CHAP. X. — DE LA VALEUR DU TOUCHER
surface de son corps, une sensation dans laquelbî en vertu de la continuité, l'étendue se trouve comprise. Cette observation ne prouve point ce qu'elle veut prouver^ en effet, si je mesure du regard différents objets, ou même les différentes parties d'un objet, j'éprouverai, comme à l'aide du tact, la sensation de continuité; je ne vois point pourquoi la sensation de l'étendue serait perçue plus distinctement par celui qui parcourt de la main la longueur d'une balustrade que par celui qui la mesure des yeux.
56. On fait valoir cette circonstance, que le tact aous procure une sensation double, ce qui n'a point lieu dans l'exercice des autres sens. Lorsque nous passons notre main sur notre front, nous sentons avec le front et avec la main ; continuité de sensations qui toutes ont leur origine et leur terniii en nous-mêmes. Nous avons conscience que les sensations de la main, comme celles du front, nous appartiennent.
On va voir que ce raisonnement n'est qu'une pétition de principe, qu'il suppose établi ce qu'il s'agit de prouver. L'homme qui n'a conservé de tous ses sens que celui du toucher éprouvera, je le veux, les deux sensations; il éprouvera leur continuité; mais que conclure de là? Sait-il s'il a une main, s'il a un front? Supposons qu'il l'ignore ; comment pourra-t-il acquérir cette connaissance? Les deux sensations lui appartiennent, la conscience l'atteste; mais d'où lui viennent-elles? Il ne le sait. La coïncidence des deux sensations prouverait-elle, par hasard, quelque cbose
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en faveur de l'existence du front et de la main, dont il n'a, dans notre hypothèse, aucune idée?
Si cette coïncidence prouvait ce que Ton prétend, à plus forte raison prouverait-elle que certaines combinaisons des sens nous révèlent l'existence des corps, et, partant, que cette connaissance ne relève pas exclusivement du toucher. Je place ma main devant mes yeux-, chaque fois que j'éprouve la sensation produite en moi par ce mouvement , les objets présents disparaissent et sont remplacés par un autre objet , ma main ^ que si , de cette coïncidence, je puis conclure à l'existence des objets externes, que devient la suprématie du toucher; car, ici, le jugement est déterminé par le sens de la vue ? Autre exemple : Je frappe mes deux mains l'une contre l'autre ^ à la sensation du contact se joint la sensation du bruit produit par le contact ^ donc, si la coïncidence prouve quelque chose, Touïe aura la même influence que le toucher-, ce que je dis de mes mains frappées Tune contre l'autre se peut appUquer à ce que j'éprouve en parcourant de la main une partie de mon corps , la longueur de mon bras, par exemple, de telle sorte que le frottement produise un certain bruit. Dans ce cas il y a les deux sensations, coïncidentes et continues à la fois.
On répondra peut-être que ces exemples ont rapport à des sens différents , produisant des sensations différentes. Il n'importe^ si de la coïncidence entre des sensations d'un ordre différent nous pouvons inférer l'existence du monde extérieur, la suprématie