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CHAPITRE XXXIV

889. Je veux terminer ce livre par un résutoé de mes optnitms sur la certitude ; on j pourra suivre l'enchaînement des doctriBes oiposétf tes les chapitres précédents.

Lorsque la philosophie se trouve en présence d'M fait nécessaire, elle a pour devoir deie coustaiei\La€Wtitude est un fait de ee genre : disputer sur Vextêience de ia certitude, c'est mettre eu queslion la lumière du sotel sous le feu de ses rayons. Le genre hamaiB sait» de science cerlaioe, beaucoup de choses; les phîlosopheSf y compris le sceptique, partagent ia cei titude du genre humain ; le seqpticîsme absolu est une impossibilité*

Cette question de Texlstenoe de la osrtitude écartée,

la piiiiosopliic renti^e dans le domaine de la raison. Libre à nous de deoiandsr comment s'acquiert la certitude et sur quoi eUe repose.

La certitude est, pour Fhmîaiei comme une amexe

CUAHT. XXXiV. — BKSLIMt El CÛ^NCLUSION. 279

de lâ ¥i6; c'est an résultat spontané du dérelop-*

pement des iacultés de Tesprit. La certitude naturdk* indépendante des opinions et» par consé* quent, elle précède toute philosophie. C'est pourgn(M» bien qu'elles importent à la connaissance des

lois qui régissent noire esprit, les questions sur la Certitude ont tOHjours été» seront toujours stériles en résultats pratiques. Il ne faut pas Toublier ; cette li^e de démarcation sauvegarde contre les erreurs de Fabetrai^ion^ non-aeuîement l'indhida, mais la société tout entière. De la sorte, avant de commen-* cer les recherches , la philosophie et le bon sens contractent alliance et se promettent de marcher d'accord.

L'examen des fondements de la certitude amène la question du premier principe des connaissances

humaines: ce premior principe existe-t-il ? Quel est-il?

Cette question se peut entendre de deux manières : Il s'agit d'une vérité première contenant toutes les autres vérités, comme la semence contien t la plante, ou il s'agit seulementd'un pointd'appui. Ala première ui* terprélation se rapportent les questions sur la science transcendantale ; à la seconde les disputes des écoles sur la prééminence de certaines vérités, sur les droits qu'elles peuvent avoir à la dignité de premier prin«» cipe.

Si la vérité existei il existe des moyens de la con^

naître. De là le3 questions sur la valeur des crite* rium«

Dans Tordre des êtres, la vérité, origine de tante

280 LIVRE 1. — DE LA CfiETITUDE.

les vérités, c'est Dieu. Dans Toidie latellectuel absolu» la vérité, principe de toutes les autres, c* est encore Dieu. Dans Tordre intellcclucl humain il n'existe point de vérité première ; il n'en existe ni de Fordre réel ni de Perdre idéal. La pTiUosophic du Tnoi ne peulionder la science transcendautale. La doo Irine de rideniilé absolue est une absurdité ; de plus, elle n'explique rien.

Suit le problème de la représentation. Il peut y avoir rcpréscntalion d'identité, de causalité, ou d'idéalité. La troisième diffère de la seconde, mais s'appuie sur elle.

Indépendamment du problème de la représenta** iion, nous avons examiné celui de rinLcIligibilité immédiate ; problème difficile, mais sans lequel on n'aurait point la connaissance complète du monde des intelligences.

Oû ne dispute sur la valeur des différents principes et sur leurs droits au litre de principes fondamentaux, que par une cqnfusion d'idées. Pourquoi compaier des choses profondément distinctes ? Le principe de Oescartes est Ténonciation d'un simple fait de conscience; le principe de conlradiclion est une vérité objective, condition indispensable de toute connaissance. Celui qu'on nomme principe des cartésiens est l'expression d'une loi de notre entende* ment. Tous trois sont nécessaires, diacun dans son espèce, et en son lieu. Nul d'entre eux n'est entièrement

indépendant. En détruire un, c'est bouleverser l'in*

telligence.

