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que Ton conçoit une dimension déterminée , une figure, abstraction faite de l'objet particulier auquel il correspond ou peut correspondre. Il est bors de doute que nous nous représentons les dimensions sans qu'il soit besoin de les rapporter à quelque objet en particulier. Mais il s'agit de savoir si ces dimensions sont réalisées et quelle est leur nature indépendamment de leurs rapports avec nous.
139. Si nous admettons que la continuité n'a d'objet externe ni dans l'espace pur ni dans les corps, que devient le monde pbysique? un ensemble d'êtres qui , dans un certain ordre et d'une manière quelconque, exercent leur action sur notre être.
Observons ici que Von ne détruit point les difficultés soulevées contre la continuité pbénoménale réalisée en invoquant les nécessités de l'organisation corporelle de l'être sensible. Celui qui dirait : Comment les êtres externes pourront-ils exercer leur action , s'ds n'ont en eux-mêmes la continuité, comment agiront- # ils sur nos organes? celui-là prouverait qu'il n'a point compris la question qui nous occupe. Dépouiller le monde extérieur de la continuité réelle en lui laissant seulement la continuité pbénoménale, c'est en dépouiller pareillement notre corps, qui n'est lui-même qu'une portion de cet univers. Il y a là une relation réciproque, une sorte de parallélisme de pbénomènes et de réalités qui s'expliquent et se complètent réciproquement. Si l'univers est un ensemble d'êtres agissant sur nous en vertu d'un certain ordre, notre organisme doit être regardé comme un autre ensem-
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ble d'êtres, recevant cette influence selon le même ordre. Ou les deux pbénomènes restent inexpliqués, ou l'un explique l'autre. Que si cet ordre est fixe et constant, que si la correspondance reste la même, rien n'est cbangé , quelle que soit d'ailleurs l'bypothèse adoptée pour l'explication du phénomène.
140. L'objet de nos recherches, ne l'oublions pas, c'est la réalité, à la condition qu'elle explique le phénomène et ne se mette pas en contradiction avec l'ordre de nos idées.
Mais dépouiller le monde externe des qualités apparentes de la continuité, n'est-ce point ruiner la géométrie? non, car l'idée géométrique appartient à l'ordre transcendantal , non à l'ordre phénoménal. Nous avons déjà vu que l'idée de l'étendue n'est point une sensation, mais une idée pure, et que les repré-. sentations qui la rendent sensible ne sont point l'idée, mais, pour ainsi dire, le vêtement de l'idée.
141. Toute étendue phénoménale présente une certaine grandeur \ et la géométrie fait abstraction des grandeurs. Dans les théorèmes et les problèmes, il s'agit des figures en général, abstraction faite de leur dimension.
Que si l'on s'occupe de cette dernière propriété, ce n'est que relativement. Parmi des triangles à bases égales, les plus grands en hauteur sont les plus grands en superficie. Ici, le mot plus grand se rapporte à la dimension^ oui, mais dimension purement relative; il s'agit d'un rapport de grandeur, non de lia grandeur. Que les triangles soient incommensurabltîs, qu'ils
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soient infiniment petits, le théorème n en est pas
moins vrai.
Donc la géométrie fait abstraction absolument des grandeurs phénoménales. Par rapport à cette science, la représentation sensible n'est qu'un auxiliaire de la perception intellectuelle.
i 42. Vérité de premier ordre, que j'espère établir avec la dernière évidence, en combattant le système de Condillac sur les idées. Non , les idées mêmes qui nous viennent des corps ne sont ni ne peuvent être des sensations transformées.
La géométrie rend sensible l'idée pure à Faide de la représentation phénoménale \ représentation nécessaire en tant que la géométrie est une science humaine-, mais en elle-même, mais considérée dans sa pureté métaphysique , elle n'a pas besoin de cette représentation.
143. Pour familiariser notre esprit avec cette doctrine et faire tomber nos préjugés, je demanderai si les esprits purs possèdent la science géométrique. Il faut répondre allirmativement , car de l'opinion contraire on serait forcé de conclure que l'auteur de l'univers, le grand architecte , le géomètre par excellence, Dieu, ne connaît pas la géométrie. Et maintenant , ces représentations à l'aide desquelles nous imaginons l'étendue, se trouvent-elles en Dieu ?
Sorte de continuation de la sensibihté, elles relèvent, pour ainsi dire, d'un sens interne; donc elles n'existent pas en Dieu ; l'ange de l'école les nomme phantasmaia. Selon le saint docteur, elles ne se trou-
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vent pas même dans l'àme de l'homme séparé de son corps. Donc la science géométrique est possible, elle existe indépendamment de la représentation simsible. Donc on peut distinguer deux étendues, Fune phénoménale, l'autre réelle, sans détruire ni la réalité ni le phénomène, pourvu que leur correspondance soit reconnue; pourvu que le lien qui rattache notre être aux autres êtres soit respecté ; pourvu que les conditions de notre nature s'harmonisent avec celles du monde extérieur*.