AUTRE CONSÉQUENCE TRÈS-IMPORTANTE
89. Voici enfin une dernière conséquence plus extraordinaire-, elle me semble mériter l'attention sérieuse des hommes qui font marcher de front leurs études phvsiques et métaphysiques.
CHAP. XIV. — LA rxRAVITATION. 75
L'existence de la gravitation universelle s(; peut établir à priori.
Démonstration. La gravitation universelle est une loi de la nature en vertu de laquelle certains corps tendent vers d'autres corps (nous ne nous occupons pas ici de la manière), tendance métaphysiqutîment nécessaire, s'il est vrai que l'absence d'un corps implique négation de distance. Dans ce cas, deux corps ne peuvent exister séparément : la loi de contiguïté devient une nécessité métaphysique, et, partant, le rapprochement incessant et mutuel des corps une obéissance éternelle à cette nécessité.
Les corps se rapprochent avec une rapidité plus ou moins grande, en raison de la vitesse avec laipielle le milieu s'écarte. La mesure du mouvement est le rapport de l'espace avec un instant indivisible.
Selon cette hypothèse, les masses solides que nous voyons rouler au-dessus de nos têtes nagent dans un fluide : si, par nature, ce fluide se prête aisément à changer de place, nous devons conclure que les astres sont soumis à la loi du rapprochement^ en effet, l'intermédiaire qui les sépare se retire et s'écarte sans cesse : supposer le fluide immobile, cest détruire la nécessité métaphysique de cette loi.
90. Cette théorie semblerait mener à l'explication du mécanisme de l'univers par de simples lois géométriques. Que devient alors ce que l'on a nommé propriétés occultes, ou système des forces ?
Toutefois, s'il est facile d'expliquer, à laide de la
76 LIVRE III.— l'étendue ET l'ESPACE.
métaphysique et de la géométrie, le fait même de la gravitation, en tant que par ce fait nous exprimons seulement la tendance des corps à se rapprocher, il Test beaucoup moins de déterminer, dans cet ordre d'idées , les conditions auxquelles la gravitation se
trouve soumise.
91. Si la nature du milieu détermine le mouvement d'approximation, le mouvement sera donc inégal en des milieux différents ? Comment calculer, comment graduer cette inégalité quand les miheux se dérobent à notre observation ?
92. Autre difficulté plus grave encore : les corps en mouvement dans un milieu n'auraient point de direction fixe-, ils suivraient celle de leur milieu. Si la gravitation du corps A vers le corps N a pour cause unique le mouvement de recul du fluide dans lequel il se trouve plongé , la gravitation ne se fera point par la ligne droite AN -, elle devra suivre les ondulations de son milieu : or l'expérience prouve le
contraire.
93. Donc la gravitation aurait-elle pour cause naturelle la position des corps, si les résultats n'étaient soumis à certaines lois, il n en saurait résulter l'ordre. Partant, les phénomènes de la nature, bien qu'ayant en quelque sorte leur racine dans une nécessité, seraient contingents par rapport à l'application de cette même nécessité, l'existence et la position des corps une fois admises.
94. 11 est facile de voir, en étudiant à fond cette matière , que la tendance , même nécessaire au rap-