CHAPITRE XXX. -CRITERIUM DE VICO.
davantage de sa sphère de création. Ce système, ai-ie dit, n est que spécieux; toutefois, il est des erreurs qu un esprit médiocre ne commet jamais.
297. L'intelligence connaît ce qu'elle fait, et ne connaît point autre chose. Cette proposition résume le système de Vico. Sur quois'appuie-t-elle? Proovez ce que vous affirmez, dirons-nous au philosophe; et Il lui est impossible de faire un pas. Pourquoi VinieU hgence ne connaît-elle que ce qu'elle fait? Le pro^ blême de la représentation ne se peut donc résoudre que parla causalité? Je crois avoir démontré qu'à cette origine de la représentation il fallait en ajouter une autre, l'identité ; et que 1 idéalité unie à la causah te, dans les conditions voulues, aidait pareiUement a la solution du problème.
298. Comprendre, ce n'est pas être cause. Il peut exister, il existe en effet, une intelligence prolluctrice,^mais, en général, être cause et comprendre sont des Idées distinctes. L'intelligence implique l'ac. tivite, caractère essentiel de la vie intime qui distingue 1 être intelligent; mais cette activité ne crée pas ce qu'elle connaît; elle s'exerce, sans sortir d'ellemême, sur les objets immédiatement ou médiatement en contact avec l'intelligence.
299. Si l'intelligence est condamnée à ne connaître que ce qu'elle fait elle-même, il devient difficile d entendre comment l'acte qui constitue la compréhension pourrait commencer. Dans cette hypothèse l entendement n'a d'autre objet que ce qu'il produit! Que comprendra-t-il s'il n'a rien produit encore;
Concevoir sans objet conçu implique contradiction. Je ne vois pas le point de départ -, la compréhension ne se peut prendre à rien ^ l'intelligence elle-même demeure inexplicable. Impossible de supposer que l'entendement se déploie en aveugle -, tout est clair lorsqu'il s'agit de représentations, et l'activité productrice se rapporte essentiellement aux choses représentées en tant que représentées. Que ces représentations soient produites extérieurement, que leur existence soit distincte de la représentation intellectuelle, cela ne change rien au problème de l'intelligence. Ainsi, selon Vico, la raison de l'homme connaît ce qu'elle édifie dans un monde purement idéal, et Dieu connaît le Verbe qu'il engendre, bien que le Verbe soit compris dans l'essence divine, qu'il soit cette essence même.
300. Vico ne s'arrête pas à l'esprit de l'homme; il généralise son système et l'applique à toutes les intelligences, y compris l'intelligence incréée, s' efforçant, dans un sentiment digne d'éloges, de le concilier avec le dogme chrétien. Disons-le sans hésitation : il n'est possible, en effet, d'atteindre ou d'entrevoir la vérité que sur ces hauteurs. Pour comprendre l'entendement humain, il ne suffit pas d'analyser la raison, il faut poser le problème général de l'intelligence. L'inteUigence ! lueur vacillante, éclair fugitif en nous ^ mais dans l'être incréé, océan de lumière se dilatant sans mesure dans les régions de l'infini. On connaît les magnifiques paroles par lesquelles saint Jean commence son Évangile. Nulle pensée humaine