‹ Philosophie fondamentale [microform]Chapitre 201 sur 607 · ET IMMÉDIAT · texte numérisé non relu

ET IMMÉDIAT

9. C'est une particularité remarquable de l'étendue, d'être objet de perception pour divers sens^ nul ne conteste le fait pour la vue et le toucher^ il serait facile de le prouver de tous les autres. Nous percevons la saveur en divers point du palais , nous rapportons les odeurs et le son à des points distincts dans l'espace^ tout cela implique l'idée de l'étendue.

Chose étrange ! l'étendue que nous sommes forcés de reconnaître comme la base des sensations, l'étendue que tous les sens perçoivent , devient insaisissable quand on la considère en elle-même, et qu'on l'isole de toute autre qualité. Ni la vue ne perçoit ce qui n'est point coloré, ni l'ouïe ce qui n'est point sonore, ni le palais ce qui n'a point de saveur, ni le tact ce qui n'est point solide ou liquide, chaud ou froid, etc.; et cependant aucune de ces quahtés n'est l'étendue, aucune de ces qualités eii particulier n'est essentielle à retendue. Nous disons aucune en particulier, car l'étendue a besoin, pour être perçue, que l'une ou l'autre de ces qualités Taccompagne.

Il suit de là que l'étendue est la condition nécessaire de toute sensation, bien qu'en elle-même elle

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échappe à nos sens. Mais si elle ne peut être sentie, elle ne laisse pas d'être connue. Ceci nous amène à des considérations nouvelles; nous passons de l'ordre phénoménal à l'ordre transcendantal; nous abordons des questions de la plus haute importance, questions qui n'ont point été résolues encore et qui, je le crains, resteront insolubles à jamais.

iO. Nous avons vu que l'étendue en elle-même ne se confond point avec l'objet de la sensation. Quelle est la nature propre de l'étendue? En quoi consistet-elle ?

Nous pouvons distinguer deux choses dans l'étendue : ce qu'elle est en nous, et ce qu'elle représente pour nous; je veux dire ses rapports avec le subjectif et l'objectif.

Il est difficile de définir l'étendue sous le premier aspect. Toutefois, comme elle est soumise à nos observations d'une manière immédiate, en tant qu'elle a son existence dans le moi, peut-être pourrons-nous y parvenir. Mais sous le second, la difficulté touche à l'impossible. Il s'agit, en effet, d'expliquer une idée éminemment abstraite et transcendanlale, à l'aide d'une suite de raisonnements déliés dont le fil se peut rompre à chaque instant, même à l'insu de celui qui raisonne.

11. En nous, l'étendue n'est pas sensation, elle est idée. Tantôt nous l'imaginons sous une forme sensible, tantôt comme une sorte d'obscurité vague dans laquelle gisent les corps. Pures imaginations. L'aveugle de naissance ne forme aucune de ces re-

10 LIVRE m. — l'étendue et l'espace.

présentations intérieures ^ et cependant il conçoit rétendue. Nous-mêmes , ne raisonnons-nous pas sur rétendue , abstraction faite de toutes les formes sensibles ?

Deux sensations différentes, celles de la vue et du toucher, donnent une même idée de retendue ce qui prouve que l'étendue relève de l'intelligence plutôt que des sens.

Quoi qu il en soit des rapports de l'étendue avec la sensation , l'étendue est une idée, puisqu'elle sert de base à la géométrie. Ainsi , bien que nous formions diverses représentations de retendue, ces représentations ne sont que des formes particulières dont nous revêtons l'idée. Ce qu'il y a dans l'étendue d'essentiel et de fondamental est d'un ordre supérieur et n'a rien de commun avec ces applications, sorte de tableau à l'aide duquel l'entendement développe son idée. Cette idée implique les dimensions; dimensions indéterminées, ne représentant rien, ne reproduisant rien en particulier; on les conçoit, voilà tout.

12. L'idée de l'étendue est un fait primitif dans notre entendement. Les sensations ne peuvent l'avoir produite -, elle les précède, sinon chronologiquement, au moins dans l'ordre de l'être. On ne peut affirmer que lidée de l'étendue soit antérieure en nous à la première impression sensible ; mais il est impossible de concevoir ces impressions si l'étendue ne leur sert de base. Qu'elle soit une idée innée, qu'elle se développe ou naisse dans l'esprit, en même temps que les impressions, il n'importe ; elle se dis-

CHAPî ni. — IDÉE DE L*ÉTENDUE. H

lingue des impressions, elle leur est nécessaire -, eUe ne dépend en particulier d'aucune d'elles.

n se peut qu'à la naissance des impressions l'étendue, comme idée distincte de l'impression, ne soit point connue encore; mais bientôt elle se dégage, elle se dépouille pour ainsi dire de la forme matérielle, elle se spiritualise, La sensation est l'occasion peut-être ; elle n'est point la cause de ce phénomène.

La vision, abstraction faite de l'étendue, nous donne la couleur; mais tous nos efforts n'en sauraient faire sortir l'idée féconde de l'étendue; que dis-je? nous ne pouvons nous empêcher de voir que la couleur elle-même serait insaisissable sans l'étendue. Ainsi , loin que l'étendue relève de la couleur, celle-ci n'est perceptible qu'avec le secours de l'étendue.

Les couleurs, en tant que sensations, doivent être considérées comme des phénomènes purement individuels, phénomènes qui n'ont rien de commun, soit entre eux, soit avec l'idée générale de l'étendue. Ce que je dis des couleurs se peut appHquer à toutes les impressions du toucher.

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