De ces observations il semble ressortir que
le système de Vicasapeut appliquer aux mathématiques pures, science da l'ordre idéal» Peut-être en estil ainsi de plusieurs autres sôwcaft; da la Jnétapby-sique, par e&emide« Mais, les mathématiques étanJt le seul terrain snr lequel t4Kite9 les opûiiûoa met tsmhvent forcémeût d'accord, nous nous en tiendrons là. D'ailleurs* en aiposanl lusqa'à quel paifti m 8ji;8tàiiie se peut appliquer aux niathémati€(iies, hms aurons fait comprendre les dtfficH»^ qi^U présente, fiac rap^ port aux sciences^
306. La raison coudnne,^ snppgiae,. co^ai^^ dé-dnU ; opâraliausqui ne i^aneiA saaoMavmr aaai ime sorte de> composiUoB intellectuelle. Dans ce cas^ Vqbt tendement sait «i^'il fait» cai son camra Im &ris.
préscalc, lorsqu'il combine, il sait ce qu'il combine ; lorsqii'U compare et dâduil,. il «ni qu'il déikiii eâb compare ; lorsqu'il s'appuîe mt eestames snffioaitiod^s qu'il a lui-même établies, il sait ce qu'elles aout^ puisqu'il s'appuie sur eltes. Donc yintalligenae conapose dans l'ordre purement idéaL
307. yenlendement connaît ee qu'il Cait^ mais il. couuait autre chose; il est des vérités qui ne sont ni ne peuvent être son ceuvre,. puisqu'elles sont le ùmrdément de tont ce qu'il fait. Dans ce principe : c U est impossible qu'une chose soit et ne soit pa» ea même temps, » reeonnaisseK-TOus une créatioB de hak raison? non certainement ; la raison elle-même repose sur ce principe, elle reconnaît sa préexistense; Tea* tendement le trouve en soi comme une loi aécessaire» comme une condition dne quâ nm de tous ses actes.
CHAPITRB \XKÎ. — CRimiUV DB VfCO« SUITE. tSS
Ow devient alors ie critérium de Vico : « L'ettten-
dément ne connaît que la vérité qu'il fait. » L'entendement oonnalt le principe de cootradictiofn » ii ne le feit pas*
308» Les &its de C(»i8cieiice sent connus par la raison, bien ^^ils ne soient point Foumge de la raison ; celle-ci les combine dans la conscience même où elle reconnaît leur piéaence. Nouvel échec à ce
critérium.
MO* MAme dws Votétû purement inteMechiel, si
rentendement connaît ce qu'il fait, il ne fait pas ce 411'il vettt , autrement il faadntt dire que les acieneea sont arbitraires; à la place des résultats donnés par la géométrie , nous pourrions en supposer d'Mtree aussi nombreux , aassi divers que les caprices de la pensée. U n'en est pas ainsi ; la raison relève de cer« laines lois » ses <qiérations sont somnises à certaines conditions dont elle ne peut s'affrauciiir. Parmi ces conditionfl, il lant comprendre le principe de contrat diciiuii que Ton ne violerait point une luis sans anéan* tir toHte connaîssanee. ie puis» au moyeu d'une suite de combinaisons inteUecluellcs , dégager le volume d'une spibère , mais je ne puis faire que ce volume soit autre qu'il n'est. Deux mathématktens suivront dans leur démonstration des rouies différentes ; ils exprimeront, chacun à leur manière, les formules, les opérations, les calculs ; mais la valeur cherchée étant la même, la valeur trouvée ne saurait être une valeur différente. S'il y avait diiïérence, il y aurait erreur d'un on d'autre côté*
3i0. Oui ; rintelligence crée dans Tordre idéal ou , pour parler plus exactement , elle compose. Ce fait a toujours été reconnu. Deux choses seulement. Tune bonne, Tautre mauvaise, marquent d'un caractère de nouveauté le système de Vico : il a donné Tune des raisons de la ceiiiludc des sciences mathéuiatiques et purement idéales ; c'est la bonne ; la mau^ vaisc est dans l'exagération du principe.
L^enteudemeat crée les sciences idéales en prenant des axiomes, et en combinant les démonstrations de diverses manières. Là se borne sa puissance de création. 11 trouVé dans ces principes, dans ces combinaisons, des vérités nécessaires qu'il n'y a point mises.
