‹ Philosophie fondamentale [microform]Chapitre 18 sur 607 · CHAPITRE M. ^ ÉTAT t)E LA OUBfTlON. H · texte numérisé non relu

CHAPITRE M. ^ ÉTAT t)E LA OUBfTlON. H

reprochait à Pyrrhon de n^avoir point, dans ijn danger pressant, mis sa conduite en harmonie avec les principes du scepticisme qu'il professait : .< Il est difficile de se dépouiller tout à fait de la niiture hu- • maine, » répondit le philosophe.

10. Ainsi donc, en bonne philosophie, Fexistence de la certitude est hors de cause -, la question roule seulement, et sur les motifs qui la déterminent et sur les moyens de l'acquérir. C'est un patrimoi ne qui ne peut se perdre , voulùt-on en ahéner les i|||6 qui nous en garantissent la propriété. « Je i[>ârtie, je sens, je veux 5 j'ai un corps qui m'appartient; il est autour de moi d'autres corps semblables au mien ; il existe un monde matériel. » Affirmation:? que nul n'hésite à formuler. L'humanité, antérieurement à tous les systèmes, a été en possession de la cwtitude ; l'individu la possède au même titre que l'humanité, bien que, durant sa vie, il ne s'avi§e jamais peut-être de se demander ce qu'est le monde, ce qu'est un corps, ou en quoi consistent la S(însation, la pensée, la volonté. Que l'on creuse autour dat fondements de la certitude jusqu'à les ébranler 5 que l'on soulève les difficultés les plus graves, le doute absolu n'en restera pas moins impossible. Il n'a jamais existé de véritable sceptique dans touto la forc-e du mot, il n'en existera jamais.

11. Il en est de la certitude comme de tcmtes nos connaissances -, le fait nous apparaît clairement et en rehef, mais nous n'en pouvons pénétrer la nature intime. Notre entendement atteint les phénomènes,

soit de l'ordre matériel, soit de l'ordre spirituel • il possède une pénétration suffisante pour découvrir pour fixer, pour classer les lois qui les régissent •' mais s'il veut s'élever à la compréhension de l'essence même des choses , s'il veut rechercher les pnncipes sur lesquels repose la science dont il est si fier, le terrain tremble sous lui et s'abîme.

Par bonheur, avant qu'on ne songeât à disputer sur la certitude, tous les hommes étaient certaim qu ils pensaient, voulaient et sentaient ; qu'ils avaient un corps soumis, dans ses mouvements, à la volonté • qu|il existe un ensemble de corps que l'on nomml univers. En dépit d'une fausse science, la certitude a maintenu son empire même sur ceux qui la nient ; il n'a été donné à personne de dépasser Pyrrhon ' de trouver qu'il fût facile de se dépouiller de la Jture humaine.

12. Que certains esprits déterminés à violenter le sens commun ne puissent fausser la droiture de leur mstmct, je ne l'oserais dire, mais j'affirme sans hésiter :

1° Que nul n'est parvenu à douter des phénomènes internes dont il sentait la présence ; 2° que si, par exception, un homme se peut persuader que les phénomènes qu'il perçoit sont dépourvus de leur réalité correspondante dans le monde extérieur, cette exception ne saurait passer, aux yeux de la science et de la raison, que pour une sorte de fohe. Berkeley, niant l'existence des corps et forçant la nature à pher sous les subtilités de l'esprit, n'est qu'un phé-

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