'il exprime l'existence ; copuialivement, en tant qu'il exprime le rapport d'uu attribut avec son sujet.
Exemple : « Pierre est. » Ici le verbe être signifie exister; il est pris substantivement, c Un triangle équilatéral est équiaiigle. » Ici il est pris copulativement; en effet, il n'affirme point l'existoiGe d'un triangle équilatéral quelconque, mais seulement le rapport de Tégalité des angles avec l'égalité des côtés, abstraction laite de 1 existence des uns et des autres.
Le principe do contradiction doit s'étendre aux cas OÙ le verbe être est copulatit comme à ceux où il est substantif. Lorsque nous affirmons qu'il est impossible qu'une chose soit et ne soit pas en un même temps, nous ne Taffirmons point seulement de Tordre idéal, ou des rapports de l'attribut avec son sujet; nous embrassons , dans la formule , Tordre réel luimême; que si ce dernier ordre ne s'y trouvait point compris, le monde des existences ou des faits serait tout entier en dehors de la condition nécessaire à la connaissance. Ajoutons que cette condition s*applique, non-seulement a la connaissance, mais à l'être en lui-même, quel qu'il soit, intelUgent ou non. Que Ton définisse un être réel qui pourrait être et n'être pas, ou bien encore, une contradiction réalisée? Donc le principe de contradiction doit s'étendre au verbe éire pris dans les deux sens.
Toutes les existences finies , y compris la nôtre,
CHAPIT. XX. — PRINCIPE 0E CONTRADICT. KANT. 161
sont mesurées par une duiée successive; doue, pour rester applicable à toutes nos connaissances, le principe de contradicUoii doit couip rendre la condition de temps.
Nous savons que les clioses finies n'ont pas foQ« jours existé; qu'elles pourraient ne pas exister; cela ressort Je leur existence en un temps donné, existence qui ne peut être affirmée que par rapport à ce temps. Donc, la condition de temps esl absolument nécessaire dans la formule du principe de contradiction, si l'on veut que cette formule s^applique à Tordre des existences» c'est-à-dire à tout ce que nos connaissances ont de réel.
199. Voyons maintenant ce qui se passe dans Tordre purement idéal où le verbe être est pris copulaiî- Yement. Les propositions de Tordre purement idéal sont de deux sortes : les jines ont pour sujet une idée générique; cette idée, en s'unissaut avec la différence, peuts^appliqueràune espèce déterminée; les autres ont pour sujet Tespèce elle-même, ou si Ton veut Tidée générique déterminée parla différence.
Le mot angle exprime une idée générique et comprend tous les angles; cette idée, en s'unissant avec la diflérence correspondante, peut constituer les espèces» angles droit, aigu ou obtus. Il nous arrive, à chaque instant, de modifier Tidée générique; et comme, dans ces opérations, il faut admettre une succession durant laquelle s'offrent à nous diverses idées, ayant toutes cette idée pour base, nous sommes amenés à la regarder comme un être qui se trans-
forme succcssivemeiit. Pour exprimer cette successkm purement inteUectueUe, nous eisi|^]raiii Tidéa de temps; voilà une des raisons justificatives de remploi de cette conditioa, même dans l'ordre pure^ ment idéal. Ainsi, nous dirons : Un angle ne peut èUe, en un même temps» droit et non droit, pare^ qu'il est possible que Fidée d^angle se trouve sucées-* Vivement déterminée par la différence qui le constitue droit ou non droit; mais ces formes déterminées ne peuvent coexister même dans notre pensée ; c'est
pourquoinousn'afûrmonspointrimpossibilitéabsoiiie
de l'union de la difl'érence avec le genre, nous burnaiU à la comprendre dans la condition de simultam&téu
Dans celte proposition : « Un angle droit ne peut être obtus », le si^et n'est pas seulement l'idée gé* nérique angle, mais l'idée générique unie à la différence droit; or, l'impossibilité 4'unir l'attribut oUu$ au sujet composé des deux idées angk et droite resr sort du sujet lui-même, et sans condition de temps; aussi cette condition n'est-elle pas exprimée. On dit : un angle ne peul être sinmiianéuient dioit et obtu^; on ne dit point : l'angle droit ne peut en jnéme temps être obtus ; mais , d'une manière absolue : l'angle droit ne peut être obtus.