CHAPIT. XX3UV. — AÉSCMË £1 CONCLUSION. 281

Nos divers critérium se peuvent réduire à trois : la oonscience ou sen& intime, révidence» Tinstinct ia« tcllccLuel ou sens commun. La conscience embrasse tous les faits présents à notre âme d'une manière immédiate, comme purement subjectifs. L'évidence s'étend à toutes les vérités objectives sur lesquelles notre raison s'exerce. L'instinct intelleclncl cbL l inclination naturelle à rassentiuient, dans un ordre de faits placés en dehors du sens intime et de Pévidence.

L'instinct intellectuel nous oblige à donner aux idées une valeur objective; dans ce cas, il se mUo aux vérités d'évidence; ou le confond habituellement avec révidence.

Lorsque Tinstinct intellectuel s'exerce sur des objets non évidents, et qu'il nous incUne à croire, on le nomme sens commun,

La conscience et l'instinct intellectuel forment les autres critérium.

Le critérium de révidence implique deux choses : l'apparence des idées, C'est un fait de conscience; et la valeur objective, réelle ou possible des idées, qui relève de l'instinct intellectuel.

Le témoignage des sens embrasse pareillement deux parties : te sensation, comme purement subjective; elle appartient à la conscience ; la croyauce à l'objectivité de la sensation ; cette croyance relève de rinstinct intellectuel.

L'autorité du témoignage humain relève des sens qui nous mettent en rapport avec nos semblables, et de rinstinct intellectuel qui nous incline à y croire.

On ne peut prouT^* toutes choses ; cependant, tout criteriiuD doit rapporter r«xaiiioii de la niioii. U

critérium de la conscience est un fait primitif de notre nature ; nous trouf oas dans œlui de réTidenoe la condition indispensable de la raison même ; Hn^iiiet inteUedrUei» qui nous porte à objectiver les idées, nous révèle pareillement une imfMrescriptiUe Im de notre esprit. Lie criteriuia de sens commun, propre* ment dit, est rassentimeirf instinctif de la raison è d^ vérités que lexamen reconnaît comme hautement raisonnables. Jtous constatons, dans oelui des sens et de l'autorité humaine, lu même chose que dans le sens commun ; ce critérium satisfait aux n6» cessités de la vie sensitive intellccluelle et morale.

Les divers critérium ne s'excluent pas, ils se forlir fient Tun l'autre. Ni la nature ne Intte eontare k raison, ni la raison contre la nedure; nécessaires toutes deux, elles nous dirigent avec certitude, bien que ni i une ni Vautre ne soient exemptes d'erreur, parce qu'elles rdèfent d'an être faible et borné.

340* Une pliilosqpJiie qui ne considère l'homme que sous un seul aspect est une phitosopUa ineam*

plète, qui sera bientôt une fausse philosophie ; devenir exclusif, c'est se plae^ sur Je bocd de Terw reur. Cette observation est surtout vraie à propos de la certitude*

Il est bon de soumettre à l'analyse les sources de

la vérilé ; mais prenons garde que les détails» ne nous cachent Tensemble. Concevoir d'avance un système et tout ployer à ses exigences, c'est meiire la vérité

CHAPIT. lUOUV* RÉ&UMÉ ET GOUaUSIOIT. 188

sur lo lit de Procoste. Rien de plus beau que l'unité • mais ne ôoyotts point plus exigeaûls que la Dature ; n'ouldioiis pas qu'il s'agit, pour nous, de chercher la vérité à l'aide de moyens humains, ^ proporlioimal* lementàno6lumiàre8.Le8fiacidiésde notre esprit sont soumises à certaines lois ; nui ne peut s'en affranchir.

Développer aimultanénent iioa faeoUés, n on seulemciil pour acquérir la certitude du vrai, mais pour trouver le vrai; loi constante, impérieuse de notre nature. L'homme est un et multiple h la fois; un dans son esprit, divers dans ses facultés ; et telle est la com* idicalion du corps auquel son esprit est uni, qu ou a pu nommer ce corps un microcosme. Les facultés de l'homme sont dans un rapport intime et réciproque; l'inilueuce qu'elles exercent les unes sur les autres est incessante; les isoler, c'est les mutiler et quelque* fois les anéantir. Cette observation est de la plus haute importance; elle signale le vice fondamental de toute philosophie exclusive.

