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CHAP. VI. — CAUSE EXTERNE DES SENSATIONS

Il existe donc en dehors de nous un ensemble d'êtres soumis à des lois nécessaires ; ces êtres produisent nos sensations.

35. L'influence que ces êtres ont sur nous, il est à propos de le remarquer, n'est, de leur côté, ni libre ni spontanée ^ ils ne nous paraissent même point doués d'une activité propre. Un tableau que je regarde produira toujours sur moi la même sensation, le regarderais-je mille fois; n'était l'action du temps, il en serait ainsi durant l'éternité.

Ajoutons qu'ils relèvent en quelque sorte de nous, puisque nous pouvons à volonté leur faire produire des sensations différentes. Je touche une boule, c'està-dire un corps sphérique dur et poH; la continuité de la sensation m'avertit que le même objet produit cette sensation multiple ; je puis, au même instant , recevoir de cet objet, à l'aide de la vue, une suite de sensations d'un autre ordre et les multiplier indéfiniment, si je le présente à la lumière.

36. L'assujettissement de ces êtres à des lois nécessaires n'est point relatif aux sensations, mais à une sorte de solidarité qui les enchaîne les unes aux autres. Il arrive souvent que pour produire une impression déterminée, nous employons un objet qui, par lui-même, n'y sert point directement, et ne nous mène au résultat cherché qu'en déterminant un nouveau phénomène. Quel rapport y a-t-il, par exemple, entre l'action de soulever un rideau et la vue d'un magnifique paysage? Dans ce cas, il ne s'agit point du rapport des objets avec la sensation, mais du

rapport que ces objets ont entre eux j leur connexité, voilà ce qui nous engage à nous servir de Tun pour obtenir l'autre.

Donc il est en dehors de nous un ensemble d'êtres soumis à des lois fixes, soit relativement à nos sensations, soit entre eux-, donc le monde interne qui nous représente cet ensemble n'est pas une pure illusion.

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