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CHAPITRE XXIX

S»U exl«to 41e Téritftbles Jii|rm«iite syiithétiquca à priorif dans le sens de Kant*

378. Le philosophe allemand accorde à sa décou* verte imaginaire une grande importance; c'est pourquoi nous allons la soumettre à un examen approfondi . c Si la question présente eût été posée , dit-il , elle aurait coupé court à tous les systèmes de raison pure élevés par la philosophie ; elle aurait épargné bitiii des tentatives iniiuctueuses dans lesquelles on s'est jeté à V aveugle sans savoir ce dont il s agissait » {Crilique de la raison pure ^ introduction). Ce passage n'est rien moins que modeste; il importe de connaître un système qui s'annonce avec tant de solennité.

En voici Texposé : c Dans les jugements synthétiques , je dois posséder, en même temps que l'idée du sujet, quelque autre chose (X) qui m'aide à reconnaître qu'un attribut, non couteau dans celte idée, ne laisse pas de lui appartenir.

« Quant aux jugements empiriques ou d'expérience, point de difficulté; cette X est l'expérience ou la connaissance complète de l'objet, que je connais en vertu d'une idée a, laquelle ne me donne qu'une portion de cette expérience. En effet, bien

que dans l'idée de corps, en général, je ne comprenne point Fattribut pesanteur, cette idée exprime cependant une portion totale dcrexpcrience ; je puis donc lui adjoindre une autre partie de la même expérieiue, comme appartenant à la première idée. Je puis, d'avance, reconnaître anaiytiquement l'idée de corps par les caractères d'étendue , d^mpénéirabi- HIé, de figure, etc., caractères que je conçois dans cette idée. Mais, si j'étends ma connaissance, en portant mon attention du côté de l'expérience d'où j'ai tiré cette idée, je trouve toujours la pesanteur unie aux caractères précédents. Cette X, placée en dehors de ridée a , cette X , fondement de la possibilité de la synthèse de Tattribut pesanteur avec l'idée a, appartient donc à Texpérience.

« Mais dans les jugements synthétiques h prtort , I ce moyen manque absolument. S'il me faut sortir de ridée a pour prendre connaissance d'une autre idée i, comme étant unie à cette première, sur quoi m'appuyer ? et comment la synthèse serait-elle possible, puisque je ne puis recourir à l'expér ience?

c Mystère que nous devons pénétrer avant de nous engager dans le champ sans limites de la connaissance intellectuelle pure. » {Ibidem.)

279. La raison de cette synthèse, nous la trouvons dans la faculté que possède notre entendement de former des idées totales dans lesquelles il découvre le rapport des idées partielles qui les constituent ; la légitimité de cette synthèse repose sur les mêmes |>rincipes que le critérium de révidcnce.

GBAPITRB XXIX. KANT, — JUGËJklENf SYMTiUSTlQUB.

Ce que l'on appdie synthèse, dans Jes écoles, est un ensemble une réunion d'idées ; sont traues pour analytiques les idées totales dont l'analyse laisse voir les idées partielles et le rapport des idées partielles qu'elles contiennent.

Si Kant s'était renfermé dans les jugements d'expérience, sa doctrine n'aurait rien d'inacceptable; étendue à Tordre intellectuel pur, elle ne peut être admise, au moins quant à l'expression.

280. Selon ce philosophe, les jugements qui ont les mathématiques pour objet sont tous synthétiques. « Vérité incontestable, ajoule-t-il, dont l importance s'est jusqu'à ce jour dérobée aux penseurs mes devanciers. »

Faut-il accuser la sagacité des devanciers du philosophe de Kœnjgsberg? Le lecteur jugera.

Voici son raisonnement : « On pourrait croire, à première vue, que la proposition 7-f ë»» 12, est une proposition purement analytique, résultant de l'idée sept plus cinq, en vertu du principe de contradiction: une observation plus attentive fait voir que la compréhension de la somme sept et cinq ne ren* ferme autre chose que Tunion de deux nombres en un seul, ce qui n'eutraine, en aucune façon, Tidée ou la compréhension du nombre unique composé des deux autres. »

Si l'on prétend qu'un homme puisse entendre cette proposition : sept plus cinq, sans toulefois petiser douze, parce qu'il ne voit pas d'une manière assez évidente Tidentité des deux idées dans la diversité de

rexpression, je l'admets sans difficulté ; mais Tidée n'en est pas moins purement analytique.