Qu'est-ce, dans l'ordre idéal, que le triangle ? Une création de l'entendement ; en effet, c'est Tentendemenl qui dispose les lignes dans la iorme triangulaire ; c'est Tentendement qui, sans changer cette forme, la modifie d une infinité de manières. On le voit, tout se borne à un axiome diversement combiné. Mais les propriétés du triangle dérivent nécessairement des conditions de cet axiome ; et ces propriétés, F entendement ne les fait point, il les découvre ; l'exemple du triangle se peut appliquer à la géométrie tout entière ; Teuten* dément prend un axiome; voilà son œuvre de liberté, à la condition qu'il ne se mette point en lutte avec le principe de contradiction. De cet axiome ressortent des conséquences nécessaires, indépendantes de l'action intellectuelle et contenaixt une vérité absolue connue de rentendenient. Donc» on ne peut dire de ces
CHAPIT. XXXI.— CBITERIUM DE VICO. SllTE. 257
conséquences que Tentendement les fait. Un homme
place un corps de telle sorte qu'abaudouué à lui-niciao il tombe. Ce corps tient-il de Thomme la force qui
le iail tomber ? Non ; il la lient do la nature. L'homme ne fait qu'établir les conditions dans lesquelles la force de gravité produit ses effets. Que ces conditions existent » la chute est inévitable. Exemple frappant de ce qui se passe dans Tordre idéal. L'entendement pose les conditions; de ces conditions déritent des vérités nouvelles non faites^ mais découvertes par renteudeincnt ; ainsi, ce quii faut admettre du système de Vico , c'est la puissance de combiner, accordée à rintelligenec, tait généralement reconnu; ce qu'il faut rejeter, c'est l'exagération de cette puissance de combinaison ; Yico lui soumet toutes les vérités alors qu'elle ne s'étend que sur les axiomes.
311. Jieconnaissons au philosophe napolitain le mérite d'avoir émis sur le degré supérieur de certitude qui s'attache aux sciences de l'ordre idéal pur, une idée véritablement lumineuse.
Dans Tordre idéal, Tentendement pose lui-môme des conditions selon lesquelles il doit bAtir Tédifice ; il choisit pour ainsi dire le terrain, il dessine le plan, il construit, selon le dessin qu'il a choisi. Dans Tordre réel, le terrain, le plan, les matériaux, tout lui est assigné d'avance. Les règles de la raison président dans les deux cas aux travaux de rentcudement, mais avec cette ditléreuce que, dans Tordre purement idéal, Tentendement ne relève que de la rai-«
258 LIVM I. — - DE LA CERXITUOE.
son, tandis que, dans Tordre réel, il m sanrait frira abstraction dûs objets considérés en eux-mêmes» ce qui multiplie les dilScnltés.
iixemple : ie veux déterminer le rapport des côtés d*UQ triangle sous certaines conditions ; je suppose ces conditions» cela sultit ; le triangle idéal est dans ma pensée une chose parfaitement exacte, et do plus une chose fixe. Je le suppose isocèle, par exemple, et ses côtés sont, à la base» comme â : 3 ; ce r^pfiort est absolu, immuable, tant que je ne diaoge point la supposition. Dâus les opérations que je fais sur ces données, mes calculs peuvent me tromper, mais jo n'imputerai jamais Terreur aux données mêmes. L'entendement les connaît et ne se trompe point, parce que ce qu'il connaît est son propre ouvrage. Que si je réalise le triangle, l'entendment n'a plus la même certitude ; il hésite, parce que les conditions qu'il détermine avec une entière exactitude dans Tordre idéal ne se peumt transporter de la mémo manière à Tordre réel. se pourrait-il. Tin* telligence manque de moyens pour leconstater. Voilà pourquoi nos connaissances perdent en certitude, à mesure qu'elles s'éloignent de Tordre idéal et s'en^^ gagent dans la réalité des choses.
ai2. Selon Dugald Stewart, les mathématiques doivent leur siipcnoritc de certitude sur les autres sciences, im>u aux axiomes, mais aux définitions, n est permis de croire qu'en écrivant ces lignes il s'^est souvenu du système de Vico. En elîet, c'est à peu de choses près hi p ensée du philosophe napolitain.
CHAPiT. XXXU. CiUî£IUlljM BU 5MB COMMUN. ââ0
313. Cette difKraMe mWeVmêre purement idéal et Toff^ réel a'avail point échappé aux fiColasUqua. S0hU^ l'mHTdriel «A le n éces fl ft tre peuvent être Tobjet de la sctenosy disaieut-iis ; tes dioses particulières et oentingentes ne le peirreot pas. An mot canimffmi substituez réaiitéy car toute réalité finie est cou tingente; an mot ttmmrnl enbslttuez idéal, eatr ee qui est pur^nent idéal est uaifersel, et tous aurez la même chose sous des noms dilGérents. Les philoso- {4ies modernes ont-ils été plagiaires ? Je ne le saurais dire ; mais il est certain qae les autsnrs soolastîques contiennent sur ces matières des passnpfes merveilleusement lumineux. Serait*ii étonnant ^ue cei tains éradib eussent déoevrart eesvidiesiss^f
aiAPITRË XXXU.
