‹ Philosophie fondamentale [microform]Chapitre 13 sur 607 · CHAPITRE l*\ — IMPORTANCE DE LA OUESTION · texte numérisé non relu

CHAPITRE l*\ — IMPORTANCE DE LA OUESTION

limites, l'examen des questions relatives à la certitude les constate ou les pose.

En pénétrant dans les profondeurs où ces questions nous conduisent, l'entendement se trouble, le cœur se sent oppressé d'une sorte de terreur religieuse. Tout à l'heure nous contemplions avec admiration l'édifice des connaissances humaines. ; notre orgueil se plaisait à mesurer ses dimensions colossales, ses formes élégantes, sa ^onstrucUon gracieuse et hardie. Nous voilà dans les entrailles du monument; on nous conduit par des souterrains pleins de ténèbres, et là, comme sous l'influence d'un rêve il nous semble que les fondements s'atténuent, se vaporisent, et que l'édifice tout entier reste flottant dans les airs.

^ 4. Si j'ose aborder la question de la certitude, ce n'est pas que je méconnaisse les difficultés dont elle est hérissée. Mais les dissimuler, serait^^e les résoudre? Sachons pénétrer dans le vif : c'est la première condition de toute analyse. L'entendement de 1 homme ne perd rien à découvrir les limites qu'il ne peut dépasser. Cette découverte, au contraire le grandit et le fortifie. Ainsi le naturahste, que l'amour de la science a conduit dans les entrailles de la terre éprouve un mélange indéfinissable de terreur et d orgued lorsque, à la pâle lueur de sa lampe il contemple les masses énormes et croulantes qui pendent sur sa tête, ou que, prêtant l'oreille, il entend sous ses pieds les mugissements sourds et Iurubres de l'abîme^ ^

6 LIVRE I. —DE LA CERThîlDE.

Dans Tobscurité des mystères de la science, dans l'incertitude, dans les assauts du doute qui menace de renverser en un instant Fœuvre de la sagesse des siècles, il y a quelque chose de formidable qui attire et captive. La contemplation de ces mystères a fait le charme des plus grands esprits, à toutes les époques. Le génie qui agitait ses ailes sur TOrient et la Grèce, sur Rome et les écoles du moyen âge, est le même qui plane suc TEurope moderne. Platon, Aristote, saint Augustin, Abélard, saint Anselme, saint Thomas -d'Aquin, Louis Vives, Bacon, Descartes, Malebranche, Leibnitz, tous, et chacun à sa manière, se sont sentis possédés de l'inspiration philosophique. Eh! oui! l'inspiration!.... Car il y a inspiration dans la philosophie, et une inspiration subhme.

Tout ce qui force l'homme à se recueiUir, tout ce qui l'appelle à méditer les mystères de son âme, l'élève et le perfectionne en le détachant des objets* matériels, en lui rappelant son origine, en lui révélant ses hautes destinées. Dans ce siècle de jouissances grossières où tout développement des forces de l'esprit est mis au service des satisfactions du corps, il convient de réveiller, de remettre en honneur ces grandes questions 5 l'entendement s'y plonge et s*f dilate en liberté dans des espaces sans fin. ^

Il n'est donné qu'à l'intelligence de s'étudier ellemême 5 la pierre tombe- et na point conscience de sa chute ; la foudre calcine et pulvérise, elle ignore son redoutable pouvoir^ la fleur ne sait rien dasa grâce et

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