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CHAP. XXII. — DIVISIBILITÉ INFINIE

vision, il est certain que son intelligence infinie voit dans leur entier les parties qui forment le composé divisible -, il suivrait, du contraire, que l'intelligence infinie n'atteindrait pas la limite de la divisibilité. Que si l'on répond que cette limite n'existe point et par conséquent ne peut être vue, il faut admettre alors un nombre infini de parties dans chaque particule de matière -, la divisibilité, dans ce cas, est sans limites, parce que le nombre des parties est inépuisable. Mais ce nombre infini, quel qu'il soit, rintelbgence infinie le voit 5 elle connaît toutes les parties telles qu'elles sont -, nous voyons reparaître la même difiiculté que tout à l'heure. Ces parties sontelles simples, l'opinion que nous combattons vient aboutir aux points inétendus ; sont-efies composées, elles seront divisibles de nouveau.

Conséquence : nouvel infini dans chacune des parties du premier nombre infini-, mais comme cette suite d'infinis sera toujours connue par Tintelligence infinie , il faut en venir aux points simples et indivisibles, ou dire que l'intelligence infinie ne connaît pas tout ce que contient la matière.

Répondre que les parties ne sont pas actuelles, mais possibles, ce n'est pas résoudre la difficulté. Des parties possibles sont des parties existantes ^ car la négation de la réalité de ces parties impHque l'affirmation de la simphcité, et par conséquent de l'indivisibifité. Plus encore -, si ces parties sont possibles, elles peuvent exister par l'intervention d'un pouvoir infini. Dans ce cas, que sont-elles? étendues ou iné-

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tendues? On le voit, nous retombons dans la même difficulté.

163. Selon certains métaphysiciens, la quantité mathématique, eest-à-dire un corps envisagé du point de vue mathématique, est divisible à Tinfini, ce qui ne se peut dire des corps tels qu'ils existent dans la nature, parce que leur forme exige une quantité déterminée. C'est l'explication des écoles. Mais il est facile de voir que les raisons sur lesquelles on établit l'existence de ces formes naturelles, comprenant une certaine quantité que la division ne peut franchir , sont une pure imagination qui ne se peut prouver ni à priori ni à posteriori : à priori^ parce que nous ne connaissons pas assez l'essence des corps pour affirmer qu'il existe un point au delà duquel la division ne se peut faire \ à posteriori, parce qu'avec nos moyens d'observation imparfaits et grossiers, nous ne pouvons nous flatter d'atteindre la limite dernière de la division et d'arriver à la partie indivisible. Plus encore-, en atteignant cette quantité que la division ne peut franchir, nous nous trouvons en présence d'une quantité véritable, puisqu'on la suppose telle-, cette quantité suppose l'étendue; l'étendue implique des parties ; donc elle est divisible 5 donc il ne semble pas qu'il puisse exister de foroie naturelle, limite extrême de la division.

164. La distinction que l'on veut étabhr entre les corps envisagés mathématiquement et les corps envisagés naturellement ne me semble donc point admissible, du moins quant à la divisibilité. La divisibilité

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ressort de la nature même de l'étendue; or l'étendue existe réellement dans les corps naturels, comme elle existe idéalement dans les corps mathématiques. Dire que dans un corps naturel les parties ne se trouvent point en acte , mais en puissance, cela peut signifier deux choses : ou que les parties ne sont point actuellement séparées, ou qu'elles ne sont pas distinctes; or il est sans importance aucune pour la division qu'elles ne soient point séparées, car on peut concevoir la division sans la séparation des parties. Si l'on entend qu'elles ne sont pas distinctes, la division devient impossible ; elle ne se peut même concevoir.

165. On ne veut pas admettre la divisibilité infinie des corps naturels; voilà l'origine de la distinction dont nous venons de parler ; mais il est facile de s'apercevoir que la difficulté persistant, par rapport aux corps mathématiquement considérés, h; mystère demeure ; on ne peut assigner une limite à la division, tant qu'il reste quelque chose d'étendu; car si, pour assigner cette limite, on arrive aux points simples, comment reconstituer l'étendue? Cest là le nœud du mystère ; la difficulté tient à la nature même des choses étendues, conçues ou réalisées ; l'ordre réel participe des inconvénients de l'ordre idéal. Si l'étendue pensée ne se peut constituer au moyen des points inétendus, il en sera de même de l'étendue véritable ; et si l'étendue pensée ne se peot diviser jusqu'à la limite extrême des points simples, l'étendue réelle suivra la même loi : ces impossibihtés

tiennent à l'essence de Fétendne -, elles en sont inséparables.

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