CHAP. TU. — ESPACE. NÉANT
seconde se présentent aussitôt. On ne peut expliquer l'une indépendamment de l'autre. C'est pourquoi j'ai résolu de traiter avec soin la question de l'espace Idéal ou réel 5 seul moyen, en effet, de déterminer avec clarté la nature de l'étendue.
43. L'espace ! mystère profond , le plus profond peut-être de l'ordre naturel qui se puisse offrir à la faible raison de l'homme; plus on le creuse , plus on le trouve obscur; l'esprit est comme submergé dans ces ténèbres que nous supposons placées au delà de la limite des choses, dans les profondeurs incommensurables de l'infini. La vérité et le mensonge. Illusion et la réalité passent devant lui sans qu'il les puisse reconnaître. II forme des raisor.nements décisifs peut-être en d'autres matières, mais sans valeur en celle-ci, parce qu'ils sont en opposition avec d autres qui ne paraissent pas moins concluants. On dirait qu'il a trouvé la limite posée par le Créateur a ses investigations. Au moment de la franchir ses forces le trahissent, il s'évanouit dans s.,s vaines tentatives; l'air manque; il est hors de l'élément qui le iait vivre.
Certains philosophes passent rapidement sur les questions relatives à l'espace; ils affectent de les exphquer en deux mots. Affirmez sans hésitation qu Ils ne les ont pas comprises. Ce n'est pas ainsi quont procédé Descartes, Malebranche, Newton Leibnitz, etc. '
Mais pourquoi s'enfoncer en ces abîmes ?-Tia vaux stériles!— Efforts perdus et sans résultats ! — Non!
40 LIVRE III. — l'étendue ET l'ESPACE.
non ! —Si l'esprit ne trouve point ce quel'on cherche, le résultat n'en est pas moins infiniment précieux^ il est à propos de savoir ce que notre esprit peut atteindre et ce qui se dérobe éternellement à son orgueil. La philosophie tire de cette connaissance les considérations les plus élevées. Et d'ailleurs, le succès ne dût-il jamais couronner nos efforts, nous ne pouvons laisser sans examen une idée qui touche de si près à la base de toutes nos connaissances physiques : l'étendue. Tous les philosophes ont cherché; cherchons à notre tour. Qui sait? après plusieurs siècles d'efforts, la vérité sera peut-être enfin le prix de la constance.
44. Qu'est-ce donc que l'espace? Est-il, en réalité, quelque chose ou seulement une idée? S'il est une idée , cette idée a-t-elle dans le monde extérieur un objet qui lui corresponde? Est-il une pure illusion et le mot qui le nomme un mot vide de sens ?
Si nous ne savons ce qu'est l'espace , fixons au moins le sens du mot, nous préciserons ainsi la question. Par le mot espace, nous entendons l'étendue dans laquelle les corps sont placés, c'est-à-dire cette capacité de contenir les corps, à laquelle nous n'attribuons aucune de leurs quahtés, excepté l'étendue.
Supposons un vase hermétiquement fermé dont l'intérieur reste vide, par l'anéantissement de ce qu^il contenait; cette cavité, cette capacité qui, dans notre manière de voir, peut être occupée par un corps, est une partie de l'espace. Représentons-nous le monde
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