Les sensatîoiis sont les matériaux que l'entende» ment est appelé à mettre en œuvre, elles stimulent rintelUgence. Kn unissant l'àme au corps, le Créa*

teur a voulu que les services lussent réciproques. De là cette correspondance merveilleuse entre les impressions du rorps et tes affections de l'eqprit. Que l'organisme ait une action véritable sur r&me, ou qu'il ne soit qu'une occasim pour une causalité supé* rieure> l'âme a besoin du corps comme d'un moycn^ comme d'un instrument. « L'homme est une intel* ligenee m'Mc poi* des organes « »

:284 LivuE 1. — UL la t i^niiiUDE.

S'il étdit vrai querhomme, dépouillé de sensations,

conservât la faculté de penser, il penserait à la manière d'an pur esprit. Plus de rapports avec le monde extérieur. Il cesserait d'être homme selon le sens véritable du mot. Dans cette hypothèse, le corps devient un hors-d*œuvre.

Admettons les sensations sans la raison, Thomme descend au niveau de la bête. Il sent, il ne pense pas. Les impressions qu'il éprouve, il ne les comprend ni ne les combine, car il ne peut réfléchir. Elles se succèdent iatalement en lui comme des phénomènes isolés qui.ne conduisent à rien, ne prouvent rien, ne sont rien; affections particulières , obscures, sans liaisons d'aucune espèce, dont il n'a pas le secret, dont il ne saurait se rendre compte à lui-même. Impossible, alors, de comprendre les rapports de l'homme avec le monde extérieur. Les animaux objectivent leurs sensations, du moins sll faut en croire les apparences et l'analogie; mais leur manière d'objectiver diffère essentiellement de la nôtre. Prenons le sommeil pour exemple. Si les animaux réveni, et Ton ne saurait en douter, croyez-vous qu'ils distinguent, comme nous, le songe de la réalité? Cette distinction suppose une cerUiine réflexion sur les actes qui s'accomplissent durant la veille et

durant le rùve, une certaine comparaison cuire l'ordre et la constance des uns, et le désordre, l'inconstance des autres ; réflexion qui commence dès renfance chez Thomme, et qui se continue, même à son insu, durant toute la vie. Quand les images du

CUAPlt. XXX1V« ~ AKSCIMÉ £T COmUSlON. S8S

sommeil ont clé très vives, nous restons quelquefois incertains, au réveil, s'il y a réve on réalité. Or, ce doute passager suppose une réflexion comparative entre les deux états. Que faisons*noas pour le ré^ soudre? Nous nous demandons où nous sommes.

Le lieu, le silence de la nuit, les ténèbres, ^tc, nous avertissent que la vision passée n'a point de rappoi t avec notre état présent, et que, partant, c'est un rêve. Otez la réflexion, le réveil continue le songe, \ep deux ordres de sensations demeurent coniondus.

L'infaillible instinct accordé aux animaux et refusé à riiomme ne pi ouvc-t-il point que la raison nous a été donnée pour apprécier les sensations?

Donc, il n'est pas de critérium entièrement isolé ; ils s'appuient, se complètent les uns les autres, èt, chose remarquable, les vérités admises par Thuma-* nité tout entière sont appuyées par tous les critérium à la fois.

Les sensations nous perlent, d'instinct, à reconnaître Texistence du monde extérieur; soumettez cette croyance à l'examen de la raison, celle*ci vient eu aide aux sens en invoquant les idées générales de cause et d'clïet. L entendement connaît certains principes et les admet comme des vérités nécessaires. Soumettez ces principes à rcxpériencc des sens, ceuxci les confirment dans la mesure de leur perfection propre, ou dans la mesure de perfection des instru-* ments qu'ils emploient* « Tous les rayons d'un même cercle sont égaux. » Vérité nécessaire; les sens ne voient point de cercle parfait, mais ils voient que les

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