Pour le mieux comprendre, prenons l'inverse, et disons; i2ss7-|-5.

Quiconque ignore que 7 + S<='i2, ne peut savoir que 12=^7 -f 5. Or, je le demande : £n décomposant ridée 12, n'y trouvons^nons point 74. 5 ? Donc, ces deux idées sont identiques. S'il n'est point perniis de conclure que ridée 1 2 ne contient pas l'idée 7 + ^» de ce qu'en entendant 12 on ne pense point toujours 74-5, il ne l'est pas davaotaRe d'inférer que la première idée ne contient pas ta seconde, de ce qu'en entendant 7 4- ^ ne comprend pas toujours 12.

Deux idées identiques se présentent à rentende* ment sous une forme difierente. Pour découvrir l'identité, faites abstraction de la forme, allez au fond; à proprement parler, il ne s'agit poiui d*un raùonnemetUf mais d'une expUaUion. C'est toute la difficulté.

Ce que le philosophe de Kœnigsberg ajoute sur la nécessité de recourir à une intuition , en unissant au nombre sept le nombre cinq ejiprinic successivement au moyen des doigts, est une puérilité*

!• Ce naml>re, de quelque manière qu'on Tajoute, ne sera jamais autre diose que le nombre cinq ajouté ;

partant, il ne donnera ni noiera rien à 7-4-5.

Additionner successivement, au moyen des doigts , c'est dire ; 1 -f- 1 + 1 + i + 1 = 8, ce qui transi'orine Tcxpression 7 + 5— liî en celle-ci ; 74.14-4+1+1 +^i2;or,rid6el +4 -1-1 4.14.4

CUAHTRE XXIX. KAiNT. JUGEMENT S\MH£TJQUE, ââ7

a le même rapport avec Tidée 5 que l'idée 7+5 avec 12 ; donc si, de ces deux idées 7 -f â et 12^ Tune ne contient pas l'autre, il en sera de même des idées décomposées de Kant. On dira peut-être que ce philosopbe n'entend point parler d'identité, mais d*intuition. Il n'importe, cette intuition n'est pas la sensation» mais ridée, c'est-à-dire le concept expliqué.

3 Celle méthode d'intuition, l'expérience le prouve» est inutile même aux enfants.

4^ Elle devient impossible pour les nombres considérables.

281 « Kant refuse à cette proposition : « Entre deux

points la ligne droite est la plus courte, » le caractère de proposition analytique, parce que, dit-il, l'idée

plus courte n'est point contenue dans l'idée ligne

droite, ie ne me prévaudrai point des démonstrations que certains auteurs donnent, ou prétendent donner de cet axiome, m'en tenant aux raisons invoquées par ce philosophe. Il oublie quHl ne s'agit point ici de la droite prise isolément^ mais de la droite comparée. L'idée ligne droite ne contient ni ne peut contenir l'idée de plm ou de moins ; ces idées supposent une comparaison ; mais dès que Ton compare, relativement à la longueur^ la ligne droite et la ligne courl)e, le rapport de supériorité de celle-ci sur cellelà se fait voir ; donc la proposition n'est auti*e chose que le résultat de la comparaison de deux idées purement analytiques avec une troisième, la longueur.

382. Il faudrait conclure du raisonnement de Kant que cette proposition : c Le tout est plus grand que

iâ8 LIVRE I. DE LA CERTITUDE.

saparUe»! n'est pasanalytique; parce que dans l'idée tout n'entre point Vidée plus grand avant qu^on Tait comparée avec Vidéepartie. Ainsi 4 plus grand que 3 ne serait point nn jugement analytique, parce que dans ridée 4 n'entre point l'idée plus grand si on ne l'a comparée à l'idée 3.

Cet axiome : «Deux ou plusieurs choses égales à une troisième sont égales entre elles, » ne serait point un jugement analytique, car dans Uidée choses égales à une troisième n'entre point l'idée égalité de ces choses , à moins que Ton n'ait compris , par la réflexion, que régaiité du moyen implique celle des extrêmes.

