CHAPITRE XXU
* De Pévidence comme principe.
216. Parmi les principes qui se sont disputé le tilre de fondamentaux, il faut citer celui-ci : « Ce qui est compris dans l'idée claire et distincte d'une chose, se peut affirmer de cette chose avec une entière certi-* tude. » On le nomme, dans les écoles, principe des cartésiens, et nous avons vu Kant le ressusciter, à son insu, dans son prétendu principe de contradiclion. En cUet, les formules seules ditTèrent; un œil exercé découvre, sons la diversité des mots, l'identité du lond : à savoir l'expression de la légitimité du principe d'évidence. Les deux principes , celui de Kant et celui des cartésiens, se pourraient simplifier ainsi : < L'évidence est un critérium de vérité ; » ou bien encore ; « Ce qui est évident est vrai. » Je vais expliquer cette tranformation en même temps que Tidentilé des fonuules.
217. Dire qu'une chose se trouve comprise dans ridée claire et distincte d'une autre, c'est affiimer qu'il 7 a évidence que l'attribut convient au sujet; les mots ne peuvent avoir et n*out point un autre sens ; « être compris dans une idée claire et distincte, » ou bien « être vu avec cette clarté intellectuelle que nous nommons évidence, » sont des expressions synonymes ; « donc la formule « ce qui est compris dans
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ridée claire et distincte d'une chose » équivaut à celle*ci : « ce qui est évident* »
Dire une chose se peut affirmer d'une autre avec toute certitude ; ou bien» « la chose est vraie, » n'estce pas la même afBrmatiou? L'on ne peut affirmer que la vérité; donc ces deux expressions sont iden^
Donc, la forumie cartésienne se translorioeira tadkment êa celte^d : c Ce qui e«t évident est vrai, »
ou en son équivalent ; « L'évidence est un criteiium de vérité. »
218. « L'attribut qui répugne à un sujet ne convient pas à ce sujet. » Formule de Kent. Le répur gnance s'entend des idées ; elle a lieu lorsque Tattri^ b^i ^\ intrinsèquement incompatilie avec le eiqet* Donc celle expression : « L'attribut qui répugne à jK un sujet » équivaut h celle-ci : « Lorsqu'on vrà clairenient rattribut exchi du sujet ; » laqueUe, à son tour, n'est autre que la suivante ; « Lorsque l'excliib' mm, lorsque la répugnance entre le sujet et Tattribut
^t évidente. »
€ Ne lui convient pas, » est la même chose que :
« Il est vrai qu'il ne liU convient pas. » Kt, comme ces formules ont deux valeurs, une valeur affirma^ tîve et une valeur négative, si l'on dit : L'attribut qui répugne à un stget ne lui convient pas» on peut dire pareillement : L'attribut contenu dans l'idée du sujet l^k convient ; d'où il suit que la formule de Kanl est la même que celle-ci : « Ce qui est évident est vrai, »
€HAPIT. XXII. — M L'ÉVIDENCE COMME PEiNCIPE.
219. Elle devient, de la sorte, et plus simple et plus gteérale. Plus eioipla, par Texpression ; plus générale, parce qu'elle est en même temps affirmative et négative, les mots « ce qui est évident » embrassant à la fois et la négation et ^affirmation ; car il peut ôlre évident ^ue la sujet contienne rattrilmt, comme il peut l'être qu'il m le 4X>ntiaane point. Sons tous les rapports, la formule : c Ce qui est évident est vrai, » me sraiMe préféraUe. Exprimée non comme principe, mais comme règle pratique, elle peut être convertie m eelle-ei : € L'évidence est un critérium certain de vérité. »
SiO* Notre analyse n'a pas seulement pour objet, on le comprend, la transforma liou indiquée; bien qu'il in^pofte beaucoup , en ces matières , que la clarté, que la précision soient perlées au plus haut degré, je me serais abstenu d'entrer dans ces consi^ dérations, à propos d'une innovation pratiquement sans importance; car, au fond, toutes ces formules ont le même sms ; qui n'entend point les premières, ne saurait comprendre la dernière. Mais, j'ai voulu prouver en quelle oonfkision d'idées tombent ceux fui, dans leurs recherches sur la légitimité du critérium de l'évidence, mettent en question son titre de principe fondamental, et se demaudent si l'on doit le préférer aux deux autres principes.
