Écoutons le philosophe de Kœnigsberg
c L'on commence pai* séparer l'attribut d'une cbose de ridée de cette chose, et l'on unit ensuite à ce même attribut son contraire ; de li l'erreur ; car la contradiction ne s'établit point avec le sujet, mais avec l'attribut ui4 syutbétiquçment au siyet. » Cette
CHAm. XX. I»RiN6iPB BE COMfRAWCT. KANT.
observation est irréprochable, sauf deux points : elle prétend à rorigîualité ; or la philosophe allemand ne l a pas inventée, et l'erreur contre laquelle il la dirige n'existe que dans son esprit.
€ Un angle ne peut être droit et non droit, t Ici, la condition de temps est nécessaire, parce que la contradietton n'existe point entre l'attribut et le sujet, mais entre les deux attributs. ïùii effet» un migle peut être ou n'être pas droit en des temps différeiils. « L'angle droit ue peut être obtus. » Ici, la condition de temps ne doit pas s'exprimer, parce qm l'idée droit euUaut dans la concepiiuu du sujet, ridée obtus m est entièrement exclue.
201. Si le principe de contradictiou ne servait que pour les jugements analytiques, la condition de temps ne devrait jaulai^^ ùiie exprimée; mais comme ce principe est te guide nécessaire de tous nos juge» ments, la formule générale ne pouvait négliger une condition presque toujours indispensable. Dans l'état présent de notre intelligence, faire abstraction du temps, c'est l'exception. Ët Ton voudrait mettre l'exception à la place de la règle?
202. Le philosophe allemand ajoute ; « Si je dis : un homme ignorant n*est pas instruit, la condition de simultanéité doit èiie exprimée; car rhoinuie ignerant aujourd'hui peut devenir instruit dans un autre temps. » Erreur llagraute. Je conçois, en effet, qu'à celte proposition : « Un homme ne peut être ^oraui et instruit, » l'on ajoute la condition en Tnim imn; osUe conditioii nous avertissant que U
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contradiction existe d'attribut à attribut, et non de l'attribut au siyet» Mais, dans l'exemple de Kant , le sujet n'est point l'homme seolement, c'est V homme ignorant; l'attribut instruit s'applique au sujet modiflé par Taltribut ; par conséquent^ la condition de temps ne doit pas être exprimée.
La différence est grande entre ces propositions : L'homme qui est ignorant nest pas instruit ; et l'homme qui est ignorant ne jti^^ être msiruiU Dans la première, la condiliou de temps ne doit pas être exprimée; nous en avons donné la raison* Elle doit relie dans la seconde. L'impossibilité prise d'une manière absolue refuserait à l'ignorant jusqu'à la pumance de s'instruire.
Wi. Deuxième exemple de l^t : « Mais si je dis, nul homme ignorant n^est instruit, la proposition est analytique parce qu'ici le caractère de l'ignorance constitue l'idée du sujet ; partant, la proposition né* gative dérive d une manière immédiate de la proposition contradictoire sans que la condition m mérhe temps doive intervenir. » Je ne saurais voir pourquoi Kant établit une si grande diiférence entre la proposi lion : « Un homme qui est ignorant n'est pas instruit; et celle-ci : Nul homme ignorant n'est intruit. » Dans toutes deux l'attribut ne se rapporte pas seulement au sujet homme, mais au sujet homme iijiiorant. Or je n'aperçois entre les sujets, homme qui est ignorant, et homme ignorant , aucune différence. Si l'expression du temps est inutile dans la première proposition, elle l'est dans la seconde.
CHÀPIT« XXI. — 0U PRINCIPE DS COlfTRADICTION. 466
Si l'idée ignonmL affecte le si^et même, ratlribut se troure nécessairement exdu, parce que les idées d'ignorance et d'instruction sont conlradicloires. On connaît cette règle logique : Lorsqu'il s'agit de choses nécessaires , une proposition indéfinie équiiraut à une {Nroposîtion universelle.
De cette discussion il résulte que la formule du principe de contradiction doit être conservée telle qu'elle est. Supprimer la condition de temps serait, dans le plus grand nombre de cas, rendre le principe inutile ^
C3IAP1TRE XXI.
M Vt principe de eoniradlctioii n&ériie le Utr# pviMcipe fMAMMMMf ci éamm «m1 mm.
20 i. Nous vciioiis d'ctaLlir le sens vrai du principe de contradiction; reste à savoir s'il mérite le litre de principe fondaiiieiiial et s'il eu a les caractères. Ces caractères sont au nombre de trois : qu'il ne relève que de lui-même ; que la ruine de ce principe entraine la ruine de tous les autres ; que l'on puisse, à Faide de ce principe seul, ramener, au moins par une démonstration indirecte, le sceptique à la vérité.
205. Je vais résumer en quelques propositions, que je ferai suivre d'une démonstration correspondante, tout ce qui se rapporte à ce principe.
' Voir la note XX à la fiu du volume.