L'X du philosophe de Kœnigsberg se rencontrerait dans presque tous les jugements, si nous ne ne pouvions former des idées totales dans lesquelles se trouve comprise la comparaison des idées partielles, n n'y aurait de jugements analytiques que les jugements d'identité pure, c'est-à-dire ceux que Ton pourrait traduire par cette formule A est A.

283. Bien qu'un jugement soit le résultat de la comparaison de deux idées avec une troisième, bien que Tattribiit ne se voie point, d'une manière immédiate, dans l'idée du sujet et sans le secours de cette comparaison , il ne perd point son caractère de jugement analytique. Nous avons besoin de comparer , parce que l'idée même que nous possédons ne nous apparaît souvent que d'une manière confuse. On avance une proposition , qu'une proposition nouvelltï détruit presque aussitôt; oubli, absence de ré-

CflAPlTAE XXIX. — XANT. JUGEMENT SYNTHÉTIQUE. âà9

flexion Uaiiâ l'enchaînement des idées. Que de lois n'avons^nous dit à nas adversaires : € Votre afiflrmatioii présente détruit tout ce que vous venez d'avancer ; les principes que vous établissez maintenant impliquent contradiclion avec ceux que vous avez établis tout à Tbeure ! »

384. Une idée contient non-seulement ce qu^on y aperçoit» mais ce qu^on y peut apercevoir.

Trouver, c'est découvrir, ce n'est point ajouter ; et Ton découvre non par la synthèse, mais par l'analyse. Il faudrait admettre, sans cela, qu'il n'existe point de compréhension analytique ou que, seules, les idées identiques possèdent ce caractère. Excepté le cas d'identité dont nous connaissons la formule générale, Â est A, l'attribut contient toujours quelque chose de pins que ce qui a été pensé dans le sujet, sinon par riq^ort à la substance, au moins quant au mode. Exemple : Le cercle est une courbe. Propo* sition analytique la plus simple qui se [)i]issc imaginer; cependant, l'attribut exprime l'idée générale courbe, idée qui, dans le sujet, peut être coiiiprise, d'une manière confuse, par rapport à quelque espèce particulière de courbe. En suivant la gradation, dans les proportions géométriques , ou en viendrait à se convaincre que, sauf le plus ou moins de difficulté de décomposer l'idée et d*y voir ce qu'on n'y voyait pas auparavant , la proposition qui suit contient celle qui précède, et ne contient pas autre chose.

Si je dis : le cercle est une section conique , il est évident que celui qui ne comprend pas le sens des

230 LIVRB. I. — DB LA GERTITUOB.

termes ne saurait penser Tattribut dans le siQet, Mais

je n'ajoute rien à ridée de cercle, je ne fais que découvrir, dans cette idée^ une propriété qui m'était inconnue, et cette propriété, j'en dois la connaissance à la comparaison du cercle avec le cune. Y a-t-^il là synthèse ? non ; mais une analyse comparée des idées, cercle et cône. Cette observation détruit de fond en comble le système de Kant; je vais la dévdopper et rétablir sur des t'ondements solides,

388. Pour qu'il y ait synthèse propremrat dite, il iaut ajouter à l'idée quelque chose qui ne lui appartienne points L'idée corps implique Tidée ligure ; eUe n'implique point Tidée pesanteur. Nous ne pouvons unir ridée pesanteur à l'idée corps qu en vertu de Texpérience. Il y a donc synthèse parce que nous ajoutons à l'idée quelque cbose qui ne lui appartient pas. La synthèse ne consiste point à unir des idées appartenant a la compréhension mèine de la ciiose, bien que pour rendre ces idées fécondes on ail besoin de les comparer. Les concepts ne sont point entièrement absolus ; ils contiennent des rapports. La découverte de ces rapports ne constitue pcHnt une synthèse , mais une analyse plus complète. Si Ton répond que, dès lors, il y a quelque chose de plus que la compréhension primitive, nous ferons observer qu'il en est ainsi dans toutes les idées qui ne sont point purement identiques. Ajoutez que la comparaison donne naissance à une nouvelle idée totale, produit des idées primitives; et dans ce cas les ]jiopriélés des rapports sont vues^ non au moyen

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