CHAP. XX. — DES GRANDEURS ABSOLUES
Mais ces grandeurs elles-mêmes ne sont-elles pas relatives pour les astronomes tour à tour dans les infiniment grands ou les infiniment petits, selon les points de vue? Le rayon de Torbite terrestre est infini, si vous le comparez au grain de sable ^ infinitésimal quand on le compare à la distance des étoiles fixes.
Ces mesures mêmes que nous considérons comme constantes, impossible de nous en former une idée, si nous ne les rapportons à des mesures usuelles.' Que représenterait le rayon de la terre, si nou!5 ne savions en combien de millions de mètres on le divise ? Le mètre à son tour, que représenterait-il si nous ne le rapportions à quelque chose qui ne change pas ?
147. Donc, il est des grandeurs absolues, dira-ton peut-être. Le pied est cette longueur que nous voyons ou que nous touchons; rien de plus, rien de moins; il en est ainsi du mètre carré-, nous pouvons appliquer le même raisonnement aux volumes. Pourquoi chercher ailleurs ce que l'intuition sensible nous offre d'une manière si claire? Oui, mais ce raisonnement suppose dans l'intuition quelque chose de constant et de fixe, erreur démentie par l'expérience.
Il est probable que les grandeurs varient scilon la forme de l'œil qui voit. On sait l'action de la distance sur la vision, tel voyant dans certains cas d'une manière très-distincte ce qu'un autre ne peut même apercevoir-, vaste étendue pour celui-ci, point imperceptible pour celui-là. Plaçons sur nos yeux des verres d'optique de différents degrés, la nature se métamorphose; donc, il n'est rien de fixe dans les gran-
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110 LIVRE m. — L'ÈlEXDliE ET u'pSPACE.
deuis phénoménales-, tout est soumis à de conlinuel*
changements. . „
Pour nos yeux, devenus microscopiques, la tourmi serait un colosse, et comme la perception microscopique se peut étendre àVintini, rien n'empêche de supposer que tel objet, invisible pour nous , s offre a certains animaux sous des proportions plus grandes que le rayon de la terre. Que si nous supposons la construction de l'œil en un sens inverse, telle grandeur qui nous parait immense pourra devemr imperceptible. Cet œil formé pour des visions colossales voit la terre comme un insaisissable atome. Eh' n'est-ce point là ce qui nous arrive par le fait seul de la distance ? Des mondes gigantesques ne nous apparaissent-ils point comme de petites lueurs perdues dans l'immensité de l'éther?
148 Donc la grandeur visuelle n'a rien d absolu; les objets nous apparaissent plus grands ou plus petits selon les habitudes contractées, selon la forme de l'organe visuel, selon mille autres circonstances; la diversité des apparences est une vérité essentiellement philosophique. Nulle relation nécessaire entre la dimension de l'organe et celle de l'objet. Trouvez un rapport entre cette surface de quelques lignes d eten. due que Von appelle la rétine et les surfaces immenses qui viennent s'y peindre.
■149. De la vue, passons au toucher; ce sens nous donne Vidée des grandeurs au moyen du temps que nous passons à les parcourir et de la vitesse de notre mouvement. A leur tour, les idées de temps et de vi-
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