CHAP. XIV. — LA GRAVITATION
prochement, ne suffirait ni pour engendrer le mouvement, ni pour le conserver.
En effet, un corps venant à se retirer, un autre corps le devrait suivre, afin d'éviter une interruption de contiguïté-, mais comme, dans la supposition que le vide n'existe pas, que tout est plein, les corps n'auraient nulle raison de s'écarter les uns des autres, le mouvement demeure sans cause. D'où l'on conclut que les idées géométriques ne peuvent expliquer à elles seules l'origine du mouvement. Si la contiguïté est une nécessité métaphysique, une fois l'existence des corps admise, il suit que le corps A venant à se mouvoir en un sens quelconque, les corps contigus B, C doivent se mouvoir avec lui ; mais si la contiguïté préexiste, nulle raison pour le corps A d'entrer en mouvement^ partant, nulle raison pour les corps B, C.
Même dans la supposition du mouvement, il nous faut admettre, à un instant donné, la contiguïté universelle , car la question pose cette condition comme métaphysiquement nécessaire. Il n'y aura donc jamais pour le mouvement une raison absolue de se prolonger, puisqu'à tous les instants imaginables la continuité du mouvement sera sans raison d'être. I^ corps A entraîne le corps B, celui-ci le corps C , et ainsi successivement. Si le mouvement dans le corps A n'a d'autre cause que de se continuer en B, celui du corps C n'aura d'autre cause que la contiguïté avec B. Or le mouvement ayant heu seulement pour ne point interrompre cette contiguïté, on en conclut que la
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contiguïté existant toujours de nécessité absolue , il n'existe pas de raison pour que le mouvement commence, ou pour qu'il se prolonge une fois commencé.
95. Les lois de la nature ne se peuvent donc expliquer en vertu d'idées géométriques et métaphysiques, même dans le cas où Von considérerait la tendance au rapprochement comme une nécessité intrinsèque des corps. En toute supposition, il nous faut chercher en dehors de la matière une cause supérieure qui imprime le mouvement, qui le régularise et le conserve.