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Condition première

Inclination à l'assentiment telle que, même à l'aide de la réflexion , l'esprit ne puisse ni lui résister, ni s'en défaire.

Condition deuxième :

Toute vérité de sens commun est certaine , d'une certitude absolue, pour le genre humain tout entier.

Cette condition est une conséquence de la première. Condition troisième :

Toute vérité de sens commun peut supporter l'examen de la raison.

Condition quatrième :

Toute vérité de sens commun a pour objet de satisfaire à quelque grande loi de la vie sensitiv(î, intellectuelle ou morale.

330. Lorsque ces divers caractères sont réunis, le sens commun est un critérium infaillible d'une manière absolue et peut défier le scepticisme. La pe^rfection du critérium se mesure à leur réunion plus ou moins complète. Je vais expliquer ma pensée.

La plupart des hommes objectivent leurs sensations jusqu a les transporter au monde extérieur ; c'est ainsi que l'on attribue la couleur aux objets, et qu'on la considère, non comme une sensation , mais comme une qualité inhérente à l'objet. En est-il ainsi dans la reahte? Non ; l'objet externe contient la cause de la sensation, la disposition propre à produire, au moyen de la lumière, l'impression que nous nommons couleur, voilà tout. Ainsi le sens commun nous trompe, puisque l'analyse philosophique vient le convaincre d'erreur.

Mais ce sens commun présente-t-il toutes les conditions que nous avons signalées? Il ne peut supporter 1 examen de la raison , nous venons de le voir : la reflexion y découvre une illusion gracieuse, mais enfin une illusion. Il n'est pas irrésistible; Fasse. timent disparaît dès que nous reconnaissons l'erreur.

2tÔ LIVRE I.— CTE LA CÈflTITUDE. '

Il n'est pas universel, puisque les philosophes ne s'y rangent pas. Il n'est indispensable à aucune loi de la vie-, donc il ne contient aucune des conditions voulues. Ces observations sur le sens de la vision se peuvent appliquer à tous les autres. Quelle est donc la valeur du sens commun en tant qu'il nous porte à objectiver la sensation? La voici :

Il est nécessaire aux besoins de la vie que des objets extérieurs correspondent aux sensations et que nous en soyons assurés. Sur ce point l'assentiment est universel, irrésistible. La réflexion ne peut rietï contre cette inclination naturelle. Admettons que les sophismes ébranlait la croyance, ils ne sauraient la détruire. Les adeptes les plus convaincus de Berkeley pourront soutenir que nous ne sommes pas certains de l'existence des corps, ils ne pourront jamais prouver que les corps n'existent point.

Ici l'inclination naturelle réunit tous les caractères quila peuvent élever au rang de critérium infaillible; elle est irrésistible , universelle ; elle répond à une grande nécessité de la vie et soutient l'examen de la raison.

En effet, il n'est pas nécessaire que les qualités, objet direct de la sensation , existent dans les corps mêmes, pourvu qu'il y existe une certaine chose produisant en nous , de quelque manière que ce soit , l'impression correspondante Admettons l'une ou l'autre hypothèse , rien n'est changé dans les usages de la vie. L'analyse philosophique viendrait-elle à se généraliser, les rapports de l'homme avec le monde

CHAP. tXXlîU — ERREUR DE LAMENNAIS. t^i

sensible resteraient ce qu'ils sont. Peut-éire la nature serait-elle un peu desenchantée . car le monde dépouillé des sensations perd une grande partie (%sa beauté; mais l'enchantement persiste pour le grand nombre; que dis-je, il persiste pour le philosophe, sauf les instants rapides qu'il donne à la féfleitioïi; et même alors le penseur éprouve un enchantement d'un autre ordre, en songeant que ces beautés que l'on attribue aux objets, l'homme les porte en liiiqu'il suffît des facultés harmoniques d'un être sensible pour revêtir la nature de magnificence et de splendeur*.

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