231. « Le principe d'évidence n'est pas évident. » Paradoxe singulier en apparence; cependant, je Tose affirmer, ce n'est rien moins qu'un paradoxe. Que Ton me permette de le prouver»
176 LIVRB I* ^ DE hk CERTITUDE.
Le principe d'évideiice^ sous sa Corme la plus simple, 6c peut exprimer ainsi : « Ce qui est évident est vrai. 9 Or cette proposition u'esl pas évidente. Lacondition première d'une proposition évidente» c'est que Tatlribut soit vu dans Tidée du sujet ; cette condition n'existe pas ici. Évident est synonyme de vu avec clarté, de présent u la pensée d'une manière lumineuse; vrai est la même chose que, conformité de ridée avec robjel. Je le demande; dans cette idée, c vu avec clarté, » l'analyse p«'u:viendra-t-eUe jamais à découvrir celle-ci : « Conforme à l'objet? » Non. Il faut pour cela franchir un abimci aller du subjectif à l'objectif, affirmer que les conditions subjectives sont le reflet des conditions objectives ; passer de Tidée à Fobjet de Tidée, transition qui constitue le problème le plus transcendantal, le plus dithcile^ le plus obscur de la philosophie. Le lecteur peut vour que mon assertion n'est point un paradoxe : Le principe de Tevidence n'est pas évident*
222. Que dirons-nous donc de cette proposition : « Ce qui est évident est vrai ? » L'attribut ne se fusant point voir dans l'idée du sujet, ce n'est pas un axiome, ce n'est pas une proposition qui se puisse démontrer, puisque toute démonstration doit reposer sur des principes évidents, et consiste à tirer de ces principes, une conséquence qui leur appartienne d'une manière évidente; or cela ne se peut, si l'on ne présuppose la légitimité de l'évidence, c'est-à-dire l'objet mèaic de la démonstration. Comment le principe sur lequel vous vendez établir votre raisonnement
CHAPIT. XXII. — M L'iVIMNiSC CMMB PIIINCIPB. 177
Tousest-il oonnu t Gonnnent saves-TOus qu'il est vrai ?
— Par l'évidence. — Mais il s'agit de prouver que ce qui est évident est vrai ; pétition de principe. Les règles logiques auxquelles tout raisounemcnt doit se plier sont des vérités d'évidence. Donc, si l'on ne suppose que ce qui est évident et vrai, on ne peut même rais(mner.
2Î3. Trois caractères distinguent un principe fondameotaL Nous savons que le principe de l'évidence ne se peut appuyer sur nul antre principe : premier caractère; si ce principe fléchit» tous les antres s'écroulent, y compris le principe de contradiction , qui n est connu lui - même que par évidence : deuxième caractère. Voyons si , aux deux premiers le principe d'évidence réunit le troisième, je veux dire, s'il est possible, à Taidede ce principe, de ramener au vrai quiconque voudrait nier lous les autres.
11 nous semble diUicile qu'un homme .puisse nier le principe de contradiction , en même temps qu'il reconnaît le principe d'évidence. Toutefois, cette supposition extravagante reçue, la question peut se formuler ainsi : Cet homme admet-il l'évidence des principes? S'il ne l'admet point, son entendement est différent de celui des autres hommes. Cette dillêrenco se nomme folie. S'il l'admet, nous ferons le raisonnement suivant : De vulre aveu, ce qui est évident est vrai ; or tel {Nrincipe est évident pour vous, donc il est vrai..Ilrecomiait la véi ite des prémisses; lalégitimitéde la conséquence est évidente ; il doit la reconnaître aussi, puisqu'il admet le critérium de l'évidence-
178 tivM u m u cMKtmm.
D^oùvieoaeat les étrangetés que nous avons âgnaléefi àmê ce principe ? Il n'mA pas évident, et il ne se peut démontrer; il est nécessaire à tous les autres principes, et il serl à ramener à la Yârité ceux qui les nient. S'il ne se peut déinonirery c'est que le principe de réridence n'exprime aucune vérité objee^ tive; il n'est pas un simple fail de conscience, puis- ^'il exprime le rapport du sujet à l'objet, et, par
conséquent, il ne saurait ctrc limité à ce qui est purement sulijectif. Proposition qui nous est connue par un acte réfléchi; elie exprime la loi primitive de toutes nos connaissances ols^iectives. Ces connais saoees s'apputmt sur Févidence; nous le sentoM ainsi ; mais lorsque l'esprit se demande pourquoi il se doit confier à l'évidence, il obtient pour tente réponse : ^ Ce qui est évident est vrai. » Sur quoi repose, ou plutôt, sur quoi Tratendement éteUil^ii cette aûirmation? Le plus souvent, il ne prend pas la peine de TétaUir. U s'y conforme avant d'y avoir pensé; mais la réflexion lui révèle trois motifs de confiance : un irrénstible instinct; la ruine de ses conufesances, l'impossibilité même de penser, s'il nie le critérium de révidence; elle lui révèie que ce critérium admis, tout se coordonne dans l'entendemenl ; au lieu du chaos, un monde idéal d'une merveilleuse harmonie, l'ordre au lieu du désordre ; l'esprit sent qu'il peut raisonner, qu'il peut bâtir uu édifice scien* tifl^ dont rexpérif née lui découvre les lois ^
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CUAPIT. XXHI. — CKITERIUM DE i,A «WSCIENCfi. iljt