314. Sens commun, encore une de ces expressions vagues qui, se prêtant aux définitions les plus contraires, font le désespoir de la philosophie. Nous allons étudia celle-ci dans sa yaleur étymologique et dans sa valeur réelle* Ces deux valeurs sont parfois très distinctes; et cependant, jusque daps leurs di£férences, Fattention peut saisir des rapports intimes. Pour apprécier coomie il convient cette sorte de mots, tenons
' V«fM U note XX VU à t& fia 4a voUino,
compte (le leur signification usuelle. La langue du peuple cache une philosophie profonde; sorte de sédiment précieux que la raison des siècles y dépose. Il arrive fréquemment, eu effet» que le sens usuel bien compris, bien analysé, fixe le sens philosophique et douiïù la clef des questions les plus embarrassantes.
3i5. N'est-il pas étrange quMl y ait» à côté du critérium des sens» un autre critérium de vérité, le sens commun? Le mot sens exclut toute réflexion» tout raisonnement, toute combinaison ; en effet, rien de tout cela n'est compris dans le mot senitr. L'esprit qui sent est passif; il ne met rien dn sien, ne donne rien» mais il reçoit ; il n'exerce point une action» il la souffre. Cette analyse met en dehors du sens commun toute chose qui relève de Factivité de l'esprit» et fixe un des caractères essentiels de ce critérium ; ce caractère, le voici : Par rapport aux vérités de sens commun» l'entendement ne fait que se soumettre à une loi seniiey à une nécessité iustinctive doul il ne peut s'affranchir.
3t6. Comjiiun : c'est-à-dire rien qui soit individuel ; l'objet du sens commun est général» il appartient à tous les hommes.
Les faits de conscience sont des faits de sentiment, non de sens commun. L'esprit les sent, abstraction faite de l'objectivité et de la généralité : ce qu'il éprouve ainsi lui appartient d'une manière exclusive et n'appartient qu'à lui.
Les objets du critérium de sens commun se rapportent à tous les buauaes et, parlant, appartiennent
CHAPIT. XXXII. — LJUiElULM DU SENS COiMMUN. 261
à l'ordre objectif. Le subjectif est individuel, il n'est pas co7nmu7i. Même dans le langage ordinaire, on ne dit point d'un phénomène intérieur, considéré indépendamment de sou rapport avec Tobjet, quelque extravagant que soit le phénomène, qu'il est opposé au sens commun, « J'éprouve telle sensation ; ïlme semble que je vois , telle chose » ou a telle chose est de telle manière, » sont des locutions bien différentes.
317. Le mot sens commun exprime une loi de notre intelligence, loi qui, malgré ses niodiUcations apparentes, demeure toujours une, toujours la même ; c'est rinclination naturelle de notre esprit à donner son assentiment à certaines vérités, en dehors du témoignage de la conscience et des démonstrations de la raison, parce que ces vérités sont nécessaires à la vie sensitive, inteUectuelle ou morale*
Le nom n'importe point si Ton est d'accord sur le fait. Qu'il soit plus ou moins propre à signifier la chose, c'est une question de grammaire, non depliilosophie. Examiner si rinclination dont nous parlons existe réellement, sous quelles formes se présente cette inclination, à quels cas elle s'applique, jusqu'à quel point clic peut être considérée comme critérium de vérité, voilà ce qui nous importe.
Au milieu de Tinextricable complication des actes et des facultés de notre esprit , de la multiplicité, de la diversité des objets qui le préoccupent , il est évident que cette inclination ne se peut produire toujours avec le même caractère, qu'elle doit subir des n^odifications qui la font considérer comme un fait
là.
i&i UVafi 1. ~ DB U CfiRTlTUOE.
distinct, bien qu'elle ne soit, en réalité, que le même phénomèiie tranaftHrmé de diverses manières. Le
moyen d'éviter la confusion, c'est de préciser les circonstances*
31 8 . En premier lieu, cette indiiiatf on se manifeste à propos des vérités d'évidence immédiate ; i'enlende* ment ne prouve ni ne peut prouver ces vérités, bien qu'il soit forcé de leur donner son assentiment ou de s'éteindre comme une flanune que rien n'alimente. U est indispensable à lu vie intellectuelle que Tesprit possède une ou plusieurs vérités premières, point (le départ, buse nécessaire de rintelligence. Or ce sont là les conditions comprises dans la définition du sens commun : Impossibilité de fournir des preuves ; nécessité de l'intelligence» à laqueiie il faut satisfaire par le consentement, inclination irrésistible et uiiiverselle à ce consentement.
Que si Ton refuse à cette inclination le nom de sens commun, je ne disputerai point sur les termes; je constate le fait ; philosophiquement parlant, qu'aije besoin d'autre cbose? L'incHnation au consentement à propos de l'évidence immédiate ne se nomme point ordinairement ainsi, je le sais; ce mot sens s'appliquerait mieux aux choses qui relèvent de la faculté de sentir qu'à celles qui relèvent de rintdligence ; dans l'évidence immédiate, l'entendement connaît plutôt qu'il ne sent. Quoi qu'il en soit^ je le répète, le nom n'importe point; et, bien qu'il me fût facile de citer de graves auteurs qui donnent au critérium d'évidence le nom de sens commun , je me borne à